LES ARABES
Mais pendant qu il réunissait contre les Monolhélites les textes des Pères de l'Église, Sophronius armait Jérusalem, réparait les murailles et mettait des gardes sur les tours'. Les bandes arabes dont il se plaignait, à la fin de sa lettre synodale, grossissaient de jour en jour et se rapprochaient de Jérusalem *. Ce n'était plus, comme on le croyait d abord, une de ces courses passagères et vagabondes dont la Palestine avait été si souvent le théâtre et où les Arabes passaient comme un ouragan, courant au pillage et fuyant le combat^: c'était une invasion régulière et déterminée, une conquête définitive, une guerre ouverte où des batailles rangées, des sièges en règle et des victoires sanglantes transformaient les bandits en conquérants. Mais surtout ces brigands arabes, si connus par leur féroce avidité et leur amour du pillage, apparaissaient cette fois avec un caractère inattendu : de bandits, devenus apôtres, ils prêchaient une religion nouvelle, invitaient les peuples à la fraternité religieuse et marchaient,
1. A cette époque de décadence et de désorganisation, les évéques avaient dû prendre en main l'administration matérielle et la défense des cités (M0' Tévéque d'Orléans, la Souveraineté Pontificale^ chap vi, 8^» P 87, 88).
2. Ce fut l'arrivée des Arabes qui empêcha Sophronius de porter lui-même ce Traité à Rome^ il y envoya lévéque Stéphane de Dor (Labbe, t. vi^ Concil, de Latran, act. i, col. 10 i). — Moehler, Hist. de V Église , t. i, ch. il, § 13, p 494. — Caussin de Vercevaly Ulst, des Arabes^ i. m, liv. ix, p. 431,
3. Saint Jérôme, Comment in Ezechiel, lib. iw^ prœfat. — Epist. d26, g 2, Ad Marcéllam et Anapsychiam, — In Jeremiam, lib. m, cap. 24. — Vie de saint Euthijme, §§125, 143. — Cassien, Collatio vi, cap. t. — Ammien-Marcellin, XIV, 5.
(lisaient-ils, à la conquête du monde dans le seul but de le soumettre à l'Islamisme *.
Les Arabes chrétiens, qui avaient la garde des frontières, s'étaient joints aux nouveaux venus parce qu'Héraclius, appauvri par la guerre de Perses, leur avait retiré leur solde annuelle*; ils servaient de guides aux ennemis f, et l'armée d'invasion, partagée en trois corps, s'avançait vers l'intérieur de la Palestine et de la Syrie*. Les deux premiers, sous les ordres de Jezid et de Schorabhil, marchaient sur Bostra, par les montagnes de l'autre rive du Jourdain*^, et venaient d'être renforcés par les troupes qu'Abou-Obéïda avait amenées du fond de l'Arabie®; le troisième corps, commandé par Amr, s'approchait de Gaza^, en suivant la grande voie romaine qui reliait cette ville aveo le port d'Aïla sur la mer Rouge * , et avait successivement battu deux détachements de l'armée grecque®. Cette armée se rassemblait, au nombre de quatrevingt mille hommes, dans la plaine d'Esdrélon, entre Scythopolis et Césarée *^; elle était commandée par le frère d'Héra-
i . Goëje, Mémoires d'Histoire et de Géographie orientale, n» 3, p. 14. — Eiitychius, col. 1093, 1106. - Elmacinus, Hist. des Arabes, cap. % 3. — Caussin de Perceval, Hist, des Arabes^ t. ni, liv. ix, p. 407 à 411 ; liv. x, p. 475 à 478.
2. Théophane , A. C. 623. — Cedren, col. 822 — Anastase le Bibliothécaire, col. 1320. — Nicéphore, De rébus gestis post Mauritium^ col. 915.