MADAME MALIBRAN
. (180S— iS36)
Marie-Félicité Garcia, qui devint Mme Malibran, fille du ténor espagnol Garcia, naquit à Turin en 1808. D'aucuns la font naître à Paris; c'est une erreur.
Dès l'âge de huit ans, l'enfant se fit remarquer par la facilité avec laquelle elle profitait des leçons que lui donnait son père, « homme colère et brutal », qui la maltraitait fort. C'est « par ordre » de ce père dénaturé qu'elle épousa, en Amérique, un négociant français du nom de Malibran. Elle vécut malheureuse avec ce mari qu'elle n'aimait pas, qu'elle ne pouvait aimer parce qu'il ne la comprenait pas et était incapable de la comprendre. « Ceux qui ont connu la célèbre cantatrice dans l'intimité se rappellent la pitié dont leur âme était pénétrée, en voyant quelquefois cette jeune et belle femme rester des heures entières, comme absorbée dans une muette contemplation », écrit un des contemporains. Elle avait quinze ans, quand elle contracta ce premier mariage. M. Malibran, déclaré en faillite, fut emprisonné. Alors, la pauvre jeune femme put revenir en France et épousa M. de Bériot, célèbre violoniste belge, âme d'artiste comme la sienne.
On peut dire que la iMalibran — car elle conserva au théâtre le nom de son premier mari, nom sous lequel elle s'était illustrée — fut une des gloires de la scène française.
En représentation à Aix-la-Chapeile, le roi de Prusse, après une audition de La Sonnambula, fit prendre les armes à sa garde quand sortit du théâtre l'admirable cantatrice, et lui fit rendre les honneurs mihtaires, comme il était d'usage de le faire aux familles royales.
La Malibran était en état de grossesse assez avancée; elle consentit pourtant à partir pour Manchester et à paraître dans un grand festival, où devaient se faire entendre Lahlache, Pranoff, Philipps, Mmes Caradori, Assandri, et « tous les chanteurs et instrumentistes renommés alors dans le monde entier ». A la répétition, elle chanta admirablement, et tellement recommença, pour la satisfaction de tous, que son mari fut forcé de lui dire : « Prends garde, ton état n'est pas naturel, tu t'énerves trop. » Le lendemain 13 septembre 1836, le matin à l'éghse et le soir au théâtre, elle s'évanouissait plusieurs fois, après avoir chanté.
Le 14, eut lieu le grand concert annoncé; elle arriva en retard, pâle, faible, tremblante. Après avoir enthousiasmé un auditoire extraordinaire, avec un air de Cimarosa, tiré du Sacrifice d' Abraham, elle tomba sans connaissance dans les couhsses.
Le 23 septembre, neuf jours après, elle mourait, à minuit vingt minutes, sans avoir, durant sa longue agonie, repris un seul instant connaissance. Elle avait vingt-huit ans.
Le monde entier la pleura. L'art du chant fut en grand deuil. Le poète illustre des Nuits la chanta et la pleura. De célestes harmonies accompagnèrent ce brusque départ de la terre. Puis le silence se fit. C'était un ange qui venait de passer.
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Madame MALIBRAN.
Rôle de Desdemona dans Othello.
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Thomas!... tel était le nom de son père! Le comédien original dont nous avons à rappeler ici la vie et les traits s'appelait donc Paul Thomas. Il est né le 14 septembre 1809. Ses parents lui firent faire des études sérieuses au Collège Bourbon. Il fut même élève de Brard et Saint-Omer, les éducateurs célèbres, dont l'immortel Joseph Prudhomme se vante d'avoir suivi les cours.
M. Thomas père fit entrer Monsieur son fils dans une maison de banque. Mais le jeune homme, en rentrant chaque soir à la maison paternelle, ne cessait d'y fredonner : « La Banque iiest pas ce que faim?! »
Il y avait alors à Paris trois théâtres, dits « de société », où venaient se récréer à l'apprentissage de l'art du comédien, les amateurs effrénés de Melpomène et de sa sœur Thalie.
Le premier de ces théàtricules s'intitulait Théâtre Doytn;\e second, Théâtre Ducrocq; le troisième, Théâtre Carloiti.
Le Théâtre Doyen était perché à un quatrième étage; celui de Ducrocq, enfoui dans une cave ; celui de Carlotti, blotti dans une cour, au fond d'une impasse.
Le fils Thomas joua sur les trois, sans abandonner pour cela la maison de banque dans laquelle il grossoyait.
On ne sait pourquoi certains noms deviennent plus ridicules que certains autres, et pour quelle raison celui de Tlomas a^bénéficié de ce triste privilège. Est-ce parce que de facétieux plaisantins l'ont appliqué à ce récipient nocturne qu'à la caserne on dénomme « Jules »? Toujours est-il que notre Thomas recula devant la perspective de voir imprimé sur une affiche son nom patronymique et qu'il se fit appeler Lhéritier, parce que son père, dans un trans-
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port de fureur, lui avait dit: « Songe que tu es Vhéritier d'un nom respectable et que je te défends de le traîner sur la claie de tes paillasseries ! »
Lhéritier!... Son pseudonyme était trouvé!... Il répondit à son
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père : «J'aurais pu rendre célèbre ce nom des Thomas, qui ne le fut jamais que par l'entêtement imbécile d'un saint, auquel il ne fallait pas essayer de faire croire que des vessies étaient des lanternes!... Tu ne le veux pas 1... Je me soumets I Mais, tu m'as
jLHÉRITIER {suite)
apiDelé l'héritier de ton nom, j'accepte cette dénomination. Je cesse d'être Thomas, je "eviens Lhéritier !
Alors, sous ce nouveau nom, il joua à la salle Chantereine, puis à celle de Tivoli. Enfin, la Révolution de 1830 ayant apporté l'ère de la Liberté des théâtres, deux vieilles salles se rouvrirent à Paris : Tune située dans la rue Saint-Martin, fermée depuis 1807, que Boursaut avait créée en 1802 et qu'il avait décorée du titre ambitieux de Théâtre Molière; l'autre, située au Palais-Royal, ancienne salle des Beaujolais, illustrée par la demoiselle Montansier, que rouvraient deux puissants administrateurs, MM. Dormeuil et Charles Poirson, avec le titre de Théâtre du Palais-Royal.
Lhéritier, qui avait vingt et un ans, se décida à abandonner complètement l'art d'accumuler, au profit d'autres, les billets de la Banque de France, et prit la grande détermination de devenir acteur. Il se fit engager au Théâtre Molière. Au bout de six semair.es, ce théâtre ferma ses portes; mais, si courte qu'eut été l'apparition du jeune émule de Lekain et de Talma, elle avait suffi pour que Dormeuil le vît, l'appréciât et l'engageât aux côtés de Sanson, Régnier, Philippe, Lepeintre aîné, Sainville, et des demoiselles Déjazet, Falcoz et Baroyer. C'est pourquoi, le 7 octobre 1831, Ll éritier débuta à ce théâtre, qu'il ne devait plus jamais quitt r, ûd^ns Louis XV ch z madame Duhany, pièce de MM. Anicet Bourgeois et Vanderburk.
Ses débuts ne firent pas grande sensation. On trouva ce comédien original, plein d'aisance, « presque amusant », et ce fut tout.
On lui reprochait une certaine contrainte, qui arrêtait ses élans comiques. Selon une expression consacrée au théâtre, « il jouait en dedans ».
Peu à peu, cette timidité se dissipa; et Lhérit er se livra complètement. Il sut alors se faire apprécier dans L'Enfant du faubourg, V Aumônier du Régiment, Le Vicomte de Lélorières, Les Secondes nhces, V Ajnanach des 25,000 adrsssrs. Le Chapeau de paille d'Italie, Le Bourreau des crânes, etc., etc.
Il resta trente ans confiné dans cet emploi secondaire des
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« grimes », sans qu'on pensât à lui confier un rôle de « premier comique marqué ». C'était un sage, un patient, il se résigna.
En 1856, le désopilant Sainville mourut. On alla chercher successivement Delannoy, Petit-Delamarre, Désiré, des Bouffes, pour le remplacer. Tous échouèrent.
On engagea l'admirable Geoffroy. Lhéritier put et devait se dire : « C'est fmi ! Je suis éteint. » Ce* fut au contraire la cause de son rebondissement. Il devint le compère de cet incomparable comédien. De simple cascadeur qu'il était, à ses côtés il se fit artiste.
Un jour de 1862, Lambert Thiboust, passant au Havre, me dit : « Voilà huit ans que nous cherchons le remplaçant de Sainville. Il est trouvé ! C'est Lhéritier. » C'était la vérité. Il créa, pour la jouissance et la réjouissance de tous : La Grammaire, Célimare le bien aimé, Gavaut, Minard et C'^, Le Roi Candaule, Le Réveillon, Le Mari à Rabette, etc.
Dessinateur original, il fit de nombreuses charges d'auteurs et d'acteurs, très appréciées, et très courues en vente.
Le théâtre du Pala:s-Royal fêta son cinquajitenaire.
Il mourut à Paris, le 23 février 1885, en léguant à la Société des Artistes dramatiques dix obUgations de. la Ville de Paris, dont le revenu sert à secourir des comédiens malheureux. Ce fut donc dans une action de noble charité qu'il termina sa vie.
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Dans Le Réveillon.
;MADAMK Ai.LAN-DESPRÉAUX
Mme Allan naquit le 20 février 1810, à Mons, où son père, M. Despréaux — de son véritable nom Ross, — était directeur du théâtre de cette ville.
L'enfan{ fut baptisée Louise-Rosalie Ross; mais, Ross étant une fort vilaine appellation pour figurer sur les affiches d'un théâtre, le père de Mlle Louise-Rosalie avait eu le soin de changer son nom en celui plus euphonique de Boileau-Despréaux, dont il prétendait descendre par les femmes. Certaines épigrammes lui ayant été décochées à propos du nom de Boilenu lequel prêtait à de fâcheux sarcasmes dont on s'était mis à persécuter le sieur Ross, fort amateur de la dive bouteille, Ross avait jeté Boileau par-dessus bord et s'était résigné au seul nom de Despréaux.
L'enfant, Mlle Louise-Rosalie, eut l'honneur, à Fâge de dix ans, de jouer, à Mons, le rôle de Joas dans Athalie, aux côtés de Talma, en représentations dans cette ville.
Le grand tragédien fut tellement surpris par l'intelhgence précoce et très remarquable de cette enfant, qu'il la fit débuter, le 14 décembre de cette même année, à Paris, sur la scène de la Comédie-Française, par ce même rôle de Joas.
Le 22 janvier 1821, dans Camille ou Le Souterrain, que l'on donnait au Théâtre Feydeau, Mlle Despréaux joua encore un rôle d'enfant.
Enfin, le 2 février 1821, alors âgée de onze ans, elle entrait au Conservatoire, dans la classe de Michelot; et, le 17 août 1825, elle obtenait un second prix de comédie, et remportait le premier l'année suivante (14 août 1826).
A sa sortie du Conservatoire, en 1827, Mlle Despréaux entra à la Comédie-Française, où elle demeura quatre années, jusqu'en 1831, époque à laquelle, rebutée par les petites vilenies et tracasseries que lui suscitait principalement la jalouse Mlle Mars, notre jeune fille s'en fut débuter au Gymnase, où, le 16 mai de cette même année 1831, elle remportait un véritable triomphe dans les rôles de Clarence, de La Favorite, et Rose, de Jeune et Vieille.
Ce fut en août 1832 qu'elle épousa son camarade Allan, jeune premier d'une grande distinction, et qu'elle prit le nom de Mme Allan- Despréaux.
Le couple partit en Russie, en 1836, et fit les belles soirées de Saint-Pétersbourg pendant dix années.
Ce fut Mme Allan qui, revenue à la Comédie-Française en 1847, eut l'esprit et la gloire d'apporter de Russie l'adorable Caprice, de Musset, inconnu jusqu'alors à Paris, sinon des érudits.
Elle fit à ce théâtre les plus brillantes créations, jusqu'en 1856, époque à laquelle elle mourut, aimée, honorée et admirée de tous.
Pour ne citer que quelques-uns de ses très grands succès, je nommerai : la Comtesse, de II faut quune porte soit ouverte ou fermée; la Duchesse de Bouillon, dans Adrienne Lecouvreur ; Jac-
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MADAME ALLAX-DESPRÉAUX {suite)
queline, dans Le Chandelier; la Comtesse d' Autreval, dans Bataille de Dames; Mme Desaubiers, àe La Joie fait peur, et Mme Geor^es^ de Par droit de conquête.
MADAME ALLAX-DESPRÉAUX
Mme Allan fut une comédienne de haute distinction, d'un naturel parfait, et d'une excessive finesse.
Chose étonnante, pour ne pas dire incroyable, elle ne fut jamais Sociétaire.