‹ La papauté au Moyen ÂgeChapitre 112 sur 227 · Gesta hinocentiiy c · texte numérisé non relu

Gesta hinocentiiy c

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En dehors des affaires ecclésiastiques proprement dites, quatre événements importants ont signalé le pontificat d'Innocent III, savoir : la querelle de TEmpire, la question de divorce soulevée par Philippe-Auguste, les affaires de la Terre sainte et la guerre des Albigeois. Au sujet de ces événements, et à ne considérer que Fexposition des faits, un autre ouvrage d'Hurter, réimprimé il y a quelques années et intitulé : Histoire (ÏInnocent III et de ses contemporains ', peut être également consulté. Parmi les nombreux écrits dans lesquels ont été étudiées les relations de ce pape avec la société laïque, cet ouvrage est encore celui où l'on rencontre les plus amples informations". Supérieur au livre du

1. Histoire du pape hinocent Ifl et de ses contemporains, par Frédéric Hurter; traduit de l'allemand par A. de Saint-Chéron. Nouvelle édition. Paris, Aniéré, 1867, 3 vol. iii-8.

2. Nous ne parlons ici, comme on doit le penser, que des écrits faits à un point de vue général. C'est ainsi que, pour l'histoire particulière des rapports d'Innocent III avec l'Empire^ l'ouvrage d'Hurter a été de beaucoup dépassé par les travaux parus récemment en Allemagne.

même auteur sur VEtat de l'Eglise au temps dlnnocent Illy il pèche néanmoins, comme celui-ci, par l'absence de vues, et n'est qu'une longue apologie des actes de ce pontife \ Trouvant le nom de ce pape mêlé à tous les événements qui ont agité la chrétienté, la plupart des historiens ont été amenés, comme Hurter, à donner à la figure d'Innocent III des proportions au-dessus de la vérité \ On le voit, en effet, intervenir dans le gouvernement des Etats presque au même degré que dans l'administration de l'Eglise ^ ; et l'action de ce pontife sur ses contemporains semble, à certains égards, avoir été plus considérable que celle de Grégoire YII. Mais, dans cette puissance qu'on lui attribue, il y a plus d'apparence que de réalité. En traitant des affaires ecclésiastiques, nous avons reconnu que, contrairement à Grégoire YII, qui avait réformé FEgiise et grandi la papauté, Innocent III n'avait pas su empêcher une nouvelle désorganisation de rÉgHse, ne

1. Cet ouvrage, lors de sa première édition, a été l'objet d'une critique judicieuse de la part de M, Avenel dans le Journal des Savants, années 1841-1842. Toutefois, dans son travail, M. Avenel n'a parlé ni des affaires de la Terre sainte, ni de la guerre des Albigeois ; il s'est occupé uniquement des rapports d'Innocent III avec les princes d'Allemagne, de France et d'Angleterre.

2. « Parmi trois cents papes ou antipapes dont l'histoire nous offre les noms, nous n'en connaissons pas de plus imposant qu'Innocent III. » Daunou, Puiss. tempor. des papes, t. I.

3. C'est ce qu'a fait ressortir si parfaitement M. Mignet dans l'ouvrage que nous avons déjà eu plusieurs fois l'occasion de citer. Voir, dans le Journal des Savants, année 1862, la Lutte des papes et des empereurs de la maison de Souabe, p. 665, 666.

l'avait pas môme aperçue, et n'avait pas discerné davantage que, sous les dehors trompeurs d'un pouvoir sans limite, la papauté perdait de sa vitalité et déviait de son caractère. Des réflexions analogues peuvent être faites au sujet des rapports d'Innocent III avec la société laïque. Tandis que Grégoire YII, par la force de son génie et l'ardeur de ses convictions, avait soumis le monde à l'Eglise et fait de la papauté la dominatrice des rois, on voit, sous Innocent III, la papauté perdre de son ascendant sur les princes, et le monde commencer à se détacher de l'Eglise. Or, non seulement ce pontife ne sut pas s'opposer à cette naissante révolution, mais il semble de même ne l'avoir pas discernée ou n'en avoir eu qu'une conscience imparfaite.

Cette inintelligence des événements est d'autant plus remarquable chez Innocent III que, dans les faits les plus importants auxquels il parut prendre une part prépondérante, les échecs qu'il subit auraient dû être pour son jugement une clarté suffisante. Il vit Otton de Brunswick , à l'élévation duquel il consacra, durant dix ans, tous les moyens de son habileté et toutes les ressources de son pouvoir, ne parvenir à l'empire que par la mort de son rival, Philippe de Souabe. Il ne put, en dépit de ses efforts, soustraire la seconde épouse de Philippe- Auguste à un martyre de vingt années. Le projet qui lui était le plus cher, celui de pousser en masse les chrétiens à la délivrance de la Terre sainte.

avorta totalement. Enfin il ne réussit à vaincre l'hérésie du midi de la France que par la terreur. Mais entrons plus avant dans Texamen des événements; ils nous montreront jusqu'à quel point ce pape se trompa sur la portée de son pouvoir et sur les tendances de son époque.

On sait ce que fut cette querelle de l'Empire, dont l'histoire est tout entière contenue dans le Registnim super negotio impeni Roinaniy une des parties les plus attachantes des registres d'Innocent III. Lors de son avènement au pontificat , Innocent III se trouva en présence de deux princes rivaux qui se disputaient l'Empire, Philippe de Souabe et Otton de Brunswick. Après avoir vainement attendu que les électeurs, divisés dans leurs suffrages, remissent au Saint-Siège le soin d'apaiser leur différend ', il se décida à intervenir et déclara publiquement ses préférences pour Otton. Bien que, de son aveu, il eût pris cette décision à la suite de longues réflexions et de fréquents conseils tenus avec ses cardinaux ^ on peut croire que le choix auquel il s'arrêta était dès l'origine fixé dans son esprit. Les contemporains lui ont reproché de n'avoir pas obéi, dans ce choix, au désir de pacifier les peuples que cette lutte divisait. Ce reproche était méfité. Les partisans de Philippe étaient de beaucoup plus nombreux en même temps

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