LA PAIX CHEZ LES BEI ES
lez ? Allons ! ne faites pas des yeux tristes, ne hochez pas la tète : « Poucette, Poucette... ^ Acceptez-moi telle que je suis, toute bouillonnante de ténébreuse malice, et menteuse, menteuse, menteuse!...
« Aimez-moi telle que je suis — je vous aime tels que vous êtes, vous... Non ? vous ne me croyez pas ? et ma chaude caresse vous paraît, elle aussi, suspecter... Mais si je vous accueille, quand vous rentrerez, ce soir, par des aboiements hargneux, et si je boude longuement, si je vous donne, enfin, toutes les marques de la plus théâtrale aversion — croirez-vous au moins qu'elle vous aime, la chienne menteuse?...
Ce chat-là? Mais bien entendu que c'est un mâle ! Ce n'est pas le premier que je vends, n'est-ce pas? Vous avez vu cette tête ronde ? et ces oreilles écartées? et ce petit mufle de lion, déjà! Vous avez vu ces grosses pattes fortes?... Nous avons vu. Nous avons vu tout — sauf ce qu'il fallait voir. Si bien qu'au bout de quinze jours, le petit chat de Perse, le Seigneur-Chat, le « Shah »
enfin, s'était métamorphosé en chatte
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bleue délicate, pareille en couleur à la fumée des cigarettes et à la fleur argentée du chardon des sables.
— Une chatte ! Qu'est-ce que nous allons en faire >
— Que comptiez-vous donc faire d'un chat?
— Je ne sais pas... Rien... Nous voulions lui mettre un collier vert... et le gâter beaucoup... Et puis, il s'appelait « le Shah....
— Rien n'est perdu. Vous l'appellerez € la Shah », vous lui mettrez un collier vert, et vous lui donnerez du lait sucré jusqu'à ce qu'elle s'en aille toute raide, gonflée comme une outre pleine, tomber endormie sur un coussin de soie jaune.
On se résigne à tout. « Le Shah » est devenu c la Shah ». Nous l'appelons tendrement : « Ma Shah, ma petite Shah »; nous constatons à grands cris qu' « elle est si belle, cette Shah! /•, et les gens
raisonnables — j'entends ceux qui ne possèdent ni chiens bulls, ni colleys, ni Shah persane — nous considèrent avec une pitié méprisante.
C'est une Shah persane, en vérité, et il est facile de voir qu'elle n'est pas d'ici. Elle grossit très vite, en largeur plus qu'en hauteur, courte sur pattes, agile et molle, avec un panache de queue aussi long qu'elle, des oreilles basses, un nez bref velouté.
Elle joue un peu féroce, s'exaspère vite et semble savourer sa colère comme un plaisir, les yeux clos, les dents serrées, les pattes refermées violemment sur sa proie. Elle vise volontiers le visage et nous regarde aux prunelles sans faiblir, avec de doux yeux menaçants, verts comme la feuille cendrée du jeune saule...
Elle foule gaiement, comme on brasse la pâte à pain, la profonde toison de la grande chienne colley; elle sympathise