Dupuy, p
inutile; et, reprenant le mot de Boniface, il ajoutait qu'il fallait être insensé pour défendre, sous peine d'anathème, à des clercs enrichis et engraissés [imping iiati) par la piété des princes d'aider leurs bienfaiteurs. Mais cette réponse ne dut pas être envoyée à Rome. Outre qu'elle n'est pas datée et manque des formules de chancellerie, il n'est pas admissible que le pape, recevant une lettre de ce genre, ne Tait pas mentionnée dans quelques-unes de ses bulles; or nulle part il n'y fait allusion. D'un autre côté, certaines particularités, omises à dessein par Dupuy, portent à penser que cette lettre ne dut être qu'un projet de missive transmis au roi par l'un de ses légistes et tel qu'il en reçut nombre de fois dans le cours du différend *.
Pour être demeuré à Tétat de projet, ce document ne laisse pas d'avoir une grande importance par l'attitude qu'il révèle dans l'entourage du roi. Celle des évèques ne fut pas moins significative. Yingt-trois prélats écrivirent à Boniface pour le prier de tempérer les scandales causés par sa dernière constitution, et, lui demandant Tautorisation de ne la point observer, annonçaient l'envoi de délégués chargés
1. Le seul exemplaire contemporain que Ton connaisse de cette pièce porte en effet ce titre caractéristique, titre que Dupuy a supprimé et remplacé par un autre qui convenait à ses vues : <( Pulcherrime responsiones facte pro rege ad bullam precedentem [Ineffahilis) et ad puncta aliqua in ea contenta, et est totum notabilissimum, licet non sit opus perfectum, » Boutaric, p. 97, .note 2.
de lui porter de plus amples explications'. 11 y a plus : la plainte adressée au pape contre Philippe avant la publication de la bulle avait été rédigée sans la participation des membres de Fépiscopat ; c'étaient les moines de Cîteaux, qui, dans cette circonstance, avaient pris la parole au nom du clergé ". Ainsi, dès les premières difficultés, Boniface se heurtait aux dispositions que nous avons signalées, savoir : l'hostilité des pouvoirs civils et Tinertie des évoques.
Bien qu'on ait dit de la bulle Clericis /rt/co6 qu'elle avait été l'étincelle qui alluma l'incendie, ces difficultés naissantes furent aussitôt apaisées. M. Boutaric et, avant lui, M. Kervyn de Lettenhove ont donné, à cet égard, des éclaircissements que nous n'avons qu'à compléter. Par des bulles successives, dont la première date du 7 février 1297, Boniface revint sur ses décisions antérieures. Le 31 juillet, il autorisait Philippe et, après lui, ses successeurs, en cas de pressante nécessité pour la défense du royaume, à demander des subsides au clergé sans l'avis du Saint-Siège [inconsidto etiam pontifice Romano)^ laissant au roi, s'il était majeur, ou à son conseil, s'il était mineur, l'appréciation de cette nécessité ^ Peu après, il décrétait par une autre bulle