AVANT-PROPOS
Le danger, menace de souffrance et de mort, entoure l'homme de tous côtés, à tout instant. Par la crainte qu'il détermine, il est un élément de la constitution et du développement de la science, l’homme cherchant à savoir pour prévoir et se prémunir, de la religion, l’homme implorant l’aide divine quand la nature le menace, de la société, l’homme recherchant l'appui de ses semblables contre les forces vivantes ou matérielles qui le mettent en péril. Avant de savoir, de croire, d'espérer, de se sentir protégé l’homme a peur. S'il fait face au danger dont il a percé le mystère, contre lequel il sait comment se défendre et qu’un devoir envers lui-même ou envers autrui lui ordonne d’affronter, s’il persiste à demeurer sans peur devant sa menace, il possède cette haute qualité: le courage.
Pendant la guerre, le danger se présentant dans des
circonstances différentes des circonstances normales, la peur
et le courage qu'il suscite ont revêtu parfois des formes de qualité et d'intensité inusitées. Des études importantes, d'un grand intérêt psychologique ont été faites par ceux que leur compétence et leurs fonctions désignaient pour cette œuvre. Les titres de ces études sont connus. Nous avons été particulièrement frappé par celles que publia en novembre 1918, M. le professeur R. Cruchet sur la « Crainte du danger chez le Combattant » ‘Mercure de France, novembre, décembre, 1918). Nous lisions, pendant notre séjour en Macédoine, les articles du maître dont nous avions eu l'honneur de suivre les cours en 1913-1914 à la Faculté de Médecine de Bordeaux. A notre retour des armées, nous demandämes conseil à M.
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le professeur Gruchet sur le choix d'un sujet de thèse, et il eut l’extrême bienveillance de nous montrer l'intérêt que poufrait comporter l'apport des quelques observations prises par nous, quand nous avions assisté à des phénomènes de panique.
Le sujet est délicat à traiter.
Ceux qui ont vécu la longue aventure de 1914-1918 au milieu des soldats français savent que les paniques furent bien rares sur notre front. Nous n'avons jamais vu de troupes parties à l'assaut ou subissant l'attaque de l'ennemi fuir en déroute. Nous avons assisté à l'arrière des premières lignes à des mouvements de fuite localisés à de petites unités de combat, vite enrayés le plus souvent.
L'étude de ces faits peut cependant présenter un intérêt. Leur peu d'envergure et de durée permettait de les mieux observer. Une autre circonstance était favorable à cette observation : ayant longtemps servi dans des bataillons de tirailleurs sénégalais nous avons eu devant nous des hommes dont les états affectifs se manifestent en gestes simples d’une interprétation facile — des noirs africains, qui transplantés dans la guerre européenne, offrent à celui qui les considère une vie psychique semblable à une page blanche où viennent s'inscrire des notations nouvelles qui sont lues aisément.
Aussi apportons nous quelques observations fidèles de faits dont nous avons été témoins. Nous limitant ainsi nous ne pourrons étudier toutes les considérations qui ont pu être développées sur le sujet qui nous occupe, dans les nombreux ouvrages publiés, traitant de la psychologie émotive du combattant en général. Nous omettrons des citations que nous aurions du produire, Occupé par l’achèvement de nos études médicales, que l'éloignement pendant cinq années entières, de la Faculté, nous a rendu pénible, nous n'avons pu et nous le regrettons, lire tous ces ouvrages. N’étudiant que nos observations personnelles, nous ne considèrerons pas non plus les paniques historiques des jours d’émeute ou
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d’incendies célèbres, ni celles des torpillages en mer, ni celles que l’on put observer peut-être parmi les foules parisiennes, aux jours tristes d'août 1914, où plus tard quand l'ennemi menaça Verdun, ou enfin quand il lança dans les rues de la grande ville, les bombes de ses Gothas ou les obus de sa Bertha. Si ces paniques ont été vraiment caractéristiques, nous n'avons pu en être le témoin, et ne pourrions rien ajouter à leur description.