‹ La paix chez les bêtes [par] Colette (Colette Willy) Front. de SteinlenChapitre 46 sur 71 · CONTE POUR LES ENFANTS DES POILUS · texte numérisé non relu

CONTE POUR LES ENFANTS DES POILUS

Quelque chose, soudain, bondit et s'arrêta : une mince martre jaune, vêtue de neuf par les mois rigoureux, chassait. Elle s'assit en écureuil, peigna sa queue, se gratta, regarda la lune.

— Psss, psss, appela le soldat.

La martre fit un saut comique, comme si elle eut éclaté de rire avec tout son corps et disparut.

Quittant sa sérénité de pâtre, le soldat se tourna vers l'intérieur de la hutte, y contempla, à la flamme basse d'une lampe, ses biens fragiles : une couverture, des armes, et des journaux déployés.

— Pour nos Poilus, lut-il. Les ètrennes de nos Poilus. La Noël de nos Poilus.

C'est vrai, c'est demain Noël... Poilus, poilus, hélas, pas assez poilus. Je ne suis qu'un soldat timide, et le sang me fait horreur, et le froid me pétrifie. Si du moins j'avais, comme la martre, un pelage, un vrai... Ce froid me serre la tète, j'ai peur

de dormir... Si j'avais, comme la martre, une fourrure à moi, bien implantée dans ma peau...

Il rêvait, à demi couché, raidi, tenté par l'immobilité éternelle :

— Mais quelle toison me réchaufferait, à présent? Est-ce qu'il n'est pas trop tard ?

Il essaya de se relever, ses jambes n'obéirent pas à son effort.

— C'est la mort, sans doute. Le sommeil de la mort. Un peu de chaleur m'eût sauvé... Si j'avais eu..

— Si tu avais eu quoi ? glapit une coupante petite voix de martre. Une fourrure? Tu n'as qu'à choisir et à souhaiter.

La martre, assise sur la couverture, s'exprimait avec une assurance pédagogique, en remuant le bout du museau, et jouait en parlant avec la barbe blonde du soldat.

— Elle parle, dit-il en lui-même. Ai-je

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