LE THEATRE
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JOSÉ DUPUIS
Dans Le Beau Dunois.
JOSÉ DUPUIS {suite)
Duchesse, La Périchole, des merveilles d'esprit et d'adorable fantaisie. Meilhac et Halévy semblaient inventer de la musique pour Offenbach, lequel inspirait la verve et les vers des deux spirituels librettistes.
Puis, ce furent Les Brigands, Le Beau Danois, Le Trône d'Ecosse. Le Docteur Ox, Les Braconniers, La Veuve du Malabar, et des comédies telles que Les Prés Saint-Gervais, Les Sonnettes, Les Merveilleuses, La Petite Marquise, Le Jeu de V Amour et du Houzard, toutes pièces qui firent que l'on osa alors écrire à l'adresse de José Dupuis, cette épithète de « grand fantaisiste ».
En 1875, il joua Les Trente millions de Gladiator, Le Passage de Vénus, de Meilhac et Halévy; en 1876, Le Bai dort, une des rares erreurs de Labiche ; en 1877, Les Charbonniers; Tpuis La Cigale; en 1878, Niniche; en 1880, Les Cosaques; en 1882, La Femme à Papa, La Petite Mère et La Boussotte ; en 1883, Lili, pièce dans laquelle il représenta de façon on ne peut plus artistique, un simple soldat, un heutenant et un vieux général.
Alors, arrivèrent des rôles de pure comédie, Le grand Casimir Décoré, Monsieur Betsy, etc.
En 18 96, après un court passage au Vaudeville où il se montra dans Feu Toupinel et La Famille Pont-Biquet, il quitta le théâtre.
José Dupuis était devenu propriétaire à Nogent-sur-Marne. Le 6 mai 1900, il mourut dans sa belle propriété, laissant ce qu'il possédait à son fils, son portrait frappant.
José Dupuis fut un incomparable comédien, comique, d'un naturel achevé et convaincu, même au miheu de ses plus graves excentricités.
Il avait l'infirmité du retard; et quand, à une répétition affichée pour une heure, il arrivait à trois, et même plus, il restait tout ébahi d'être tant en retard et disait : « Comment on en estdéjàlà ?... Je suis pourtant parti de chez moi à midi un quart. »
C'était l'inconscience du temps personnifiée. "
JOSÉ DUPUIS
Dans Le Trône d'Ecosse.
MADEMOISELLE FAVART
(1833- ie08)
Napoléon III disait, un soir qu'il se rendait à la Comédie-Française :
— Je vais entendre gazouiller mes oiseaux de la grande volière.
— Pourquoi, Sire, appelez-vous ainsi le Théâtre-Français? lui demanda le général Fleury.
— Mais, parce que, à l'abri de tout souci, je m'y délecte en y entendant chanter juste mes délicieuses fauvettes et mes admirables pinsons.
Avec Pierrette-Ignace Pingaud, dite Marie Favart, disparut la dernière des fauvettes impériales.
Les autres charmantes gazouilleuses de l'époque avaient nom : Augustine Brohan, Arnould-Plessy, Emma Fleury, Émihe Dubois, Fix, Judith, Nathalie, etc.
Tandis que les pinsons impériaux chantaient sans cesse, de Samson à Régnier, Bressant, Delaunay, Brindeau, Got, Coquelin, Geffroy, Provost, Maubant, etc.
C'étaitla troupe d'or, en même temps qu'elle savait être la troupe d'argent.
Marie Favart devint la plus noble et la plus belle des fauvettes de la volière impériale.
Elle naquit le 16 février 1833. Le nom de Favart lui avait été donné par son tuteur, ancien consul, qui avait adopté l'enfant orpheline,l'avait fait élever etl'avait fait entrer au Conservatoire, d'où elle sortit avec un premier accessit de tragédie et un deuxième prix de comédie, en 1847 — elle avait donc quinze ans. — Elle débuta à la Comédie-Française l'année suivante, le 19 mai, dans Valérie.
Elle créa ensuite Aldenise dans Le vrai Club des Femmes; Césario dans André del Sario, et Saphira dans Daniel, ira.géd\e. Puis elle reprit les rôles d'Edouard dans Les Enfants d'Edouard, et de Chérubin dans Le Mariage de Figaro. Elle demeura trois années dans la grande maison. Lasse de voir passer devant elle de véritables et sensationnelles créations, elle partit de la Comédie-Française et s'en fut débuter aux Variétés, le 15 novembre 1851, dans Mignon, une pièce en deux actes, mêlée de chant, par M. Gaston de Montheau, airs nouveaux de M. Nargeot. La pièce n'eut aucun succès et elle reprit aussitôt le rôle de Mimi dans La Vie de Bohême, que venait d'abandonner la créatrice, Mlle Thuillier. Elle fut déclarée fort inférieure à sa devancière.
Samson, le grand comédien, qui avait pressenti un tempérament de véritable artiste en la jeune découragée, parvint à la faire revenir
MADEMOISELLE FAVART
MADEMOISELLE FAVART (suite)
à la Comédie, où elle créa le rôle de Miss Sujiders, dans Sullivan; puis Le Songe d'une Nuit d'Hiver, d'Edouard Plouvier.
Elle fut nommée Sociétaire le 1" juillet 1854.
C'estde ce moment que datent ses grands pas vers le suprême talent et les apothéoses d'avenir.
Dans le répertoire classique elle sut toujours se montrer d'une pureté et d'une innocence rares, en même temps que d'une « élégance antique, innée en elle » : ceci a été écrit. Dans le rôle de Héro de Héro et Léandre, un critique autorisé écrivit : « Il n'y a pas eu depuis Rachel un succès de tragédienne aussi franc et aussi mérité. »
Dans le répertoire moderne, elle fut incomparable : Fernande du Fils de Giboyer; Andréa dans Jean Baudry; Mathilde du Supplice d'une femme; Emile de Girardin la peignit ainsi dans ce rôle : « Elle a été à la fois Rachel et Dorval. « — Puis doha Sol dans la brillante repi'ise (X'Hemani; Léa de Paul Forestier; Julie; Esther des Faux Ménages; Marion Delorme, la portèrent à l'apogée de sa réputation. Sa dernière création à la Comédie-Française fut le rôle de la Marquise, dans Jean Dacier.
Contrainte, par certaines nécessités, d'entrer en possession de ses fonds sociaux, ^Marie Favart se retira, comme sociétaire, le 1*^^ janvier 1880. Cependant elle demeure comme pensionnaire à la grande Comédie jusqu'au 16 janvier 1881.
L'auteur de ces lignes eut l'honneur de la connaître en 1869, à Marseille, où elle était en représentation, avec son admirable protagoniste, Delaunay; il faut raconter un fait qui prouve la bonté d'âme et le véritable courage de la célèbre artiste.
On signalait, comme tous les ans, quelques cas de choléra. Un soir, on vint dire au Gymnase, qu'une vieille figurante, nommée Gilbert, je crois, atteinte du mal endémique, ne pouvait se rendre à son devoir. Marie Favart courut immédiatement chez la pauvre vieille, la soigna, la changea elle-même de linge et revint en laissant cent francs sur sa cheminée.
Et, — comme parmi les choses les plus navrantes, la gaîté ne perd jamais ses droits, — Favart dit en revenant :
« La pauvre femme a déjà la figure toute noire ! »
Or, ce noir répondu sur la face de la malade n'était que la décomposition d'une belle teinture, qu'elle se mettait sur les cheveux et qui s'était répandue sur sa tête entière.
Marie Favart est morte affligée et pauvre, le 11 octobre 1908.
Son talent, de haute et puissante envolée, symbohsait d'admirable façon cet emploi si difficile du « jeune premier rôle ». Seule, depuis, à la Comédie-Française, l'adorable Mlle Bartet l'a égalée; seule, dans le passé, l'incomparable Désolée l'a dépassée.
MADEMOISELLE FAVART
Dans Romulus.
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DESCLEE
Voilà bien, sinon la plus grande, du moins l'une des plus grandes
et des plus parfaites comédiennes du xix® siècle et des précédents.
Jules Janin a écrit sur Desclée : « Elle est tout simplement la
plus étonnante des femmes, et si peu semblable aux « joueuses » de
comédie ».
Jules Janin disait vrai. Aimée Desclée avait l'air d'une fine bourgeoise et savait, quand il le fallait, devenir une Duchesse. Elle n'était pas jolie; mais elle était charmante, avec de grands yeux, pleins d'amour, de langueur, de malice et d'esprit.
Elle ne disait pas comme tout le monde, parce que plus juste que tout le monde; sa voix, qui prenait source dans ses fosses nasales, la faisait constamment paraître enrhumée du cerveau; mais elle parlait mieux que tout le monde ! Car elle parlait avec le naturel le plus parfait qui fût. Et cette voix singulière, douce, flexible, impressionnait, émouvait, faisait passer du rire aux larmes, sans efforts, sans affectation, sans contractions voulues, simplement, naturellement.
Ne pas avoir l'air de jouer la comédie et la jouer, est le grand talent du comédien. C'était celui de Desclée. L'exquise recherche du naturel, dans et par la simplicité.
Elle apparut au temps des grandes et belles comédiennes qui avaient nom Fargueil, Favart, Rose Chéri, Doche, Marie Laurent, et pourtant elle fut la seule, plus que toutes, l'unicjue Desclée.
Elle est née le 16 novembre 1836, à Paris. Elle reçut une fort belle instruction, même supérieure.
Elle entra au Conservatoire dans la classe de Beauvalet. En 1855> elle fut engagée au Gymnase, par Montigny, le mari de Rose Chéri. Sentant qu'elle ne sortirait pas du rang, écrasée sans cesse qu'elle serait par la femme de son directeur, en 1857, elle passa au \'^audeville, où Anaïs Fargueil régnait alors en toute puissance. Elle comprit encore que cette reine, hautaine et jalouse, lui barrerait la route, comme, au Gymnase, Rose Chéri la lui avait barrée; et elle s'enfuit désespérée aux Variétés, en 1859, jouer, dans un vaudeville féerique, un rôle indigne d'elle. Mais il fallait vivre!
Dégoûtée, abreuvée, elle abandonna le théâtre et voulut se faire religieuse, lorsqu'en 1866, elle accepta d'aller en Italie, dans la troupe française, dirigée par Eugène Meynadier, où triomphait alors Honorine, qui fut par la suite l'incomparable Métella de La Vie Parisienne.
DESCLEE (suite)
Là, on apprécia Desclée à sa belle valeur. On reconnut enfin son superbe talent. En 1867, elle est engagée aux Galeries-Saint-Hubert, à Bruxelles, par le directeur Delvil. Alexandre Dumas fils lui voit jouer Diane de Lys, et la fait immédiatement réengager au Gymnase par le même Montigny, sous la direction duquel elle reparaît
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