LA PAIX <:HEZ LES BEI
avec des danois, des bouledogues, même avec des enfants bruyants. Mais certains sons musicaux, certains bruits sournois, à peine perceptibles, l'affolent, et tout son pelage s'effare, se moire depis nerveux... Elle bâille longuement, si l'on ouvre et ferme devant elle une paire de ciseaux. Elle est toute pénétrée de superstitions orientales : deux doigts, tendus en cornes, suffisent à la mettre en déroute — mais j'ai pendu à son collier, pour la rassurer, une petite fourche en corail rose...
Une Shah très maniérée, en somme.
Une princesse de harem, qui ne rêve pas d'évasion. Une Shah très femelle, coquette, pudibonde, occupée de sa beauté qui croît chaque jour. Fut-il jamais une plus magnifique Shah? Ardoisée le matin. elle devient pervenche à midi, et s'irise de mauve, de gris perle, d'argent et d'acier, comme un pigeon au soleil... Le soir, elle se fait ombre, fumée, nuage; elle flotte
impalpable et se jette, comme uneécharpe transparente, au dossier d'un fauteuil.
Elle glisse le long du mur comme le reflet d'un poisson nacré...
C'est l'heure où nous l'espérons fée, lutin d'Orient, gennia ou efrit... Nous lui dédions des supplications enfantines et tout empoisonnées de littérature : nous allons jusqu'à la nommer Shéhérazade !
Mais les temps ne sont point accomplis, et la Shah merveilleuse ne rejette pas encore sa robe électrique et soyeuse, ses moustaches en brins d'aigrette, sa queue d'écureuil bleu, ni ses griffes de jade poli.
— Faites bien attention ! n'ouvrez pas son panier dans le train !
— Si, si ! ouvrez le panier dès que le train sera en marche. Autrement, la Shah aura une crise d'épilepsie !