‹ La papauté antichrétienneChapitre 2 sur 5 · AND0Z ET FI8GHBACHER, ÉDITEURS · texte numérisé non relu

AND0Z ET FI8GHBACHER, ÉDITEURS

33^ RUE DB SEIltS ET BDB DES SAllÎTS-PàlES, 33

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SùtL

LA PAPAïïrÉ ANTICHRÉTfflNNE

lia papauté nltramontaine^ chancre de l'Eg^lIt e catholique et de la société.

L* apologie de la papauté par les ultramontains se résume tout entière dans cette triple thèse : P C'est la papauté qui a maintenu , développé et fortifié Tunité dans TEglise; 2** c'est la papauté qui, en sauvegardant l'unité dans l'Eglise, y a fait progresser la vie chrétienne ; 3" c'est la papauté qui, en accroissant la vie chrétienne dans l'Eglise, a également accru la véritable civilisation dans le monde catholique.

Or, ces trois assertions sont complètement fausses.

D'abord, l'histoire démontre que, pendant les huit premiers siècles, c'est-à-dire, tant que la papauté ue fut qu'une simple primauté d'honneur, l'Eglise

chrétienne demeura une, sinon à la surface, du moins dans le fond, malgré les graves questions doctrinales et disciplinaires qui furent alors agitées. Elle démontre également que, du moment où la papauté voulut transformer sa primauté d'honneur en autorité, lunité de l'Eglise chrétienne disparut, sous la scission funeste qui éclata entre l'Eglise d'Orient, restée fidèle à son ancienne constitution, et TEglise d'Occident, entraînée par la papauté dans des innovations incessantes. Elle démontre enfin que, plus ces innovations de la papauté se répétèrent dans le but de développer son autorité, plus l'Eglise d'Occident se scinda, sous tous les hoiiis èl sous toutes les formes possibles. En sorte que, non-seulement ce n'est pas la papauté qui a maintenu, développé et fortifié l'unité de l'Église, itnais c*est la papauté qui, au contraire, a ébranlé, diminué et affaibli cette Unité. Voilà ce que l'histoire démontre, d'une manière irréfragable, à tout homme impartial.

Ensuite, l'histoire démontre que la papauté n'a pas plus été ùii principe de vie chrétienne qu'un principe d'unité. Loin de là. Elle a été, au contraire, un principe de mort, parce qu'elle a été, avant tout, un principe de division. C'est elle qui a divisé les esprits, en les écartant des découvertes scientifiques et en leur imposant, comme vérités divines, ses propres opinions, quelque erronées qu'elles fussent. C'est elle qui a divisé les cœurs, en dénaturant

LÀ PAPÀtJTÉ ANf ICHHÉTIENNE.

l'amour par un détoui*nement coupable, et surtout

èîi lô dèntrâllsatit dans ëes ptopres mains, pour

fe'eii faire Uii îiisfcrtimétit dé satirilége domination.

'est elle qui a divisé les consciences, en les tenant

élôi^ées des principes de la vraie morale, ex en les eticliàînant dans les liens d'une casuistique aussi douteuse que îflaihonnête.

Koh contente de diviser Tindividu tout entier et de pdrter une feontradidtion destructive dans toutes les facultés dont Dieu Ta doué, elle a encore divisé là fâiniile. Oui, c'est eîle qui divise les époux, jpar la dirëctiôû anticlii'étienne qu^elle prétend imposer pair Tîntëi^mêdiaire de ses prêtres à l'épouse bOUtre répôùx, et tiaf le mépris qu'elle fait de cette paîfole de ôaint l^àul : « Les feintiies doivent être soumises h leurs maris comme au Seigneur, parce que le mari est la tête de la femtne, fcomme le Christ est là tête de l'Ëglise (1). % En Vérité, qu'a-t-elîe feit de cette jiàrolé sacrée, qui devrait être la base de ià fàinillé et k fbtiderlient de la fconstltiitiôti domestique parmi les chrétiens ? On ne le sait que trop ; les scandales qu'elle donné chaque jour ne le proclarrieht que trop haut. De plus, elle nièt encore la division entré les enfàtits et les parents, nbn-seiilemèht en eiilëvànt, quelquefois Violehimënt, ceuxlà à ceux-ci, côtoiné oii l'a Vu dans la famille Mor-

(l) Ëpitre auh £phesiem^ cli. V, v. Si, 5l

tara, mais encore en donnant aux enfants que des parents naïfs lui confient,' une éducation qui n*est, au fond, qu'une coupable émancipation des enfants, au profit des prêtres romanistes et au détriment des -droits les plus sacrés des parents. Eome n'oublie jamais cette parole de Leibnitz : « Celui-là est le maître des Etats qui est à la tête de Téducation. > Le récent échec du ministère Gladstone, en Angleterre, en est une nouvelle preuve, aussi évidente que possible.

Ce n'est pas assez. Il faut qu'elle divise encore les sociétés, aussi bien que les familles et les individus. Ne la voit-on pas, en effet, s'allier chaque jour au plus fort contre le plus faible, au plus riche contre le plus pauvre, à l'aristocratie du sang et de la finance contre l'aristocratie de la science, à la monarchie absolue contre la monarchie constitutionnelle, à plus forte raison contre la répubHque? Toute sa conduite dépend de ses intérêts. Quand ils réclament la mort des rois, elle sait où sont les poignards, les jésuites et les Châtel; quand ils réclament, au contraire, l'omnipotence des tyrans, elle invoque sa théorie du droit divin et bénit tous les sceptres avec la même facilité que les poignards. Sous son masque autoritaire, elle sait au besoin se faire révolutionnaire, comme aussi, sous le masque révolutionnaire qu'elle affecte quelquefois de prendre, elle ne cesse pas d'appartenir à la

pire espèce des autoritaires absolutistes. Il n y a qu'une chose qu'elle n'a jamais été et qu'elle ne sera jamais, parce que ce serait la fin de sa domination et le commencement de la paix sociale : être libérale.

Or, la division, c'est la mort. Si donc la papauté romaine a tout divisé, on doit dire, pour être exact, que, loin d'être un principe de vie chrétienne, elle n'est qu'im principe de dissolution. C'est, du reste, un fait parfaitement évident, que, plus la papauté a grandi dans le sens ultramontain, plus le christianisme a diminué. Les nations papistes, en effet, sont celles où la doctrine chrétienne et la morale chrétienne sont le plus délaissées ; et partout, l'histoire à la main, on peut affirmer et soutenir que le pape ronge le Christ,

Dès lors, il est clair que la papauté ultramontaine ne saurait être nulle part un élément civilisateur. De fait, qu'est-ce que la vraie civihsation, sinon le développement de la science, de la liberté, de la conscience et du bien-être ? Or, la papauté ultramontaine n'a-t-elle pas toujours été l'ennemie déclarée de ces saintes choses? Aujourd'hui encore ne fait-elle pas, évêques en tête, la ligue de l'ignorance contre la ligue de l'enseignement? Si elle prêche et réclame en faveur de sa propre liberté, son syllabus n'est-il pas l'anathème jeté à la liberté des autres? Que fait-elle de la conscience ^qUq <\ui

C I.A PAPAUTE AKTICHRETIENNE.

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préfère la soumission hypocrite et Tobéissance servile, au respect des anciennes doctrines et des anciennes lois du Christ? Quant au bien-être, ses chefs savent assez se le procurer; s'ils prêcheut la pauvreté, c'est pour les autres. Ne parlez pas à ses éyêques d'assurer et d'améliorer l'existence du clergé inférieur ; h les entendre, le clergé inférieur, pour être saint, doit être pauvre et dépendant; eux seuls peuvent se sanctifier dans la richesse et dans rindépendaucô* Les agents de la papauté crient, il est vrai, contre le paupérisme. Mais n'egt-elle pas d^ cette plaie oocjale la première coupable? D'où vient, en effet, le paupérisme, sinon de l'ignorance, du paanquo d'initiative, de l'engourdissement des facultés, de l'absence de raisonnement, du dérèglement de la vie et du goût de la servitude? Or, n'estce pa^ lii précisément ce que la papauté maintient 4ftns tous les pays où le paupérisme se fait sentir ? Que celui qui en dpute regarde l'Irlande ^

OOWO les ultramontains commettent la plus grave des erreurs QU matière historique, lorsqu'ils affirment que leur papauté est un principe d'unité pour l'Eglise, de vie chrétienne et de civilisation pour le monde. D'après les faits les plus incontestables de l'histoire, c'est le contraire qui est vrai^

Ajoutons que^ d après les notions les plus élémentaires du bon sens, il ne saurait en être autrement.

EflFectivement, si Ton étudie la doctrine du papisme dans les théologiens les plus accrédités à Borne, on trquve qu'elle se résume dans les propositions suive^^ntes : € Sans le pape, il n'y a ni unité ni catholicité. Le pape entre comme uu élément essentiel dans la conception de l'Eglise, Il est la cellule centrale et l'organe qui engendre^ ou produit l'organisme entier. L'Eglise ne peut pas plus exister sans lui que l'engendré ne peut exister sans le générateuri la créature sans le créateur. C'est par lui que la vie du Christ se répand sur tous ceu:^ qui sont en communion avec lui, et c'est par lui que ceux-ci entrent en communion avec le Christ. En sorte que^ si la papauté venait h disparaître, c'en serait fait des évêques, des prêtres^ des fidèles et du christianisme tout entier. Sans papauté, p^s de catholicisme ; sans catholicisme, pas de christianisme; sans christianisme, pas de religion ; sans religion, pas de société ; donc^ sans papauté, pas de société : donc, si la société et le monde existent, c'est le pape qui en est à la fois la base et la clef de voûte. »

Or, n'est-il pas manifeste que cette doctrine est la supplantation de Jésus-Christ par le pape? Les romanistes affirment bien encore que Jésus-Christ vit dans les membres de leur Eglise j mais, si Jésus- Christ vit en eux, n'est-ce pas le pape qui les régit et leur dispense à son gré la vie du Christ? Ce

LA PAPAUTE ANTICHRETIENXE.

n'est donc plus Jésus-Christ qui est le véritable chef de leur Eglise, mais le pape, et le pape seul. A ce dernier le rôle générateur et créateur, dans tout le corps ecclésiastique ; les évêques et les prêtres ne sont que ses aides; Tépiscopat et le sacerdoce ne sont que des dérivations de la papauté, de même que Tapostolat des premiers apôtres et le sacerdoce des soixante-douze disciples ne sont que des écoulements de Tapostolat et du sacerdoce de saint Pierre. Il faudrait être d'une ignorance peu commune en théologie et en histoire, pour ne pas voir que cette doctrine des romanistes d'aujourd'hui sur la papauté est le renversement de la constitution donnée par le Christ à son Eglise. Donc rien n'est plus antichrétien que la papauté actuelle. Donc quiconque a souci des intérêts du christianisme en ce monde, doit faire à la papauté actuelle une guerre à outrance. Malheur à qui se laisse aller aux considérations de personnes et aux transactions de doctrine : car c'est concourir à la falsification de l'œuvre du Christ, et par conséquent c'est le trahir lui-même !

Un saint prêtre français, qui avait connu Tancienne Eglise et qui pouvait à bon droit juger de sa diflfêrence avec l'église romaine actuelle, répétait à la fin de sa longue carrière sacerdotale : « L'église romaine d'aujourd'hui n'est qu'une misérable geôle, dans laquelle on ne peut se tenir ni

debout ni couché, et la papauté est bien réellement le chancre de l'Eglise catholique. » Cette parole, à laquelle nous avons entendu le Père Gratry applaudir, restera dans tous les esprits sensés comme l'expression de la plus exacte vérité.

Toutefois, si les vrais chrétiens doivent travailler à renverser la papauté ultramontaine actuelle, ce ne doit pas être dans le but de faire une ruine, mais bien dans le but de réédifier l'ancienne papauté des premiers siècles. Ce n'est donc pas ime destruction de la papauté, comme institution, que nous demandons, mais une vaste et profonde réforme. A la notion de la fausse papauté, nous voulons substituer la notion de la véritable, afin de remplacer l'antichristianisme de celle-là par le christianisme de celle-ci.

Bn «aol eonsUte la Véritable noiton de la pai^&ttté» et M ^tt'étalt le paye pendant lee pf enUen elèelest

Les efforts que les jésuites se sont imposés de* puis de longues années pour effacer dans les es« prits le rôle de Tautorité épiscopale et pour la remplacer par l'idée de Tautorité papale, ont si bien réussi, qu'il est rare de rencontrer en Occident, même parmi les catholiques les plus libé* raux et les plus émancipés, des hommes qui sachent se faire de la papauté une véritable notion. Ils comprennent bien que la papauté actuelle est fausse, mais ils ne peuvent découvrir exactement en quoi consiste la vraie papauté. Le vague est dans leur esprit, comme la timidité dans leur cœur. Habitués à Tidée générale d'une papauté quasi-divine dont on a à peine le droit de discuter les origines, ils n'osent pas préciser l'étendue de ses pouvoirs. Comme M. Hyacinthe Loyson, ils définissent le pape « Tembrassement substantiel et vivant de toute la catholicité; > comme lui, ils

LA PAPAUTE ANTICHBÉTIENNE. 11

traduisent ces mots du Christ à saint Pierre : « Pasce agnos 7i\eo$ » par ces autres : c Sois le pasteur suprême de l'immense troupeau ; > comme lui, voyant dans ces mots « l'origine de la primauté, i> ils déclarent sans peine que la primauté de saint Pierre est « certainement d'origine divine (1). :» Mais ce sont \h des assertions totalement dénuées de fondement.

Pour mettre quelque clarté dans cette étude, posons d'abord les cinq questions suivantes :

1** La primauté du pape est-elle de droit divin, et remonte-t-elle , comme institution, à Jésus- Christ même î

2** îî'est^lle que de droit ecclésiastique, et n'at-elle qu'une origine humaine?

S'' Est-elle une primauté d'honneur, un simple titre honorifique î

4" Est-elle une primauté de juridiction, une véritable autorité supérieure î

6° Est-elle une primauté de juridiction universelle , immédiate , ordinaire , absolue , infaillible?

A ces cinq questions nous répondons :

1° Non, la primauté du pape n'est pas de droit divin, elle n'a aucun fondement dans la parole de Jésus-Christ.

(1) Le R. P. Hyacinthe, Là vrai et le faux Catholicisme ^ Revue politique et Httéf*aire^ n. 24^ 9 d4o6iabre 1871, p. S5&*

2" Elle n'existe que de droit ecclésiastique et n'a qu'une origine purement humaine.

3° Elle n'a été reconnue et admise par l'Eglise universelle des premiers siècles que comme un titre exclusivement honorifique.

4" Elle n'est pas une primauté de juridiction ; et l'autorité exercée par le pape, soit dans les cas d'appel , soit comme président de l'Eglise et comme premier gardien des canons ecclésiastiques, ne présuppose nullement en lui une primauté quelconque de luridiction.

5° A plus forte raison n'implique-t-elle aucune autorité universelle, immédiate, ordinaire, absolue, infaillible, soit sur le corps des pasteurs, soit sur le corps des fidèles.

Pendant les trois premiers siècles, alors qu'on était à l'origine même des traditions apostoliques et qu'on pouvait connaître aussi sûrement que possible la nature et l'étendue de l'autorité papale, le pape n'était aux yeux de tous que l'évêque de Rome, successeur des apôtres au même titre que les évêques des autres sièges fondés par les apôtres. S'il était appelé quelquefois vicaire du Christ, c'était également au même titre que les autres évêques. Cette qualification était, du reste, donnée aux simples prêtres eux-mêmes. Ce ne fut que beaucoup plus tard, après la publication des Fmsses Décrétales et des pièces falsifiées par

l'église romaine , que le titre de vicaire de Jésus- Christ fut à peu près réservé au pape et qu'on lui donna pour synonyme le titre de vicaire de Dieu. Dès lors les ultramontains ne connurent plus de mesure; le pape étant le vicaire de Dieu, ils lui attribuèrent tous les droits qu'ils reconnaissaient à Dieu : infaillibilité dans le jugement, sainteté à peu près absolue dans la vie, et toute-puissance aussi bien sur le temporel que sur le spirituel. « Le Pape, disent-ils, le Pontife-Eoi est apparu dans la majesté radieuse du représentant de Dieu ici'ias^ comblé de toutes les vertus et de toutes les gloires. Il a ouvert la bouche, lui, Verle du Verbe ; il a distillé sur nous la rosée de ses lèvres, où passe le fleuve des oracles infaillibles (1). » D'ailleurs, Pie IX lui-même a été sur ce point aussi expUcite que possible, lorsqu'il s'est appliqué à lui-même cette parole du Christ : « Je suis la voie, la vérité et la vie. i>

La méthode de raisonnement suivie par les ultramontains dans cette question n'est pas moins curieuse que leurs assertions et leurs proclamations. Pour être logiques dans leurs prétentions, ils devraient constater : 1° que le privilège de la primauté implique une juridiction universelle, suprême, infaillible, etc. ; 2° que ce privilège a été

(1) Correspondance de Rome, adressée au Monde^ par M. Tabbé Davin, chanoine de Versailles.

14 LA PAPAUTE ANTICHR£T1SNN£.

aooordé à saint Pierre; S"" qu'il ne lui était pas persoimel et qu'il devait passer à ses successeurs; 4** que révêque de Rome est réellement le successeur de saint Pierre ; 5° que, dans ce cas, ce n'est pas le siège ou l'église de Rome qui hérite du prétendu privilège de saint Pierre, mais bien la personne même du pape. Mais ces cinq points, qui sont de la plus haute importance aux yeux de quiconque veut raisonner avec justesse, ne sont, aux yeux des ultramontains, qu'un tissu de subtilités dont ils se dispensent commodément. — Saint Pierre, disent-ils, possédait personnellement tel privilège : première affirmation fausse. Donc, concluent-ils , le pape possède personnellement aussi ce privilège : seconde affirmation digne de la première.

De telles aberrations portent avec elles leur propre condamnation. Toutefois, pour rendre aussi évidentes que possible les altérations que les ultramontains ont fait subir à la notion de la papauté, entrons dans quelques détails*

D'abord, l'immense majorité des esprits s'abuse étrangement par l'idée qu'elle se fait de l'autorité dans l'Eglise. Il semble que cette autorité soit à la fois illimitée dans son étendue et absolue dans l'obligation qu'elle impose. Il n'en est rien. Lorsque Jésus-Christ dit que toute-puissance lui a été donnée dans le ciel et sur la terre, il parle

LA PAPAUTÉ ANTICHBÉTIBNNE. 15

éyidemment comme homme et il entend parler de la puissance spirituelle nécessaire au salut des âmes, et non pas de la puissance matérielle qui gouverne et subjugue les corps : toutes ses paroles et tous ses actes le prouvent* De plus, dit-il que toute cette puissance qui lui a été donnée, à lui, il la donne tout entière aux apôtres, de telle sorte qu'il y ait égalité complète entre Jésus-Christ et ses apôtres? Nullement. Il se borne à ces simples mots : c Allez donc, enseiguet toutes les nations, baptisezA^^ au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et apprenetA^Mi: à garder mes commandements. > Sur quoi Thistorien Fleury fait cette remarque : c Vous voyez à quoi il réduit l'exercice de cette toute^puissance qu'il a reçue de son Père : à Tinôtruction et & l'administration des sacrements En général les

pasteurs, dans les premiers temps, avaient soin de bien instruire les chrétiens chacun selon sa portée, sans prétendre les gouverner par la soumission aveugle, qui est l'effet et la cause de l'ignorance (1). > Et pour que personne, parmi les apôtres, n'ose s'ériger en maître et en gouverneur dans l'Eglise, Jésus-Christ, après leur avoir donné le simple pouvoir d'instruire et d'administrer les sacrements, ajoute cette parole : « Pour

(1) VW Diicoufii n, I ot XIII.

moi, je reste avec vous jusqu'à la consommation du monde, » comme s'il eût dit : Je ne m'en vais pas, c'est toujours moi qui suis le chef réel de l'Eglise, dont je suis le seul fondateur; de même que ce n'est que ma doctrine que vous devez enseigner au monde, de même ce ne sont que mes commandements que vous devez lui apprendre à garder ; aussi bien pour la doctrine, la morale et la discipline que pour la grâce, c'est moi qui suis le cep et vous n'êtes que les branches, c'est moi qui suis le pasteur suprême et vous n'êtes que les pasteurs secondaires et obéissants, et cela, tous les jours, jusqu'à la consommation du monde, omynïbM diebus usque ad consummationem ssemli.

Telle est l'étendue et telles sont les limites de l'autorité dans l'Eglise.

Or, à qui cette autorité a-t-elle été confiée ? Estce à Pierre seul, afin que seul il la partageât ensuite avec les apôtres, et que ceux-ci, ne la tenant que de lui, ne l'exerçassent qu'en son nom et qu'au gré de sa volonté ? Les ultramontains l'affirment, afin de pouvoir en conclure que les évêques, successeurs des apôtres, ne tiennent leur puissance de juridiction que du pape, lequel, la tenant immédiatement de Jésus-Christ dans sa plénitude , la leur confère partiellement et la leur retire, suivant qu'il le juge à propos dans sa sagesse infaillible et dans sa toute-puissance*

Or, c'est précisément le contraire que nous voyons dans l'Evangile. En eflfet, c'est à tous ses disciples et 'par conséquent à Pierre lui-même que Jésus- Christ donne cet ordre : « Si le pécheur incorrigible ne vous écoute pas, dites-le a l'Eglise^ et s'il n'écoute pas l'Eglise, qu'il soit pour vous comme un païen et un publicain (1). » Ce n'est donc pas Pierre qui est constitué juge suprême, mais l'Eglise. C'est donc à l'Eglise, et non à Pierre, que Jésus-Christ confère son autorité.

Ce n'est pas à Pierre seul qu'il dit : Celui qui t'écoute m'écoute, celui qui te méprise me méprise. Mais c'est à tous ses disciples qu'il s'adresse : « Celui qui vous écoute m'écoute, celui qui vous méprise me méprise (2). »

Ce n'est pas à Pierre seul, mais à tous ses disciples, qu'il dit également : « Enseigne;^ toutes les nations, baptise^J-les, appren^;3;-leur à garder mes commandements... L'esprit de vérité ^o?^ enseignera toute vérité... Je prierai mon Père et il voies donnera im autre consolateur , afin qu'il demeure éternellement avec vous... Je suis avec vous tous les jours... Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez. î

Si c'est à Pierre seul qu'il appartient de décider

(1) Evangile selon saint Matthieu, ch. XVUI, v, 17. {2i Evangile selon saint Luc, ch. X, v. 16.

avec une autorité irréfragable les points de doctrine, pourquoi saint Paul dédar^-t-il que 1^ colonne et Tappui de la vérité, ç'e^t VPglise (l), et non saint Pierre? Pourquoi dit-il (jue « Jésus-Çhrist a fait les uns apôtres, les autres prophètes, d'autres évangélistes, d'autres pasteurs et docteurs.,, pour hâter le montent où nous parviendrons tous à lunité d'une même foi... et afin que nous ne soyons pas flottants con^me des enfants, et que nous ne nous laissions pas emporter h tqus les vents des opinions humaines? (2) » A quoi bon tous ces docteurs pour nous conduire à une même foi et nous préserver de Terreur, si cette auguste fonction est réservée à un seul? Pourquoi dit-il que c'est Jésus-Christ lui-même, ipsç deiit, et non saint Pierre, qui les a institués?

Si c'est à saint Pierre seul et non à toute l'Eglise que Jésus-Christ a confié son autorité, comment, au concile de Jérusalem, saint Jacques a-t-il pu, en face de Pierre, donner son avis par vpie de jugeioent, ego judico? Comment ce même concile a-t-il pu formuler son décret sans n^entionner l'autorité de Pierre, et l'envoyer aux autres églises au nom de tous^ et non pas au nom de Pierre? Comment les fidèles de Jérusalem ont-ils pu demander compte à Pierre de la conduite qu'il avait tenue

(1) i" Ejftitre à. Timothée^ cb, ni, v. 15.

{2) Epitre aux E^hésiens^ ch. IV, y. 11-15.

LA PAPAUTE ANTIOHBETIENNE. 19

dana l'affaire du centenier Corneille (l)î Çoipment saint Paul, lui ^ussi, a-t-il pu le reprendre, lui résister dôvaiit tous, et feinter, laalgré lui, fidèle à sou avis ? (2)

Si c'est saint Pierre qui est Ja source de l'autorité dans TEgli^e, pourquoi le Saint-Egprit ^u cénacle ne desçend-il pi^s (l'^l>ord sur lui, puis 4^ lui sur les autres? Comment ge fait-il qu'il des* ceude indistinctement sur tous, qu'il lea remplisse tou^ et que tous parlent la parolQ de Pieu? (3) Lorsqu'il s'agit de l'ordination des diacres, Qpm* moDt zi'ei^t^e pas Pierre seul qui le^ nomme, les ordoimG et leur çQftfàye leurs pouvoirs? Comment tout cela, y compris mêm§ 1% convocation des simples fidèles, se fait-U pai^ tQU9i oemocantes duo^eçim multitudinem apost-olorum Aiwetmt.., quos çonstituamus.,, et 0legerimt**é et orantes imposuerunt eis manus î (4) Cependant il ne s'agit 1^ que de simples diacres. Et lorsqu'il s'est agi de l'élection de l'apôtre Mathias, est-^ce saint Pierre seul qui l'a faite î Non, ce sont tous U$ /r^fe^ de Jérusalem réunis au cénacle (5)4

L'assertion ultramontaine est donc absolument dénuée de fondement^ et l'on peut établir avec

(1) Actes des Apôtres^ ch. Xt, v. 4.

(£] JBpitre au» Qalates^ cb. Il, y* 11.

(3) Actes des Apôtres, ch. IV, v. 31.

(4) Ibid., ch. VI, y. 2-6.

(ÔJ Ibid,, ch. I, V. 13-80.

20 LA PAPAUTE ANTICHRETIENXE.

Bossuet « que la matière <iui fait Tobjet du décret du concile de Constance, (c'est-à-dire, du décret par lequel le concile décide que les Sîiccesseurs de saint Pierre sont obligés de se soumettre à la puissance donnée im)nédiatement par Jésus-Christ aux conciles), appartient à la foi et à la doctrine catholique que Dieu a révélée... de sorte que rien ne devrait, ce semble, nous empêcher de taxer d'hérésie Topinion contradictoire (1). » Or, chose étonnante, ce sont précisément les partisans de cette opinion contradictoire qui taxent aujourd'hui d'hérésie la doctrine de Bossuet, du concile de Constance et des anciens catholiques. C'est ainsi que Tultramontanisme a réussi à tout falsifier.

Donc le pape n'est ni la source ni le canal unique de l'autorité dans l'EgUse. C'est lui qui tient son autorité de l'EgUse, et non pas l'Eglise qui tient la sienne de lui.

Cela posé, quelle est l'étendue de cette autorité confiée par l'Eglise au pape ?

Peut-on l'appeler une primauté ? Oui. Mais reste à savoir en quoi consiste cette primauté.

Disons, avant tout, qu'elle n'est pas de droit divin, mais seulement de droit ecclésiastique.

Les ultramontains de nos jours prétendent qu'il a toujours été de foi que la primauté du pape fût

(1) Def. Decl. Cler. gall,, lib. VI, c. 19. — Cf. Concil. Const., i^^i* 4.— Natalis Alex. Disseru IV ^ in ssec. XV et XYI, n. S.

de droit divin. S'il en était ainsi, quiconque a nié que cette primauté fût de droit divin aurait toujours été considéré par toute TEglise comme hérétique : car quiconque nie un article de foi est tenu pour hérétique. Or, les Orientaux désignés sous le nom d* < orthodoxes , > ont-ils été regardés par Rome comme des hérétiques? Non. Rome les a tenus seulement pour de simples scAismatiques^ ce qui est bien différent. Cependant les orthodoxes nient positivement que la primauté papale soit de droit divin, et ils ne la considèrent que comme une institution de droit ecclésiastique (1). Les catholiques-romains d'Orient eux-mêmes n'expliquent pas le prétendu droit divin de la primauté papale à la façon des ultramontains ; car Mgr Youseff, patriarche d'Antioche, a déclaré, en plein concile du Vatican, que les patriarches étaient d'institution divine aussi bien que le pontife romain (2). S'il en est ainsi, évidemment ce que le patriarche de Rome possède de droit divin ne remporte pas sur ce que les autres patriarches possèdent également de droit divin, et par conséquent la primauté de celui-là sur ceux-ci n'est pas une autorité de droit divin.

En 1834, Mgr Bouvier avouait encore qu'il

U) Voir la Décl«iration de Nechites, évêque de Nicomédie. — L'Avenir catholique du 1" juin 1870, p. 337.

Voir le Français ^ correspondance du 23 mai 1870%

était controversé si c'est de droit divin ôti setdement de àtoit ecclésiastique que le pape l'eçoit \m appels (1). Assurément, c'est là un reste de Tancienne doctrine sur la papauté Comine institution de droit piii^ment ecclésiastique : car, si Toli avait admis que le pape ait eu une primauté juridictionnelld de droit diviii , évidemment on aurait etisëîgnê qvCii retèvctit les appels de droit divin; ôette question n'aurait pas souffert la moindre controverse ; et si elle a été controversée, c'est que la primauté du pape n'était pas considérée autrefois cointiie de droit divin, mais seidement coîmne de droit ecclésiastique.

Il est facile, du reste, de démontrer qU'éUe est simplement de droit ecclésiastique.

Eii tffet, le sixiètne ôànbn du condilé de Kiceé^ pour coUfirinër les droits des patriarches d'Àlexaiidrie et d'Antioche, s'appUie sur des droits analogues qùè lé siège patriarcal de Rome exerçait^ d* après un ancien usa^e^ sur les églises suburbicairés du diocèse de îloîne. Ce cândn, qui date de 325 et qui est le plus ancien règlemeut que nous layons de la puissance papaîé, ne parle pas encore de primauté proprement dite, puisqu'il fëconnaît simplement que , d'après une ancienne

(1) Voir noWe oUVragé sUif la falsification àeé ^cûicntstnês fraiU çais et des Manuels de t/iéoiogie çaf le j^arti rottianistè^ p. 158»

LA PAPAUTE ANTICHBETIENNE. 23

couèuméj le pape a une certaine autorité sur un diocèse détenninè (1).

Le deuxième concile œcuménique ou premier de Constàniiûople (381) décrète dans son troisième canon < que révêque de Constantinople aura la priitiauté d'honneur après Tévêque de Rome, parce que Constantinople est la nouvelle Rome. > Ici il est évidemment question d'une primauté , mais seulement d'une primauté d*lionneur et nullement d'une primauté de juridiction ; et en outre, le concile donne à cette primauté un motif de dignité purement locale; si l'évèque de Rome a la primauté sur celui de Constantinople, c'est que Rome est la première ville de Tempire et que Constantinople n'en est que la seconde.

Le quatrième concile œcuménique ou concile de Chalcédoine (481) est formel sur ce point dans son vingt-huitième caûon. Parlant du décret des Pères de Constantinople, il dit : « les Pères ont accordé avec raison a% siège âe r ancienne Èome des privilèges^ parce qu*elte était la ville régnante. Mais, par le même motif, les cent cinquante évoques très-aimés de ï)ieu accordèrent des privilèges égaux au très-saint siège de la nouvelle Rome,

(1) Le diôcisd de komé comprenait les proTÎtices désignées éouâ les noms de « Sicilia, Corsica» Sardinia, Campania, Tuscia, Picenum Suburbicarium, Apulia cum Calabria, Bruttium, Samnium, Yaleria. » L'Italie septentrionale formait un second diocèse dont. Milan était la prèîectixref et ne dépendait pa« O^e 'E.omQ*

pensant avec raison que la ville qui a Thonneur de posséder le siège de Tempire et celui du sénat, doit jouir des mêmes privilèges que Eome, rancienne ville reine, dans les choses ecclésiastiques, puisqu'elle a été élevée et honorée autant qu'elle, quoiqu'elle ait existé après. :» Qu'y a-t-il de plus formel ? Il est vrai que le pape Léon s'opposa à ce canon. Mais les raisons qui le déterminèrent à refuser son adhésion, étaient tirées, Qon pas d'une prétendue dégradation qu'on aurait fait subir au siège de Rome, mais uniquement du préjudice qui était causé par ce canon aux anciens patriarcats d'Orient et de la violation du sixième canon du concile de Nicèe. De telles raisons laissent parfaitement intacte la vérité que nous voulons constater, à savoir, que la primauté papale n'est que de droit ecclésiastique.

Il en est de même du privilège de haute judicature dont se prévaut le siège de Rome. C'est du concile de Sardique que ce privilège tire son origine. Lorsque les papes Innocent I" (402-417) et Zosime (417-418) voulurent l'exercer, ils ne s'appuyèrent nullement sur un droit divin quelconque, mais seulement sur la décision des Pères qui leur ont accordé ce privilège (1).

En vertu de cette primauté de simple droit

(1) VolrMansi, Concil IV, m.

ecclésiastique, le pape n'est que le premier parmi ses égaux ou ses frères dans Tépiscopat, primm inter pares. On oublie trop souvent que Jésus- Christ n'a rien institué aic-dessus de Tépiscopat; que les patriarcats, considérés comme tels, ne sont eux-mêmes que de droit ecclésiastique ; et que, par conséquent, le pape n'est placé, comme primat de TEglise, ni en dehors ni au-dessus de Tépiscopat. Il reste évêque, et toute sa primauté consiste dans Toccupation de la première place parmi les évoques.

Occuper la première place , c'est présider.^Le pape, comme primat de TEgUse, en est donc le président. Mais un président n'est pas un gouverneur. C'est le pape qui préside l'Eglise , et c'est l'Eglise qui se gouverne elle-même. L'Eglise définit sa croyance, détermine ses rites, fixe son modus mvend% et formule ses canons ; le pape n'est que le gardien suprême de ces canons. Le rôle du pape est im rôle essentiellement conservateur, disait M. Dœllinger en 1861 (1). Il n'a le droit de rien statuer ni de rien imposer de lui-même, mais seulement le devoir de veiller plus que tout autre à la garde des règles déterminées par l'Eglise.

Tel est l'enseignement des anciens papes eux-

(1) « Denn jeder Papst wusste dass seine Machi nur eine erhaltende, die uberlieferte Lehre bewahrende sei. » Kirche und Kir* çhen^ p. 56f

;6 LA PAPAUTÉ ANTICHBÉTIÈNNE.

mêmes, comme on peut s'en convaincre pâi? les textes suivants :

Jules I" : < Nous faisons tout selon les canons, i [Êp. 2 ad Orient,)

Sylvestre : t La loi commune de l'Egalise catholique, loi qui oblige les pasteurs comme les simples fidèles, le pape comme les autres évêques, c*e3t TEvangile, les apôtres, les prophètes, h$ tafcems formés par résprit dé Dieu et conédcris par lé respect de tout l'uniters^ et les décrets du siège apostolique qui ne s'écartent point de ces saintes Htflès. :» [Epit. 3 ad Segnin.)

Zosimê : t L'autorité du siège apostolique tie peut Jias changer ce qui est conforme aiix statuts des saints Pères, i {ffp. 7 ad JBpiée. prov. Narb. et Viêii.)

Célestin I** : t Qiiè les règles soient àù-dessiis de nous, et non pas nous au-dessus des règles; soyons soumis aux canons, nous qui gardons lés préceptes des canons, i [Fp. dd JBpisc. Hlfr.)

Saint Léon : t C5e qui est contraire aux saints canons est trop mauvais et trop injuste pour pouvoir être toléré, i {Fp. 63.) — t II n'est permis à personne de rien entreprendre contre ce qui a été établi pat les canons. » {Fp. 79.)]

Saint Martin : t II n*est pas en notre potivoit de détruire les canons, dont nous sommes le défenseur et le gardien ) et non le transgresseur. > {Fp. I ad Pant,)

L4 PAPAUTE ANTICHBETIENNE. 27

Zaql^rie : f Qe qui est contraire ^u:^ règles pres- CFitei3 par les Pères et les conciles ne saurait émaner du siège apostolique : car il ne nous est permis d'enseigner que ce que nous avons appyis de riQS pèî'es. :» {Ep. aAïloni/,^ cî 7,}

^ftipt Gélase : c Aucun chrétien n'ignore qu'il faut que le premier siège eii^écute plus que tous }es Qut?Pfii leg décrets de tous l§s conciles qui qnt été appyouyép pi|? ]l*Eglii»§ unireyselle. » [JSp* ad epiëQ,

Qui o©s textesi elioisia mtre beâueoup d'autre», nous sufflgent présentement, pour conclure que Je pape n'est que le gardien des canons de TEgliâe univeriîèUei Quoi d@ plus juste^ pu effet, si l'Eglise elle-mâm^ A'^st que la gardienne du dépôt de la révélation î Gamme tout dans cette doctrine est vriiiment glrfétien I Àutantt dans la doQtrino ultr^ montilne, e'ert îe pape qui domina TEglisQ çt qui règ^ne fr la plaee de Jèsus-Cbrist disparu, mtant^ dans l'ancienne doctrine catholique, e'^st X^ glise qui domine 1^ pape, et Jésus-Obrist quii k son tQUi*! tègne mt l'Eglise, uniquement gardienne de sa doctrine, de sa grâce 0t de sa loi.

CofflmQon vient d^ le toir, le pape^ en même temps qu'il est le gardien de^ canons de l'Eglise, leur est soumis et leur doit obéissance, Membre de TEglise, alors même qu'il en serait le principal organe, il ne saurait se soustraire 9m% lois da rècouQmie gêné-

raie du corps tout entier, et il doit respecter les lois particulières de chaque organe et de chaque membre, sous peine de violenter la vie du corps même.

C'est pourquoi il est nécessairement responsable devant l'Eglise de sa surveillance, de sa gestion, de ses paroles, de ses actes. Même au moyen âge, renseignement général était que non-seulement chaque évêque, mais le pape lui-même, devait être déposé, s'il tombait dans l'erreur, et jugé comme tout autre, s'il persévérait dans son erreur (1). Et ce que la théologie enseignait, les faits le confirmaient.

La primauté ainsi comprise n'est évidemment qu'une primauté d'honneur. De fait, elle n'était que cela à l'origine. Le troisième canon du deuxième concile œcuménique l'indique assez clairement; et telle était aussi la doctrine du concile de Chalcédoine, lorsqu'il écrivait au pape Léon à propos de son vingt-huitième canon : « Nous vous en prions, honorez notre jugement par vos propres décrets. > Ce n'était point une confirmation qu'on lui demandait, comme si sa juridiction se fût étendue sur le concile, mais simplement l'honneur de son adhésion au jugement du concile. Si le concile de Chalcédoine eût regardé la primauté papale comme une

(1) M. Dœllinger^ Kirche und Kirchen^ p. 51.

LA PAPAUTE ANTICHBETIENNE. 29

primauté de juridiction et non-seulement d'honneur, son langage eût été inexplicable.

Sans doute le pape avait une juridiction patriarcale ; mais cette juridiction, nous Tavons vu d'après le sixième canoii du concile de Nicée, ne s'étendait que mr les provinces du diocèse de Rome ; et encore, en tant que patriarcale, n*était-elle qu'extraordinaire et médiate, tandis que celle qu'il exerçait comme évêque sur l'église de Rome était ordinaire et immédiate. La juridiction patriarcale du pape n'était donc pas universelle, et Grégoire le Grand déclara lui-même, à propos du titre de patriarche œcuménique, qu'il ne voulait pas qu'on décernât à un évêque un < titre aussi criminel et aussi blasphématoire envers Dieu(l). » Rien n'est plus logique, dès qu'il est établi que les lois universelles n'émanent que des conciles universels, et que le pape n'en est que le gardien.

Le seul cas qui permette au pape d'exercer sa juridiction patriarcale en dehors du diocèse de Rome est le cas d'appel, parce qu'il est alors constitué juge par les plaignants eux-mêmes et que sa décision doit être définitive à leurs yeux. Si le pape pouvait en d'autres cas exercer une juridiction sur les différents diocèses de la cathohcité, cette juridiction serait évidemment ordinaire ; or, admettre.

(1) Lib. V, Epist, 18 ad Joan,; lib. Vm, EpUt, 30 ad Eulog.

SO LA FAFABTi ANTldEBâTIEIWE.

que le pape puisse exercer en dehors dd sa propre église une juridiction oMinaire, c'est détruire le droit divin des autres évêques.

Donc, en résumé, ce n'est pas au pape setil^ mais à l'Eglise que Jésus^^Ohrist a conféré le pou» voir spirituel d'enseigner et d'administrer. Loin que TE^lise relève du pape, c'est le pape qui relève de l'Eglise. Le pape n'est que le pretnier des évâques* Sa primauté, qui n'est pas de droit divin^ mais sêu« lemeiit de droit ecclésiasistiqtiei et qui a pour motif la primauté de la ville de Rome sur Ibé autres villes de l'empire^ n'implique que le droit de pré^ sider à la garde des canons de l'Eglise. Elle ne l'exempte nullement de l'obligation de leur être soumis, et de rendre compte soit de ses paroles soit de ses actes à l'Eglise qui peut le juger, le déposer et le condamner^ C'est donc une primauté d'hon* neur ; et sa juridiction patriarcale^ qui ne s'exerce, avec les distinctions que nous avons faites, que sûr le diocèse de Roine, ne s^étend sur les autres diocèses qu'en cas d'appel selon les canoûs, et en dehors des cas d'appisl, qu'à titre de simple sui^veillance. Cette primauté, purement humaine, tient si peu à l'Evangile et au droit divin de l'Eglise, qu'elle pourrait parfaitement ètve transférée par un concile oecuménique à l'étêque d'un autre siégé. Encore au quinzième siècle, le cardinal Nicolas de Cusa enseignait^ à ROmô mtaie^ que la primauté pour-

LA PAPAUTÉ ANTICHBETIENNE. 31

rait être transférée de Tévêque de cette ville à celui de Trêves.

Telle est la véritable notion catholique de la papauté. Nous avons donc raison de déclarer anticatholique et antichrétienne la papauté ultramontaine d'aujourd'hui. Déjà de savants ouvrages ont été écrits sur cet important sujet, notamment celui de M. l'abbé Guettée, intitulé « La Papauté scUsmatique, > que pas une plume romaniste n'a osé jusqu'à présent attaquer. Cet ouvrage, joint à celui que le mâme auteur publie dans V Union chrétienne sous ce titre : < £fa Papauté hérétique, > forme un arsenal contre lequel toutes^ les supercherie» et toutes les falsifications des ultramontains échoueront inévitablement.

Afin de réâUmer ce grand débat, qui importe tant danâ l'teuvre de là réforme du catholicisme occidental, éclâirons^nous à la lumière de l'histoire, de l'Evangile, et des docteurs de l'ancien catholi^ cisme» Cette lumière nous démontrera jusqu'à l'évidence que la papauté actuelle, lôiu d'être l'œuvre du Christ, est l'oeuvre de l'antechrist ; et tout chrétien qui veut être chrétien de fait et non seulement de nom, doit non-seulement se séparer de la papauté officielle actuelle et de tous ses agents officiels^ mais encore travailler à ané^mtir autant que possible leur pernicieuse influence sur les individus, les &milles et leâ ftociétés^

La papauté ultramoatalae comdaBUife par Phlstoire*

I. — Coup d'œil général : les trois périodes. — Lorsqu'on étudie Thistoire de la papauté, on distingue aisément dans cette histoire trois périodes.

Dans la première, le mot < papauté > n'existait pas plus que la chose qu'il désigne aujourd'hui. L'évêque de Eome était simplement considéré comme l'évêque du premier siège. Cette primauté, basée uniquement sur l'illustration de la ville de Eome, qui était en même temps le lieu du martyre des apôtres Pierre et Paul et la capitale de l'empire, n'avait que très-peu d'importance. On la considérait, quand il arrivait par hasard qu'on en parlât, comme un titre purement honorifique, qui n'impliquait absolument aucune autorité.

Puis, peu à peu, on insinua à Eome que cette primauté dérivait de certains privilèges que Jésus- Christ aurait accordés à saint Pierre ; que l'évêque de Eome n'était ni un simple évêque ni un simple patriarche, mais le successeur de l'apôtre saint

Pierre, et conséquemment Théritier des privilèges susdits ; que sa primauté était donc de droit divin ; qu'elle n'était pas seulement un titre honorifique, mais qu'elle impliquait une véritable juridiction ; et qu'ainsi Tévêque de Rome n'était pas seulement parmi les autres évêques comme un premier parmi des égaux, mais qu'il était un chef véritable. De la sorte, on réussit à métamorphoser l'idée de primauté en idée d'autorité^ et à faire de l'évêque de Rome, non-seulement un président de l'Eglise, mais encore un gouverneur. Ce fut la seconde période, Alors commença une nouvelle transformation.

Tout d'abord, quand on parla de l'a: autorité » de l'évêque de Rome, on laissa ce mot dans le vague, et l'on se garda bien de chercher à préciser quelles pouvaient être soit la nature soit l'étendue de cette autorité. On se contenta de l'affirmer pour les cas d'appel et les causes majeures, comme on le voit au concile de Sardique. D'une part, en effet, il était tout naturel que les Orientaux, pour diminuer leurs débats, prissent pour arbitre le patriarche d'Occident, qui, n'étant pas impliqué dans les affaires de rOrient, semblait offrir toutes les garanties possibles d'impartialité; et, d'autre part, comme l'évêque de Rome était le seul patriarche d'Occident, les évêques occidentaux devaient naturellement en appeler à lui dans leurs difficultés, même en dehors des sièges suburbicaires, et le considérer en quel-

31 LA PAPAUTE ANTICHBETIBKNE.

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que sorte pomme leur préaident et leur centre de communion. Il n'y avait en cela rien de répréhenr mble^ qui ne pût se concilier, au fond, avec la véi ritable notion de la primauté honorifique.

Maia bientôt on insinua que cette autorité né? tait pas constituée pour les cas d'appel seulement, qu'elle s'étendait à toutes les causés mineures oa migeures, qu'elle était universelle, par conséquent immédiate, par conséquent ordinaire, par oonié? quent suprême, par conséquent absolue^ Dans la logique ultramontaine, tous ces qualificatifs s'enchaînent et s'appellent l'un l'autre « O'est ainsi que l'idée d'autorité simple fut métamorphosée à son tour en l'idée à*autorité aisolue^ et par isuita d'ùi-e faillihiliti. Ce fut la troisième période,

Dans cette troisième période, on fut d'abord gé^ néralement modéré. Aux premières réolamationi des catholiques intelligents, qui, entrevoyant déjà ï quelles conclusions on voulait les amener, oher^ chèrent à s'y opposer, on répondit qu'il s'agissait d'une infailUbilité quasi-oonditionnelle^ 6*est*it4ire, que le pape ne pouvait être infaillible qu'avec l'ai'' sentiment absolument unanime des évoques. Ptiii on s'enhardit, et de l'unanimité absolue des évéquefi on passa à l'unanimité tnorale, en attendàlit que dd Tunanimité morale on passât, comme au coudle dtl Vatican, à la simple majorité. On s'enhardit de tioti* veau^ et, au lieu d'exiger que le pape Qbtîtit Tasseii'

LA PkVkVTÈ ÀïmCttîlÉtIENNE. 35

timent d^ (évoques, on fie borna h dire qu'il suffi- ^t qu'il leâ coUBùltàt mmt ea déeisiôû et sa prdfelamôtion. Mais ô'êtait encore trop de chaînes pour te pape. Oô déclara qu'il serait itifaillible toutes les fois qu'il parlerait ex cathedra ^ condition singulière que l'Evangile oublie de signaler^ et qui signifie simplement que le pape est infaillible lorsqu'il parle, du haut de son autorité ensei^ante, à toute l'Eglise* Peu iifaporte s'il est seul ou entouré, quand il parle de là sorte; il suffit qu'il s'adresse Wèi et oriL Telle est la seule interprétation logique du décret du Vatican; intéiprétation qiii, du teste, est celle des évêquës ultramontains les plus autorisés par le pape et par la curie. C'est à ce compte ^ue lès dogmes se fabriquent aujourd'hui dans l'église r&maine. La fable de la grenouillé qui s'enfle pour devenir aussi grosse que le bœuf, n'est ni plus curieuse ni plus insiTuctive. Attendons la fin fiiirtout.

îï. ^-^ Comment^ dans ia première période^ laprU htéuti de l'éf>ê^nè de Some n'était puê me primauté ^aùtof'ité. '-^ Pendant les trois premiers siècles de l'Église^ i'ëvôqùe de Rome tenait si peu de place tl&ns lô chrétienté, qu'on a oublié de s'assurer 4'tiiië maiiièrè positivé, si Clet et Anaclet furent deux personnes ou une seule. Lorsque Clément, troisième évêque dé Booie (selon saiat Irénée^ Gont.

3G LA PAPAUTE ANTICHRETBEXNE.

Hxres.^ lib. III), écrivit à Téglise de Corinthe, ce n'est pas en son nom qu'il rédigea sa lettre, mais au nom des fidèles de l'église de Rome. Encore sa lettre n'était-elle qu'une simple réponse. On n'y trouve pas la moindre trace de la prétendue autorité de Téglise de Rome sur les autres églises (1). Si Ion consulte les apologies de Justin, de Minutius Félix et des autres écrivains de cette période, on constate qu'ils n'ont fait absolument aucune allusion à cette prétendue autorité : celle de l'Eglise leur suflGlsait. Lorsque Ignace , évêque d'Antioche, écrivit à l'église de Rome, il la salua comme la première à cause des vertus de ses fidèles et de l'influence qu'elle exerçait dans le monde chrétien, mais il ne mentionna ni son évêque, qui, à ses yeux, était un évêque à l'égal de tout autre, ni ses prêtres, ni ses diacres. C'est à l'église de Rome, en général, qu'il s'adressa, et l'unique but de sa lettre n'était pas d'exalter sa priorité, chose alors sans importance, mais seulement de la supplier de ne pas s'opposer à son martyre. Quand Polycarpe vint à Rome pour discuter avec Anicet la question de la Pâque, loin de se ranger à l'avis de ce dernier, il le combattit ; et Anicet, loin de vouloir exercer quelque autorité sur ce saint évêque, qui avait été le disciple immédiat de saint Jean, lui

(1) Voir V Histoire de t Eglise par M. W. Guettée; t. I| p. 370; Paris, Sandoz et Fischbacher, 187?.

céda la fonction de consacrer les saints dons ; et tous deux se séparèrent en paix (1). De même, dans la Lettre de V église de Smyrne ou Actes du martyre de saint Polycarpe^ il n'est pas une seule fois question de Tévêque de Eome comme chef de TEglise universelle, mais uniquement de Jésus- Christ, seul chef (2).

A cette époque, si Tévêque de Rome étendait sa sollicitude au delà des limites de son église particulière, il ne le faisait à aucun titre particulier. Ce zèle lui était commun avec tous les autres évêques. C'est ainsi que nous voyons Denys, évêque de Corinthe, veiller sur d'autres églises que la sienne, et travailler, par les lettres qu'il leur adressait, à y conserver pure la vérité chrétienne (3).

Lorsque l'hérésie montaniste troubla l'Asie, futil question de consulter l' évêque de Rome sur ce qu'il y avait à faire? Nullement. Le nom de Tévêque de Rome ne fut même pas prononcé ; les fidèles se réunirent pour examiner les doctrines nouvelles qui cherchaient à prévaloir sur les anciennes ; et, ces doctrines ayant été jugées fausses, elles furent

(1) Histoire de V Eglise, par M.W. Guettée, p. 401-403.

(2) Ibid., p. 456.

(3) « U écrivit aux églises de Lacédémone, d'Athènes, de Nicomédie, de Gortyne, de Gnosis et autres établies en Crète ; d' Amastris et autres églises du Pont, et à celle de Rome. Dans toutes ces lettres, il s'élève contre les diverses hérésies qui alors troublaient la société chrétienne, et recommande de s'en tenir à l'enseignement apostolique fidèlement transmis. > I6id«<t V* ^^ *

38 LA PAPAUTE AKTICHRETIENNE.

condamnées, sans que Tévêque de Kôme y fût pour quoi que ce soit.

Tertullien, loin de donner à l'église de Rome une priorité quelconque, plaça sur le même rang toutes les églises apostoliques, aussi bien celle de Rome que celles de Corinthe, de Philippes, de Thessalonique et d'Eplièse. Ce n'est même qu'après toutes ces églises qu'il nomma celle de Rome (1). Bien plus, lorsque l'évêque de Rome, Zéphyrin, voulut faire contre lui acte d'autorité, il lui répondit par cette parole : « A quel titre usurpes-tu un droit qui n'appartient qu'à l'Eglise, qu^ro unde hoc jus Bcclesise usurpes? »

Le pape Victor, il est vrai, essaya de faire prévaloir pratiquement sa primauté, dans la controverse sur la célébration de la Pâque. Mais employat-il, dans ce but, des moyens d'autorité? Non. Loin de là. Il s'efforça simplement, en effet, de gagner les évêques à son avis. Il n'y réussit pas. Loin de se soumettre à lui comme s'il eût été le chef de l'Eglise, les évêques l'exhortèrent à se nourrir de pensées plus pacifiques, plus charitables et plus favorables à l'union. Eusèbe, en rapportant ce fait, avait sous les yeux des lettres dans lesquelles Victor était traité avec beaucoup de sévérité. Parmi les évêques qui le contredirent relativement. à son j^xo-

(1) De Pra^crip. Hœretic^

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