PREFACE
Une préface?... J'en fis une il y a (|uelque vingt-cinq ans pour un livre admirable de mon regrette' ami P. Delair : Les Contes d'à pi-ése)it. Depuis je me suis reposé ; mais il me semble que j'en suis encore fatigué. « Adressez-vous, répondis-je, mon cher Fasquelle, à ceux qni savent écrire ces choses-là, à ceux qui savent faire au public de belles présentations, à ceux que le public écoule. A moi, on dira que je suis orfèvre — non en écriture, hélas! — mais parce que je serai toujours bienveillant pour un livre sur les grands comédiens, écrit par un comédien. Ne nous devons-nous pas les uns aux autres la plus grande bienveillance? » — « Mon cher Coq, me dit Fasquelle, vos raisons sont détestables, car on connaît votre impartialité; mais ce livre doit être vendu au bénéfice de la Maison de retraite des vieux comédiens... fondée par vous à Pont-aux-Dames, en verte vallée du Grand-Morin... » Je ne le laissai pas achever: <( On dira encore bien plus celte fois que je suis plus qu'orfèvre, mais je crois de mon devoir d'accepter. »
Et je ne le regrette plus!.. Je serai même liciirenx do dire tout le bien que je pense du livre si intéressant et si utile (ju'a écrit Péricaud pour les gens de théâtre, auxquels s'intéressent tant de gens du monde qui aiment les œuvres d'art fouillées, fines et délicates.
Je me trompe en disant que ce livre est écrit pour les comédiens; c'est sur les comédiens que j'eusse dû écrire. (îar ce ne
ii PUÉ FA CE
sont que des biographies d'artisles drauialiques célèhres, disparus pour toujours de cette grande scène. du monde : une sorte de nécropole où Lekain et Gil l'érrs se coudoient; véritable Panthéon artistique sous la coupole duquel lauleur a groupé tous les Dieux et Déesses du Polythéisme théâtral.
Je me suis complu à revoir passer, dans le livre de Péricaud, tous les grands noms que ma jeune imagination d'élève comédien s'était plu à ranger parmi les plus nobles instructeurs des foules, géniaux et fantoches, tragiques et comi(iues, moralisateurs comme Molière, charmeurs comme Elleviou, simples amuseurs comme Déburau.
J'y ai retrouvé ceux qui ont été mes maîtres : Sanison, Frederick Lemaitre, Piégnier, Gellroy, Bocage, Numa, Arnal, Bouflé, Lesueur, si différents les uns des autres et si artistiquement vrais, si savants, tous d'un naturel en relief si profond... Je devrais les citer eulièremenl. Mais ils sont là, à l'ordre de toujours !
Lorsque le célèbre Arlequin Dominique inscrivit sur le rideau de son théâtre le Castigat ridendo mores, cette belle devise de la divine Comédie, conçue par le poète Jean de Santeuil, il savait qu'il élevait la mission du comédien à la hauteur d'un sacerdoce, qu'il lui créait une chaire sacrée, qu'il faisait de l'acteur, le prêtre répandant dans les masses la parole de sagesse, de morale et de civilisation.
— Oh ! oh ! Que d'amour-propre, Monsieur le comédien, que de vanité exagérée, que d'orgueil ridicule, voni aussitôt clamer les éternels ennemis de ma chère profession, ceux qui nous dénomment ironiquement et sottement : ft Histrions », « Cabotins », « M'as-tu vu? » ou (( Menions bleus ».
Ils sont tout cela, si vous le voulez, mes chers bons messieurs, pour votre pure société de snobisme; mais alors, pourquoi les applaudissez-vous si fort, Ini'sqne, par la passion qu'ils ont exprimée sur la scène, ils ont fait passer au travers de vous ce petit frisson d'elfroi, d'amour ou de colère, dont ils se sont animés eux-mêmes pour l'interprétation du rôle (ju'ils avaient à représenter?
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(V'ito |);irliri|iiili(Mi de vous-iiièinos aux seiiliiiieiils ([ii'il.s iiiler- |ii'èlenl, deviiiit vous les rendre moins vains, ou moins méprisables; car endn, c'est un peu d'eux (|ui pénèlre en vous; et celle eollahoralioM tonte spiritiuille devrait vous inspirer plutôt rindMli;énce (|ue rindignit!'. Il n'y a aucune vanité exagérée à
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Coquelin dans sa loge au théitre.
A sa gauche, M. Louis Péricaud.
dire haut : « Le théâtre est' nnt; grande école dont nous sommes les moniteurs!... »
Les grands artistes, comédiens et chanteurs. <lont les noms sont cités dans le livre l)iogra|)hique qu.'j'ai le plaisir de présenter au public, ont tous été Hagellés de ces moqueuses appellations.
Molière fut traité de « Vil histrion » par les Tarlules, les l'àclieux et les Précieuses dont il reproduisait, sui' la scène, les vices, les ridicules et les sottises.