DAUBRAY
Michel-René Thibaut prit le nom de Dauhray, quand il se mit au théâtre, pour ne pas contrarier ses parents, très estimables commerçants de Nantes, où le Michel-René dont nous nous occupons, naquit le 7 mai 1837.
A dix-neuf ans, en 1856, il se présenta au Conservatoire, et fut impitoyablement refusé. Il est à remarquer que si de fort médiocres comédiens sortent très laurés de cet établissement, de plus nombreux qui en ont été repoussés, sont devenus des artistes de premier ordre.
Daubray est de ce nombre, car ce fut un comédien très fin, très distingué, très amusant, dans le sens de la bonne forme.
11 avait commencé par jouer les amoureux aux théâtres Mohère, la Tour-d'Auvergne, Saint-Marcel, tous disparus aujourd'hui.
Devenu gras, de maigre qu'il était, il prit l'emploi comique, étant reconnu inadmissible, au théâtre, qu'un être gras puisse être jamais poétique et amoureux. Il fut donc, comme gras, engagé aux Folies-Marigny, en 1862. Il alla ensuite passer deux années sous la direction de M. Chotel, aux théâtres de Montmartre et des Batignolles. Puis au Théâtre Déjazet, où il se mit alors véritablement en évidence.
Alphonse Lemonnier, qui fut son directeur, a écrit sur Daubray : « C'était bien le plus mauvais pensionnaire qui se puisse voir. Excellent garçon, très aimable avec ses camarades, petits ou grands, insupportable avec son directeur, bien que gardant toujours le plus charmant sourire sur son visage réjoui. Jamais satisfait de ses rôles, inexact aux répétitions, se révoltant souvent sans raisons. »
Quand, plus tard, Daubray devint propriétaire à La Varenne, son caractère « révolutionnaire » s'accentua. Un jour, il reçut de sa mairie un papier de par lequel il était tenu d'acquitter une somme de 4 francs, ou de se porter en personne à tel point indiqué de la route de La Pie, pour y accomplir l'impôt de prestation en nature. Daubray, indigné, dit à son camarade Scipion : « Ne payons pas nos 4 francs. Donnons l'exemple de la révolte, contre cet impôt inique; et allons sur la route de La Pie protester, par notre présence, contre le Gouvernement et sa loi corvéable. » Scipion accepta, et chacun se rendit sur le point désigné de la route. C'était en plein été. Il faisait une chaleur accablante. L'agent-voyer, chargé de distribuer les travaux, les accueillit avec une bienveillante ironie; seulement, il envoya Scipion, armé d'une binette, arracher l'herbe sur la route de Joinville, et conserva Daubray sur celle de La Pie; où, l'armant d'une masse, il lui donna un mètre carré de cailloux à casser.
Au bout d'une demi-heure, les deux protestataires suant, geignant, maugréant, étaient de retour à la mairie, enchantés de payer les 4 francs qui leur étaient réclamés, pour ne pas aller rendre praticables les routes départomentales de leur pays.
DAUBRAY (suite)
£)aubray passa de Déjazet à l'Athénée, de l'Athénée à la Renaissance, de la Renaissance aux Bouffes, pour arriver enfin, en 1879,