‹ La paix chez les bêtes [par] Colette (Colette Willy) Front. de SteinlenChapitre 42 sur 71 · BEL-GAZOU ET BUCK · texte numérisé non relu

BEL-GAZOU ET BUCK

Une pluie régulière et fine crible la capote relevée de la voiture d'enfant. Elle est embusquée là-dessous comme un petit douanier dans sa guérite, et plus éveillée qu'une potée de souris. Il y a sur ses joues brunes la buée transparente, le velours d'impalpable humidité qu'une nuit froide suspend aux fruits ; le tablier ciré, la peau d'agneau blanche ondulent sur la danse incessante de deux petites pattes chaussées de laine,

2ih LA PAIX CHEZ LES BÊTES

qui taquinent la boule d'eau chaude.

Ainsi Bel-Gazou regarde, du haut de la terrasse, venir la troisième saison de sa vie. Ses veux vagues de nouvelle-née ont d'abord cligné sous le bleu insoutenable d'une lin d'été, puis les premières feuilles jaunes se sont posées sur son voile de tulle. A présent la voiture remplace le moïse, et Bel-Gazou y tient, entre dix heures et quatre heures, à peu près le même office que son voisin, Buck. le chien de garde.

Il a quinze mois, elle en a cinq. Comme lui, elle connaît les deux coups de cloche du déjeuner, et les salue par des cris variés. Elle sait, comme lui, que le va-etvient du jardinier ne mérite point d'attention : un demi-sourire, un frétillement amical, c'est assez. Le passage des bestiaux n'agite ni l'enfant ni le chien — les « ploc » des pieds larges dans le chemin défoncé, le lent défilé des bêtes rousses,

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