‹ La Panthéon des comédiens de Molière à Coquelin aînéChapitre 95 sur 100 · MADAME AGAR · texte numérisé non relu

MADAME AGAR

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Là, elle fut en butte à de terribles et impardonnables jalousies. On lui créa tant de difficultés que, découragée, elle s'en fut à l'Ambigu, remplacer Mme Marie Laurent dans La Sorcière ou Les États de Blois.

En 1864, elle passe à la Porte-Saint-Martin, où elle joue Faustine, de Louis Bouilhet.

Elle va ensuite à la Gaîté, reprendre Marguerite de Bourgogne, dans La Tour de Nesîe, Ghébel, du Fils de la Xuit. En 1866, elle retourne à FOdéon, jouer La Conjuration d'Amboise; en 1867, Le Roi Lear, et Jeanne de Lignières.en 1868. Enfin, en 1869, François Coppée lui fait créer Sylvia, de son Passant, rôle dans lequel l'avis unanime fut qu'elle se montra admirable de diction, de poésie et de forme.

C'est à la suite de cette brillante et retentissante création, que la Comédie-Française la rappela à elle, pour la seconde fois.

En 1878, elle créa à ce théâtre Aime Bernard, dans la pièce d'Emile Augier : Les FourchambauU; cette dernière tentative fut couronnée par un fort beau succès.

Jamais, cependant, elle ne parvint à être élue Sociétaire.

Ecœurée, elle partit de nouveau, pour retourner à l'Ambigu, jouer Les Mères Ennvmies, le beau drame de Catulle Mendès, etia Glu, de Jean Richepin.

Elle revint une troisième fois à la Comédie-Française, mais pour en sortir une fois de plus.

Son talent était de force et de charme. M. Henry Lyonnet, dans son très excellent Dictionnaire des Comédiens français, écrit : « La maladie, la fatigue, le découragement guettaient la pauvre artiste, vieiUie et brisée, qui vint échouer à Montmartre, aux Gobelins et aux Batignolles ».

Un soir, en déclamant Le Cimetière d'Eylau, elle fut frappée de paralysie.

Et, le 14 août 1891, elle mourait à Mustapha, près d'Alger, en murmurant : « C'était bien la peine de vivre! »

JOSE DUPUIS

Ce fut un grand comédien, que ce long dadais, naïf et distrait. Un très grand comédien même. On a dit qu'il ne travaillait pas, qu'il devait tout à la nature. On s'est trompé. Il travaillait, beaucoup, sans cesse, partout, chez lui, dans la rue, préparant en pensées les effets qu'il se commandait de produire sur le public du soir, et qu'il produisait infailliblement, par l'étude d'un «temps» à prendre, ou d'une inflexion à produire. On appelle au théâtre, « prendre un temps )) de ménager un instant de silence, habilement calculé, qui doit amener, au moment voulu, le rire ou la terreur du pubUc. Chez Joseph Lambert, Dupuis, dit José, c'était le rire, le rire inextinguible.

11 est né à Liège le 18 mars 1833, d'un professeur de dessin qui lui fit apprendre la musique. Il avait une jolie voix, ce qui lui permit de chanter des chansonnettes sur des théâtres de société, et même sur le vrai théâtre de Liège, où le directeur, l'ayant trouvé amusant, l'engagea à de modestes appointements.

En 1854, il vint débuter à Paris, sur le théâtre du Luxembourg — ancien Bobino — , situé au coin de la rue de Fleurus et delà rue Madame. Son premier rôle fut un conscrit français, dans une pièce d'actualité, qui avait pour titre : Les Russes. Cette pièce avait été conçue par ses auteurs, dans l'espoir de rivaliser avec l'énorme succès d'une pièce similaire, qui se jouait alors sur le boulevard du Temple, au théâtre de la Gaîté : Les Cosaques, d'Arnault, un acteur, et Judicis. On était en pleine guerre d'Orient.

Dès ce début, José Dupuis se classa parmi les bons amuseurs parisiens. En 1855, c'est-à-dire l'année suivante, il fut engagé au petit théâtre des Folies-Nouvelles, qui ne s'appelait pas encore le théâtre Déjazet, mais qui n'allait pas tarder à prendre ce nom. Il se fit remarquer alors comme comique chanteur, dans Le Page de

JOSÉ DUPUIS (suite)

madame Malbrough, L'île de Calypso et Le Jugement de Paris. Les

Folies-Nouvelles étant devenues le théâtre Déjazet, il joua aux côtés

de la célèbre Comédienne, patronne de l'endroit, Les Premières

armes de Figaro et M. Garât.

La petite réputation de José Dupuis devenait grande. Son

naturel, son comique sans exagération, sa façon drolatique de chanter, sa jolie voix, firent qu'il fut engagé aux Variétés et qu'en 1861, il débuta sur cette nouvelle scène par un Mari dans du coton, de Lambert Thiboust, rôle dans lequel, aux côtés d'Alphonsine, il se tailla un énorme succès.

Mais l'Opérette le guettait ; Ofîenbach, qui en était roi, apporta aux Variétés son chef-d'œuvre en ce genre : La Belle Hélène/... Dupuiset Mlle Schneider furent les triomphateurs de la première représentation.

La voix de José Dupuis^ claire, métalUque, se faisait roucoulante, fantaisiste, criarde, amoureuse, charmeuse et charmante, selon lesexigences de la situation.

Il sut être dans son jeu, spirituel et bête, excentrique et naturel.

Ce rôle de Paris, le classa « grand pître », on n'osa pas dire « grand

comédien ».

Puis vinrent les inoubliables créations de Barbe hleue; La Grande

JOSÉ DUPUIS

Dans La Belle Hélène.

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