‹ La Panthéon des comédiens de Molière à Coquelin aînéChapitre 100 sur 100 · CONSTANT COQUELIN · texte numérisé non relu

CONSTANT COQUELIN

CONSTANT COQIIELIN (suite)

doiiiKT clt! la voix, ln^rr)ssissant, roiiflnnt, la claironnant, j)isqu'à ce que, pai* une savante oppusition, la faisant se radoucu- tout à coup, il termina sa phrase, la main droite levée vers le ciel, l'œil brillant et illuminé, comme dans une extase d'exaltation prophétique; et la salle éclata en bravos prolongés.

Banville était dans la stupéfaction.

Alors, Coquelin, abandonnant sa pose extatique, s'avança sur le bord de la rampe, et nous dit, sans que personne autre que nous pût l'entendre : « Hein?. ..ça t'ia coupe, Théodore'. »

Coquelin, cet incomparable comédien, cet esprit supérieur, ce cœur ouvert à tous, cet admirable philanthrope, s'est éteint dans un rayon de gloire, flamboyant. Il est mort debout, déclamant Chantecler, sublime de joie, illuminé d'enthousiasme, dans cette maison de bienfaisance qu'il a fondée, au milieu de ses vieux enfants, conduit dans l'humble cimetière du village par 5.000 personnes, les plus illustres dans les arts et dans les lettres du tout grand Paris qui pense; apothéose par des larmes touchantes et sincères, dans un beau soleil, emprunté à Mai par Janvier, vengé de la sotte indifférence des nullités, triomphant de la haine et de la calomnie des méchants.

Quand, partant de la maison de retraite, le corps du grand comédien s'en fut vers la petite église, un coq des environs chanta, et, dans ce cocorico plaintif, on eût pu entendre : « Pleurons, mes frères, le Coq des Coqs est mort! »

Mort! Allons donc!... il est bien vivant pour ceux qui l'aimaient et qui le pleurent.

Et ceux-là sont phalange.

Il est bien vivant pour ceux qui lui doivent de la reconnaissance.

Il est bien vivant p )ur les gens de cœur et d'esprit sain.

Pas plus ne s'efîacîra le souvenir du comédien irremplaçable, que celui de l'homme qu'il fut!

Il manquera à la terre, comme déjà il manque aux hommes.

Dans Cyrano de Bergerac.

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