Ep. XI
nait la croix; mais le zèle ne se portait pas plus loin. La prise de Zara, la fondation de l'Empire latin de Constantinople ne lui furent pas un avertissement. Il ne comprit pas que la foi désintéressée, la naïve ardeur des premières croisades était éteinte, et que l'imagination des peuples cherchait d'autres objets. N'était-ce pas aussi un indice que le refus fait par les seigneurs de France et d'Angleterre de partir pour la Palestine, si le Saint-Siège ne levait l'interdiction prononcée sur leurs tournois? Le pape aurait dû d'autant mieux être éclairé sur la situation des esprits, qu'il rencontrait cette indifférence dans le clergé même. Des évêques, après s'être engagés pour la Terre sainte, hésitaient au moment de partir et s'excusaient auprès de lui \ Ses légats eux-mêmes trahissaient son espoir*. Enfin, comme dernier signe, les cardinaux, qu'on voit ordinairement s'associer à sa pensée dans toutes les affaires importantes^ n'apparaissent pas dans celle-ci. Innocent III est seul. Ce vœu, ce dessein persistant lui semble tout personnel; et ainsi, non seulement les princes et le pape, la société civile et l'Eglise montrent des tendances, des idées différentes, mais, dans l'Eglise même, les idées se modifient et l'antique foi faiblit.