‹ La Panthéon des comédiens de Molière à Coquelin aînéChapitre 61 sur 100 · RÉGNIER · texte numérisé non relu

RÉGNIER

lO.

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qu'il eut toute sa vie à lutter contre un physique dur et triste, un accent assez accentué pour le faire souvent confondre avec un compatriote de Vercingétorix. 11 sut plus tard se corriger de ce malencontreux accent. Mais revenons à ses commencements.

En 1827, François-Joseph-Pierre Régnier de la Brière débutait à Nantes, sous l'unique nom de Régnier, et y demeurait trois années consécutives.

Dormeuil, qui venait d'ouvrir son Palais-Royal, en 1831, engagea le jeune comédien sur l'expresse recommandation de Gontier, un maître acteur du Gymnase; mais Régnier ne demeura que cinq mois au théâtre de Dormeuil, trop joyeux et trop fantaisiste pour lui, et débuta à la Comédie-Françaisa, le 6 novembre de la même année, par le rôle de Figaro du Mariage, rôle dans lequel il produisit un efîet énorme.

Pendant quarante et un ans, Régnier donna sur notre première scène toutes les ressources de son immense talent. Jeunes gens, vieillards, niais, rusés, hommes du monde, prolétaires, il aborda tous les genres, il personnifia tous les caractères : émouvant jusqu'aux larmes dans son Noël de La Joie fait peur; naïf et distingué dans son Grignon de Bataille de dames ; mordant et fmassier dans son Destournelles du Marquis de la Seiglière ; arrogant et incisif dans son Vernouillet des Effrontés. Il anima tous ces rôles de son esprit raisonné, de sa science profonde, de son art déUcat, de son souffle puissant. Il ne quitta la Comédie-Française que pour prendre sa retraite, le 31 mars 1872.

Comme professeur, Régnier a été de tout premier ordre. Il a formé Coquelin, c'est tout dire ! Comme écrivain, il produisit une Histoire du théâtre et des Mémoires inédits pour servir à Vhistoir: du Théâtre-Français. Jules Sandeau fit avec lui Mademoiselle de la Seiglière, Paul Foucher, La Joconde, et Louis Leroy, Le Chemin retrouvé.

Il fut nommé chevalier de la Légion d'honneur le 5 août 1872, et mourut le 27 avril 1885, après être revenu quelque temps à la Grande Comédie, comme directeur de la scène, puis, en 1879, avoir été nommé Directeur des études à l'Académie nationale de musique.

Son immense talent était de la plus belle simpHcité. Jamais il ne le gâta par une charge de mauvais goût, qui eût pu forcer le rire du public.

Ce fut un illustre sage parmi les sages. Combien le théâtre en compte-t-il?

RÉGNIER. Dans L'Aventurière.

FELIX

D'un père français et d'une mère italienne, Félix-Pierre- Alexandre -Ursule Cellerier naquit le 18 septembre 1807, à Alexandrie, en royaume de Sardaigne.

Ses premières études — sur îa volonté de ses parents — se firent au Séminaire; mais, son père étant mort, sa mère vint en France lecatillir un petit héritage, s'y fixa, et le petit Cellerier devint apprenti ébéniste, puis commis dans une maison de drape- YiQ en gros de la rue Bertin-Poirée. C'est dans cette place qu'il se mit à aller au théâtre et conçut la pensée de se faire acteur.

Il se fit engager parles frères Seveste, les Directeurs « privilégiés » de tous les théâtres de la périphéria parisienne, et gagna 30 francs, puis 40 francs par mois, pour jouer les « amoureux », après avoir fait un stage de trois mois sans rien gagner, comme sorte d'apprenticomédien. Enfin, le 1" juillet 1828, le théâtre du Vaudeville, situé rue de Chartres, le vit débuter dans le rôle de Rodolphe, de Léonide ou La Vieille de Suresne.

Il réussit peu. Alors, il partit pour la province et fut accepté à Bordeaux, dans l'emploi des « premiers rôles de comédie et de vaudeville ». Ceci se passait en 1829.

Il chantait le couplet avec goût, portait sans extrême élégance, mais bien, la toilette de ville et le costume, lançait le mot avec esprit et produisait beaucoup d'effet sur le public.

Il demeura quatre années à Bordeaux, où il était adoré! Le directeur de Rouen lui fit proposer de venir affronter le parterre

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rouennais, lequel, à cette époque, passait pour le plus difficile de France; Félix accepta. Il réussit tellement à Rouen, qu'il y resta de 1833 à 1840, époque à laquelle il s'en vint enfin redébuter à Paris, sur ce même théâtre du Vaudeville qui l'avait méconnu

FÉLIX

douze ans auparavant, et qu'il ne quitta plu:- qu'en 1870, quelques jours avant sa mort.

11 était rentré au Vaudeville, dans une pièce de Paul.de Kock : La Jolie fille du Faubourg; il s'y montra vif, alerte, jeune, verveux et plein d? gaîté. En 1842, le rôle de Robin, dans Les Mé-

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moires du Diable, le mit en première ligne. Tout Paris courut le voir dans cette importante et superbe création. Cette pièce fut l'une des meilleures de cette époque de transition théâtrale.

C'est à partir de ce moment que sa réputation grandit à chaque nouveau rôle qu'il représenta : Le Héros du Marquis de quinze sous, Roger Bontemps , Les Suites du premier lit. Pas de fumée sans fèu, Louise de Nanteuil, La Joie delà maison. Les Filles de marbre, Les Vivacités du Capitaine Tic, Les Faux Bonshommes, Les Parisiens, Les Brebis de Panurge, Le Roman d'un jeune homme pauvre, Nos Intimes, La Famille Benoiton, Le Mariage d'Olympe, et nomb.'cuses autres merveilleuses créations d'ordre nouveau, dans lesquelles il avait apporté son originahté très personnelle, sa verve gouailleuse et son esprit endiablé, lui qui n'en avait aucun.

Car il est à remarquer que ce comédien d'élite, qui ne joua que des gens d'esprit, était « un simple » dans toute l'acception du mot.

Souvent il demandait à Théodore Barrière, l'auteur très mordant du Desgenais, des Filles de marbre et des Parisiens, qu'il lui fit créer :

« Je ne comprends pas ce que tu me fais dire là.

— Tant mieux, lui répondait Barrière! Si tu le comprenais, tu ne le dirais pas si bien. »

Le rôle de Desgenais fut incontestablement celui que Féhx joua le mieux dans sa brillante et longue carrière. C'était tout lui, railleur, fouettant les ridicules d'une société mal construite, flagellant les vices. Nul ne sut et ne put reprendre ce rôle après Féhx ; cependant, beaucoup d'artistes de grande valeur le tentèrent.

Il mourut le 11 octobre 1870, partageant sa fortune, qui était assez considérable, en legs généreux à des amis et à des œuvres de bienfaisance.

FÉLIX

Rôle de Robin dans Les Mémoires du Diable.

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