ACHARD
(1808— isr,6)
Achard, Pierre-Frédéric, fut un canut de Lyon; né le 4 novembre 1808, il fut tisseur comme son père. Allant assidûment au théâtre des Célestins, le goût de la comédie s'empara du jeune ouvrier; le dimanche, il frécjuentait les acteurs au café de la Comédie; il fit tant et si bien cju'un jour il remplaça l'un des comédiens, indisposé.
Il possédait une très johe voix; on lui fit bisser ses couplets. Quelques jours après, Achard partait pour Lons-le-Saulnier, mais le directeur, ou plutôt celui qui s'était érigé directeur de ce théâtre, se voyait impitoyablement fermer les portes du « monument » par le véritable directeur, à cheval sur son droit de privilégié.
Achard revint à Lyon très penaud de sa déconvenue et reprit son métier de tisseur.
Loin d'être découragé — même par la malédiction de son père, vieux canut de la Croix-Rousse, imbu des préjugés contre les acteurs, — il s'engagea à Grenoble, pour revenir ensuite en emploi à ce même théâtre des Célestins, où ses succès devinrent tels, que le père Achard, vaincu, finit par dire à son fils : « Le ciel t'avait créé pour être acteur, sois-le ». Notre comédien était à Bordeaux, au théâtre des Variétés, quand Déjazet vint en représentation dans cette ville. Elle s'éprit du jeune homme et écrivit immédiatement à son directeur, DormeiiiJ, de ne pas laisser échapper une si belle occasion de s'attacher un acteur doué d'une adorable voix et d'une irrésistible gaîté. M. Dormeuil, confiant dans l'appréciation de son actrice favorite, engagea le jeune Achard qui vint débuter à Paris dans Lionnel ou Mon avenir, puis Le Commis et la Grisette.
Le talent d' Achard consistait surtout en une abondance de gaîté très communicative. Il riait, on riait. Tout de rondeur et de vivacité, il s'emparait du pubUc. Il soupirait la romance mieux cfue tous les chanteurs de son époque et triomphait dans le genre de la chansonnette, genre que venaient de créer Levassor et Déjazet.
De remarquables créations firent d'Achard le comédien le plus apprésié du Palais-Royal. V Aumônier du Régiment, La Tirelire, Bruno le fileur, La Maîtresse de Langues, Pascal et Chambord, La Famille du fumiste, Indiana et Charlemagne, pour ne citer que ses très grands succès, le grisèrent un peu; et en 1845, exigeant une augmentation exagérée d'appointements — que lui refusa son directeur, l'économe Dormeuil, — il alla créer au Gymnase La Morale en action et Le Petit homme gris. Mais telle est l'influence du cadre sur le talent du comédien, qu' Achard ne retrouva pas au Gymnase la moitié des effets qu'il produisait au Palais-Royal.
Il fut heureux de revenir à son cher théâtre, en 1850, et y fit sa dernière création. Une Charge de cavalerie, en 1853. Le 13 août 1856, il mourait subitement à Paris, à peine âgé de quarante-huit ans.