‹ La paix du ménage: comédie en deux actes en proseChapitre 31 sur 94 · ACTE I. — SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I. — SCÈNE III

Ce genre d'hostilité ne me va pas du tout, mon cher, et je vous prie de vous exprimer et de vous expliquer clairement. Donc, vous me faites une scène de jalousie?

M. DE SALLUS.

Dieu m'en garde! J'ai trop de confiance en vous et trop de respect pour vous, pour vous adresser un reproche quelconque. Et je sais que vous avez assez de tact pour ne

jamais donner prise à la calomnie, . . .

ou à la médisance.

MADAME DE SALLUS.

Ne jouons pas sur les mois. Vous trouvez que M. de Randol vient trop souvent dans cette maison,... dans votre maison?

M. DE SALLUS.

Je ne puis rien trouver mauvais de ce que vous faites.

MADAME DE SALLUS.

En effet, vous n'en avez pas le

droit. Aussi bien, puisque vous mo parlez sur ce ton, réglons cette question une fois pour toutes, car je n'aime pas les sous-entendus.

Vous avez, paraît-il, la mémoire courte. Mais je vais venir à votre aide. Soyez franc. Vous ne pensez plus aujourd'hui, par suite de je no sais quelles circonstances, comme vous pensiez il y a deux ans. Rappélez-vous bien ce qui s'est passé.

Gompie vous me négligiez visiblement, je suis devenue inquiète, puis j'ai su, on m'a dit, j'ai vu, que vous aimiez madame de Servièrcs...

Je VOUS ai confié mon chagrin,...

ma douleur... j'ai été jalouse I Qu'avez -vous répondu? Ce que tous les hommes répondent quand ils n'aiment plus une femme qui leur fait des reproches. Vous avez d'abord haussé les épaules, vous avez souri, avec impatience, vous avez murmuré que j'étais folle, puis vous m'avez exposée, avec toute l'adresse possible, je le reconnais, les grands principes du libre amour adoptés par tout mari qui trompe et qui compte bien cependant n'être pas trompé. Vous m'avez

laissé entendre que le mariage n'est pas une chaîne, mais une association d'intérêts, un lien social, plus qu'un lien moral ; qu'il ne force pas les époux à n'avoir plus d'amitié ni d'affection, pourvu qu'il n'y ait pas de scandale. Oh! vous n'avez pas avoué votre maîtresse, mais vous avez plaidé les circonstances atténuantes. Vous vous êtes montré très ironique pour les femmes» ces pauvres sottes, qui ne permettent pas à leurs maris d'être galants, la galanterie étant une des lois de la société élégante à laquelle vous

appartenez. Vous avez beaucoup ri de la figure de rhoinme qui n'ose pas faire un compliment à une femme, devant la sienne, et beaucoup ri de Tépouse ombrageuse qui suit de Tœil son mari dans tous les coins, et s'imagine, dès qu'il a disparu daiis le salon voisin, qu'il tombe aux genoqx d'une rivale.

Tout cela; était spirituel, drôle et désolant, enveloppé de compliments et pimenté de cruauté, doux et amer à faire sortir du cœur tout amour pour l'homme délicat, faux et bien élevé qui pouvait parler ainsi.

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