‹ La paix chez les bêtes [par] Colette (Colette Willy) Front. de SteinlenChapitre 43 sur 71 · BEL-GAZOU ET BUCK · texte numérisé non relu

BEL-GAZOU ET BUCK

en frise au bord de l'horizon — cela appartient encore, pour Bel-Gazou, à un ordre d'événements trop amples, évidents et indistincts comme la course du nuaçe et la marche du soleil sur le mur. Si le ciel noircit, si l'averse choit soudain en rideau déroulé, il n'y a pas de quoi changer l'humeur des deux compagnons : Buck aime l'eau et Bel-Gazou rit, tandis qu'on l'emporte, sous la bonne cinglée de pluie qui roule en larmes sur ses joues rondes... Trois longues heures calmes, après midi, donnent à Bel-Gazou et à Buck le repos et le rêve. Une sagacité pareille commande à tous deux un loisir complet, durant lequel la bête repue abandonne L'attitude correcte du chien de garde, pattes jointes et museau tourné vers la route; Bel-Gazou, rassasiée, bat des cils, et cesse d'éprouver, sur la dentelle de son coussin, la force neuve de ses mains destructrices. Elle est alanguie, embellie,

comme fardée de chaleur et de bien-être. C'est l'heure où elle accueille les hommages par un regard sans âge, un regard de femme, condescendant et distrait. Elle ne réclame rien, qu'une paix rituelle et sacrée. Les ombres connues, les visages familiers apparaissent sur la terrasse, sans que Bel-Gazou pousse vers eux son appel de paon, sans que Buck daigne dresser l'oreille.

Mais le sable crie, mais une silhouette inconnue grandit au fond de l'allée, et l'odeur insolite offense les narines de Buck hérissé. L'intrus se penche sur la voiture où somnolait Bel-Gazou, Bel-Gazou maintenant éveillée, et qui regarde, au-dessus d'elle, l'assaillant penché... Elle a peur. Elle va suffoquer, battre son coussin de ses bras courts et éclater en cris suraigus. . . Non. Entre les deux attitudes que peut prendre un être menacé, elle a déjà choisi. Rassemblant toutes les armes de sa vivace

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faiblesse, elle abaisse ses sourcils, ses prunelles soutiennent fermement le regard de l'étranger et, sourdement, du fond de son gosier, elle gronde.

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