‹ La paix chez les bêtes [par] Colette (Colette Willy) Front. de SteinlenChapitre 38 sur 71 · SALON D'AUTOMNE · texte numérisé non relu

SALON D'AUTOMNE

quelle boutique trouverait-on maintenant ce mépris total du groupement et de l'harmonie r Si on en avait usé de même au rez-de-chaussée, avec les meubles, l'Art décoratif, plus chatouilleux, eût crié à l'assassinat comme un seul homme, lui qui isole avec amour ses œuvres de choix, dans des boxes luxueux ou rustiques. Rien ne manque : la lampe de chevet brûle auprès du lit, le livre est sur la table, et la rose rouge s'effeuille auprès de la jatte de fruits. L'habileté de l'arrangement illusionne à ce point que l'on désire presque, le temps d'un coup d'œil, chaque petit home, étriqué derrière la main courante de velours. Oui, je l'avoue, j'ai voulu qu'on me donnât, pour mes étrennes, cette chambre d'un bleu savonneux, la chambre anémique Pour Personnes Pâles, et le cruel boudoir anguleux, et l'ameublement à coucher, d'un mauve un peu vomi, et les salons en or, et le studio gla-

cial, et vingt autres! Oui, je serais contente qu'on me les donnât en cadeau, parce que j'aurais l'effronterie de les vendre, et alors je me payerais...

... Je me la payerais, noire, vivante dans sa molle peau et tous ses muscles de bronze» sereine, attentive et pas encore menaçante — je l'achèterais, avec son beau mufle simple, son petit menton irritable, avec ses nobles pattes dont le rythme et l'équilibre enchantent le regard, avec toute sa distinction sauvage — j'achèterais la Panthère de M. B...

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