‹ La Panthéon des comédiens de Molière à Coquelin aînéChapitre 46 sur 100 · BEAUVALLET · texte numérisé non relu

BEAUVALLET

C'est à Pithiviers, la patrie renommée des pâtés d'alouettes, que vit le jour, le 22 vendémiaire an X de la République française — 14 octobre 1801, vieux style — Pierre-François Beauvallet, le tragédien dont nous avons à traiter ici la notice biographique.

Son père était épicier, mais rougissait presque de l'être et ne voulait à aucun prix que son héritier présomptif le devînt. Aussi, le fit-il entrer chez un de ses amis, maître peintre en bâtiments, à Paris, dont le nom, grâce au jeune Beauvallet, est assez arrivé jusqu'à nous pour que nous puissions, à notre tour, le lancer aux oreilles attentives des populations actuelles. Cet entrepreneur de peinture s'appelait Drouard.

Il y avait un véritable tempérament d'artiste en Pierre-François, qui comprit de suite que la grande peinture de son maître n'était que de la petite, et qui se mit à étudier cette petite, dans l'atelier de Paul Delaroche.

A cette époque, tout ce qui était jeune, par conséquent ardent à concevoir, se passionnait pour la lutte littéraire; principalement au théâtre — où l'on pouvait manifester bruyamment — c'était un combat acharné entre l'école classique et l'école romantique. Le jeune Beauvallet — est-il utile de le dire? — était pour les Romantiques, qui commençaient à naître; et de ses poumons formidables, car de ce corps chétif et grêle sortait déjà la voix tonitruante dont il sut trop se servir plus tard, dans sa carrière dramatique, il déclamait avec rage, avec fureur, des pages entières de la Corinne de Mme de Staël, ou de V Atala de Chateaubriand.

11 avait appris, en son entier, la médiocre tragédie de La Harpe : Les Barmécides, et en jetait les pauvres vers aux échos de tous les atehers et guinguettes de Montmartre. :JHB '

C'est ainsi qu'il se lia avec Casimir Delavigne, qui mettait • — i40 —

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alors en vers Les Vêpres Siciliemies, et quele goût du théâtre naquit en notre jeune rapin.

Il se présenta au Conservatoire, dont les classes de déclamation étaient alors aux mains des professeurs Saint- Prix, Baptiste aîné, Lafon et Oranger. Il les effraya par les éclats et la puissance de sa terrible voix, et ne fut accepté que par Saint-Prix qui, le

8 janvier 1822, l'admit comme auditeur dans sa classe, puis, le 18 juillet 1823, comme élève titulaire.

Étant passé de cette classe dans celle de Oranger, le 9 août 1824, il obtenait un deuxième prix de tragédie.

Après s'être fait engager dans les théâtres, dits de banheue, que dirigeaient alors les frères Seveste, son ami Casimir Delavigne parvint à le faire entrer à l'Odéon, où il lui fit créer, le 3 mai 1825, le rôle de Montfort dans Les Vêpres Siciliennes, rôle dans lequel Beauvallet obtint quelque succès.

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Il parut ensuite dans Tancrède, la tragédie de Voltaire ; et Frédéric Soulié, gagné par la chaleur et la puissance d'organe de ce jeune homme, le réclama, pour lui faire jouer le rôle de Tamerli. dans sa pièce de Roméo et Juliette, qu'il faisait alors répéter, et dont la première représentation eut lieu le 10 juillet

Beauvallet fut une des causes principales du gros succès de cette œuvre contestée et contestable. 11 sut triompher aux côtés de Ligier, que l'on considérait alors comme l'unique successeur de Tcilma.

L'Odéon ayant fermé ses portes, Beauvallet fut engagé à l'Ambigu et y débuta le l'^'' septembre 1828, par une reprise de Cardillac, mélodrame créé par Frédérick-Lemaître. Même après ce colosse d'excentricité et de génie, il sut s'y faire remarquer. Le 14 septembre suivant, il reprit un autre rôle également créé par le même grand comédien : BohTminn, de Lisbcth ou La Fille du laboureur.

11 resta deux a. nées à ce théâtre d' boulevard et fut enfin engagé à la Comédie-Française, où il débuta brillamment le 3 septembre 1830 dans ÏHom'.et de Ducis.

Il fut nommé Sociétaire le 17 août 1835, après la très belle création qu'il fit d'un Jacques CUment, dans Le Bachelier et le Théologien, de d'Épagny.

Beauvallet était un Romantique, et Romantique à ce point, qu'à ses côtés Ligier devenait presque un Classique!

En 1839, il fut nommé professeur au Conservatoire. On connaît l'excentrique et brutale façon dont il enseignait. Il disait à l'une de ses élèves : « Mais nom de Dieu ! mademoiselle, foutez-moi donc un peu d'énergie, dans ces « Imprécations »! Vous me faites l'effet d'une poire molle qui a à dévorer un tigre! »

Rachel le haïssait, parce qu'exprès, jouant avec elle, il l'i'crasait du tonnerre de sa voix, « quand dans la journée, disait-il, elle n'avait pas été sage >'.

Il créa d'admirable façon : Joh, dans Les Burgraves; Angelo; SaUabadil, dans Le Roi s'amuse; Brute, dans Lucrèce, de Ronsard; Pierre le Grand, dans La Czirine, d'Hipp. Romaïul; Marat, ('e

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