‹ La Panthéon des comédiens de Molière à Coquelin aînéChapitre 64 sur 100 · LEVASSOR · texte numérisé non relu

LEVASSOR

— io3 —

LEVASSOR (suite)

« chansonnette », dont il est le véritable créateur. La première qu'il chanta entre deux vaudevilles fut : Le Postillon de M'ame Ablou. Le tout Paris d'alors accourut voir le comédien, à cheval sur une chaise, un collier de grelots à la main, et galopant, ou trottant sur sa chaise, à laquelle il tentait de donner les allures d'un cheval de poste.

Après ce fameux Postillon de M'ame Ablou, qu'il alla chanter dans tous les salons, ce furent : Qui veut voir la Lune ? Alcindor à la Chaumière, Le Cochon de Barbarie, Les Tribulations d'un choriste. Le Maître d'école. Le Feu d'artifices. Le Renard et le Corbeau, Cendrillon, Geneviève de Brabant, Le Père Trinquefort, et des centaines d'autres chansonnettes, dont il savait faire des petits poèmes, des cocasseries amusantes, sans jamais dépasser les bornes de la plus stricte réserve.

Le Petit François devint aussi l'un de ses plus gros succès. C'est Boutin, son camarade du Palais-Royal, qui le lui avait seriné sur la guitare, dont s'accompagnait cet autre grand comique.

Levassor, après huit années de Palais-Royal, passa aux Variétés, où il se fit une immense réputation d'originahté et de drôlerie dans des rôles de toutes sortes et de toutes interprétations, c'est-à-dire en jouant des personnages de caractères très opposés.

La Meunière de Marly, Le Maître d'école. Le Bas-bleu, La ^uit aux soufflets furent pour lui de grands succès.

Il revint en 1843 au Palais-Royal et y demeura jusqu'en 1856, jouant son admirable Brelan de troupiers, son inimitable Sir Esbrouff, Le Poisson d'avril. Le Lait d'ânesse. Le Garçon de chez Véry, Les Folies-Dramatiques, 33,333 francs par four, et cent autres qui firent de lui le comédien le plus original et le plus excentrique de Paris. En 1857, il reparut aux Variétés, dans Le Poignard de Léonora. Le Mal de mer, La Conférence de Baubichon ; puis il se mit à courir la province, où il était adoré et faisait toujours d'énormes recettes.

\"oici, sur Levassor, une touchante anecdote :

Il avait prêté son concours à une représentation donnée à Rueil, au bénéfice des pauvres. Le maire avait réuni les comédiens qui avaient pris part à la représentation en une collation de reconnaissance. Levassor trouva sous sa serviette un œuf, duquel s'échappèrent cinq louis d'or. « Ah! Monsieur le maire, fit Levassor, sur le ton du reproche, je ne mange que le blanc des œufs à la coque, veuillez garder le jaune pour vos pauvres. »

Il mourut silencieusement en 1870, je l'ai dit.

— IQ*)

LEYASSOR.

Rôle de Sir John Esbrouff.

Page 1