Acla procon.sidaria, m, 3-iv
'.i. Sur l'emploi du mol papa pour qualiTier soil un évêf)-ue, soit un prêtre. Église naissante, p. 348 et aussi p. 3.">3. Aux textes cités là joignez Passio s. Perpeticae, xni, 3 (Gei!iiaudt, p. H'2) : ■ Et diximus illis. [à l'évéque Oi)tatus et au prêtre Aspasius] : Non tu es papa noster, et tu presl)yler? » Cl. De Labrioi.i.e, « Vne esquisse de l'histoire du mot Papa •, Bull. anc. Hlt.chr. 1011. p. -21.V-220. A Cartilage, en 2K8, jiapa est synonyme d'episcopus, à en juger sur la question d^i pro- <;onsuJ Galerius.
Galerius Maximus proconsul dixit :
lusserunt te sacratissimi imperatores caeremonim^i.
Cyprianus episcopiis respondit :
Non facio.
Galerius Maximus proconsul dixit :
Consule tibi.
Cyprianus episcopus respondit :
Fac quod tiln praeceptum est, in rc tam iusta mdla est consultatio.
Galerius Maximus conlocutus cum concilio senteirtiam vix et aegre dixit verbis huiusmodi :
Diu mcriler/a mente vixisti et p/urimos nefariae tibi conspirationis homines ad;/regasti, et inimicum te diis romanis et reJigionilms sacris constituisli, nec te pii et sacratissimi principes Valerianus et Gallienus Augusti et Valerianus nobilissimus Caesnr ad sectam caeremoniarum suarum revocare potuerunt. Et ideo cum sis nequissimorum criminum auctor et signifer deprehensus, eris ipse documenta his quos scelere tiio trcum adgregasti : sanguine ttio sancietur disciplina.
Et his dictis decretum ex tabella recita vit :
Thascium Cypriannm gladio animadverti placet.
Cyprianus episcopus dixit :
Deo grattas.
La première question du proconsul est pour fixer l'identité de Cyprien et lui faire avouer qu'il est le chef des chrétiens de Carthage : par dérision ou par gaucherie, le proconsul se sert du terme papa que dans leur vénération les fidèles de Caithage donnent à leur évêque. Tout de suite apparaît le grief de l'autorité impériale : les clirétiens sont pour elle des esprits sacrilèges [sacrilegae mentis homines). 11 faut que Cyprien participe au culte officiel, c'est l'ordre des très sacrés empereurs. Sur son refus, il est condamné à mort, sans autre forme. Notez les atten-
€4 LA PAIX CONSTANÏINIENNE.
dus de la sentence : Cyprien a depuis longtemps vécu en sacrilège isacrilega mente), il s'est associé un grand nombre de gens du même détestable esprit [nefariae conspirationis), il s'est posé en ennemi des dieux romains et des cérémonies sacrées de leurs cultes, l'édit de l'empereur n'a pas réussi à le ramener à ces cérémonies : Cyprien est un instigateur et un porte-drapeau, sa condamnation est un exemple à faire. La politique de Valérien trahit là son inspiration : il y a des dieux romains, l'empereur a sa liturgie; quiconque renie ces dieux et ce culte est un sacrilège. On ne peut contraindre cette conspiration de sacrilèges; on frappe les chefs, on ramènera leurs fidèles par la terreur, et ainsi sera rétabli l'ordre public, « sanguine sancietur disciplina ».
L'édit de 258 dut être appliqué dans toutes les provinces de l'Empire. On n'a pourtant que quelques témoins de la persécution, en Afrique, en Espagne, en Egypte, en Asie. Le mot est à retenir de Fructuosus, évêque de Tarragone, qui, au moment de monter sur le bûcher, est supplié par un de ses lidèles de se souvenir de lui : « Il faut, répond l'évêque. que je pense à l'Eglise catholique répandue de l'Orient à l'Occident '. » Cette émouvante réponse est un indice que toute la catholicité était dans l'épreuve.
Valérien finit tragiquement : vaincu par le roi des Perses, Sapor, fait prisonnier, il fut emmené en captivité et n'en revint pas, « laissant au nom des Romains la plus grande humiliation - » qu'ils aient
I. LECLERCy, Espagne chrvlicnne (190(5). p. "iti. ■2. ZosiM. I, 3G [éd. Mr.NnF.LSNorix, p. 26\
essuyée, écrit le païen Zosime. Gallien, qui lui succédait, se débarrassa de Macrien et de ses fils. On a fait dire, à tort, à un texte de Denys d'Alexandrie ^ que Macrien, au moment du désastre final, avait trahi et perdu Valérien : il avait été seulement l'inspirateur de sa politique persécutrice, et de cette politique surtout Gallien entendit se libérer.
En effet, devenu seul maître du pouvoir, le fils, de Valérien, qui depuis 253 était associé au gouvernement et avait pu connaître les secrètes hésitations de son père, fit aussitôt cesser la persécution Eusèbe a conservé, document d'une capitale importance, le texte d'une lettre de Gallien adressée à l'éyêque d'Alexandrie Denys et aux autres évêques d'Egypte.
L'empereur César Publius Licinius Gallien, pieux, fortuné, auf/mte, à Deni/s. à Pinna. à Démétrms et aux autres évéque.^ -.
Le bienfait de ma générosité doit, je Vai ordonné, être étendu au monde entier. J'ai ordonné que les lieux de culte fussent évacués, et donc que vous puissiez jwofiter du texte de mon rescrit, et que peisonne ne vous moleste. Et dans l'espèce, ce qui peut être en droit récupéré par vous, vous est concédé par tnoi déjà. C'est pourquoi Aurelius Quirinius, l'intendant de l'affaire suprême^, gardera l'ordonnance j)ar moi octroyée.
Eusèbe donne ce document comme traduit du lai in le plus exactement possible. Il ajoute : « On a une autre ordonnance du même empereur , faite pour
I. UisKii. U. E. vir, âS. ^. KKr.TuK, |>. 70. -1. ràsKii. H. E. VII, l.'{ (éd. î^ciiwAnT/,, p. (J(i(i). •i. ô TGV [AîY'<7T0-j irpàY[j.aTo? irpoTTaTîûtov, le Procuralor rei sinniitae.
66 LA PAIX CONSÏANTINIENNE.
d'autres évêques, et leur permettant de reprendre les terrains dits des cimetières '. »
La lettre de Gallien à l'évêque Denys se réfère à. un acte antérieur, qui est proprement l'édit (Trpocrs-ca^a) pacificateur de Gallien, et qui ne nous est pas connu d'ailleurs. Gallien, en s'y référant ici, rappelle que le bienfait qu'il y octroyait s'étendait au monde entier- : c'était un édit de tolérance aussi solennel et aussi général que l'avaient été les deux édits de persécution de Valérien. La lettre à Denys a trait à l'usage des lieux chrétiens de culte : elle rappelle donc que l'édit de tolérance a restitué aux chrétiens les lieux de culte (tottoi 6pr|(7K£Û(Tiaoi). Ce ne peut être qu'un des articles entre plusieurs de l'édit de pacification. Le rescrit aux évêques d'Egypte répond à une question de droit posée par les évêques d'Egypte. Pour la première fois dans l'histoire connue , des évêques saisissent le prince, et le prince leur confirme un droit. Ces évêques appartiennent à une même province, l'Egypte, ils forment groupe ; à leur tête semble être placé l'évêque d'Alexandrie, Denys. L'Egypte a été, pendant la première année du règne de Gallien, déchirée par la guerre civile qu'a soulevée le parti de Macrien et de ses fils : au milieu de l'été de 261 Tordre a été rétabli , et à ce moment sans doute l'évêque d'Alexandrie fait valoir ses droits sur
i. EusEii. ibid. : v.où aîXïi ôè toû aOxo-j SiaTa^i; çépezat., rjv noô; érepou; ÈTncrxoTrou; TtETtot'riTat, xà xôiv y.a/.ou[;.e'vwv xot[r/]Ty)pt(«)v àito- Xau-oiiMeiv ÈTtirpÉTtwv j^tôpta.
2. En i;rec : li]-' zxjtp^rs.'jlœi x?,; È[xyi; ôwpîà; oià Tiavxo; xoù xôanfju èy.6têatffOr]vai TipoTîta^a, ÔTtw; àno xwv totccov xfôv ÔpTia/euaîpitDv àno/wpr.fftoaiv, xai ôià to-jto y.ai •ûp.eîç (les évêques d'Egyple) xf,; àvxi-ypacpriC xr,; z\i.r[ç, le rescrit im|)criali X(T) xû^w (la copie, exempluni) -/pr|ij8ai SûvaiTÔE, ôJrrTS [jLrioÉva ■j[Atv èvoyXeïv. Le mol àiroX'^'P''^" rjtocriv suggère que les lieux de culte out été séquestrés, ou simplement gardés à vue pour empêcher aucun chrétien d'y pénétrer.
les lieux de culte qu'on ne lui a pas encore restitués. Gallien répond : « Ce qui peut être en droit récupéré par vous, vous est concédé par moi déjà ». L'édit qui a restitué aux chrétiens dans tout l'Empire leurs lieux de culte, date déjà de plusieurs mois, son application a été en Egypte retardée par l'état de révolution d'Alexandrie, peut-être aussi par Topiniàtreté des adversaires locaux du christianisme.
On conclura de cette analyse que Gallien a rendu aux chrétiens la liberté de professer leur foi, la liberté de réunion, la faculté de posséder des lieux de culte et des cimetières, le droit d'ester en justice : il ne leur a rendu en tout cela rien que ne leur eût jadis concédé Alexandre Sévère, car il faut toujours en revenir à Alexandre Sévère pour la plus haute anticipation de l'édit de Milan. Gallien cependant iratroduisait une nouveauté : il traitait avec les évoques '.
Denys d'Alexandrie atteste la reconnaissance du catholicisme pour Gallien. Quand Macrien eut disparu avec sa race, écrit-il, « Gallien fut proclamé et accepté de tous : c'était un empereur à la fois ancien et nouveau » ; ancien, puisqu'il avait été associé à Valérien; nouveau, puisqu'il régnait maintenant par lui-même. Et Denys de comparer la compétition de IMacrien à un nuage menaçant qui, après avoir caché un temps le soleil, se dissipe, et le ciel retrouve sa splendeur. Ainsi ^lacrien n'est plus « et Gallien est
1. L. H«MO, Essai sur le règne de Venvpereur Aurilien (til04), p.lGJi, nie que Gallien ait reconnu oniciellement le christianisme conim* reliijio licila. .M;tis du momeiil que (iallien révoquait let> 6(l>ts «le persécution de Valérien, rendait auv ctiréliens leurs biens corporatifs conOsqués (M. Homo l'admet avec nous), il leur concédaif en lail le droit d'cU'e chrétiens, et, si rien ne l'ut cliansé par là à la condition juridique du christianisme, c'est que dés avant (iallien le christianisme était en possession d'une existence légale ofliciellement reconnue.
ce qu'il était : le pouvoir impérial sest dépouillé de sa vieillesse, il s'est purifié de sa perversion antérieure, il fleurit à cette heure avec plus d'éclat, on le voit et on l'entend de plus loin, il est partout présent. . . Quand je considère les jours des années impériales, je vois que les princes renommés, s'ils ont été impies, sont vite devenus sans gloire, tandis que celui-ci, très saint et très ami de Dieu, règne depuis plus de sept années déjà'... » Cette louange du prince, dans la bouche de l'évêque d'Alexandrie, est excessive, elle fait trembler : l'évêque a cette fois mal usé des termes de saint et d'ami de Dieu-, en les appliquant à Gallien. Le prince qui rendit la liberté au christianisme était loin d'être chrétien. Sa femme, dont le nom est resté attaché au souvenir de l'introduction à Rome du néoplatonisme, l'impc-ratrice Salonine, n'était pas davantage chrétienne. Tout de même, l'esprit conservateur d'un Dèce, le fanatisme d'un Macrien, étaient des inspirations épuisées : le christianisme s'imposait comme un fait social, et la sagesse politique d'empereurs comme Gallien en convenait, en attendant le moment où la conversion d'un Constantin rendrait hommage à la doctrine contenue dans c 3 fait social.