AUTOMNE
Sur le balcon de bois, parmi la glycine défaite et les fleurs aplaties d'une sauge rouge, emportées par la bourrasque de cette nuit, ils gisaient, ce matin, comme les pétales d'un pavot effeuillé, les deux papillons verts et roses. Ils vivaient encore un peu quand je les touchai, un petit spasme repliait leurs pattes fragiles contre la fourrure précieuse de leur thorax. L'un mourut très vite, l'autre prolongea quelques minutes la vibration de
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scs antennes plumeuses, son tremblotement de fleur électrisée...
Je les laisse là, sur le balcon de planches. Dès que je tournerai le dos, les passereaux viendront, et je ne trouverai plus que huit ailes prestement tranchées... Ils ont dû lutter contre le soudain automne, les frileux bombyx peints de croissants rosés ; combien de fois ont-ils cherché, collés à la cheminée tiède qui grimpe le lourde ma maison, un abri contre l'aube funeste d'octobre?
Du haut du balcon, je vois rétrécir, chaque jour, tous les jardins de ce coin de Passy paisible et menacé. Le mien perd son toit de feuilles, et que reste-t-il du triple arceau de rosiers ? Un fer rouillé, maigrement noué de tiges nues... Et ce que je nommais le « parc du voisin », où l'on entendait rire et courir des enfants invisibles, n'étaitce que cet enclos carré, ce massif d'ar-