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rois de France et d'Angleterre ^; et, en février 1299, ils désespéraient visiblement de leur cause, quand le mécontentement de Boniface au sujet des relations de Philippe avec Albert d'Autriche, — mécontentement accru bientôt par le traité de Vaucoulcurs, — leur suggéra Fidée de tirer parti de la situation. Les moments étaient précieux, car, le 6janvieri300, allait expirer la trêve conclue précédemment entre la Flandre et la France". Dans les derniers jours de décembre, les ambassadeurs remirent au pape un long mémoire, dans lequel, exposant les torts de Philippe le Bel et la détresse de la Flandre, ils flattaient avec habileté les secrets sentiments de Boniface ^ Comme pour justifier à ses yeux le secours qu'ils attendaient du Saint-Siège, ils disaient, en cet écrit, que tous les opprimés, quels qu'ils fussent, avaient le droit d'appeler au pape ; que le souverain pontife était le juge universel dans les choses spirituelles et temporelles [judex omnium tam in spiritualibiis quam in temporalibus) ; qu'il tenait la place du Christ tout-puissant et succédait à tous ses droits dans l'empire de la terre et du ciel [successor per omnia jura terreni et cœlestis imperii)\ qu'il pouvait
1. Le pape se borna, pour toute faveur, à proroger les délais de rappel interjeté par le comte de Flandre. Voy. la bulle de prorogation dans Kervyn, p. 50. Voy. aussi la note ci-dessus, p. 250, n» 2.
2. On sait qu'à l'expiration de la trêve la Flandre fut envahie par Charles de Valois et réunie à la France.
3. Voy. ce long mémoire publié en entier dans Kervyn, p. 74-78. Il est daté : die Martis post diem Nntmtatis Domini.
juger et déposer judical et de.ponii) l'empereur, le premier entre les souverains séculiers, comme juger et déposer le roi de France, qui prétendait ne reconnaître aucun pouvoir au-dessus de lui [qui nnllum superiorem rccog?ioscit) ; tout cela mêlé d'extraits des Décrétales et de citations de l'Ecriture telles que celles-ci : Ecce duo gladii. Per me rcges régnant. Constitui te super g entes et régna.
Ce mémoire ne fut pas l'œuvre unique des députés flamands, lesquels n'agissaient d'ailleurs, comme ils l'avouent en leurs dépèches, qu'avec l'avis des protecteurs qu'ils s'étaient ménagés dans la curie. Au nomlire de ces protecteurs, dont ils achetèrent ou tout au moins récompensèrent les bons offices, était le cardinal Matthieu d'Acqua-Sparta '. Selon toute probabilité, ce cardinal fut, sinon l'auteur, du moins l'inspirateur du mémoire. On a d'autant plus de raison de le lui attribuer que, le 6 janvier 1300, jour où expirait la trêve, il développait publiquement dans l'église de Saint-Jean de Latran, en présence
1. Le cardinal Gérard de Parme était aussi, avec le cardinal d'Acqua-Sparta, un protecteur des Flamands. Voir Dépêches au comte de Flandre, Kervyn, p. 4i, 45. « On devera, à la Magdelaine, à monsegneur Gérard de Parme, ce florins; et à mon segneur Matthiu d'Expert (d'Acqua-Sparta), si, comme j'entends, devoit-on c livres tournois par an de trois années dont messire Michiel a payé une année. » Ibid., p. 63; et ailleurs : « Sire, savoir devés que li cours de Romme est moult désirans, et qui hesoingner vielt (veut), il convient qu'il fâche moult de dons, de promesses et de obligations... Et nous avons pourvu, sire, en la court lesmindres (moindres) advocats de le court... >. Ibid., p. 31, 32.
du pape et des cardinaux, les idées émises par les députés, disant « que le pape a seul la souveraineté temporelle et spirituelle sur tous les hommes, quels qu'ils soient, en place de Dieu, par le don que Dieu en fit à saint Pierre et aux apôtres après lui, et que quiconque veut s'opposer à sa volonté, sainte Eglise peut aller contre lui, comme mécréant, avec Tépée temporelle et spirituelle, de par l'autorité et le pouvoir de Dieu * ». Ce qui, au reste, démontre que ce langage se rattachait à la thèse soutenue par les Flamands, c'est que, dans une dépèche qu'ils adressaient au comte de Flandre et où ils reproduisaient ce discours, ils ajoutaient : « Ces paroles sont un premier secours apporté au mémoire dont nous vous avons envoyé la copie ^ »
Il est superflu de faire remarquer la parfaite similitude qui existe entre la requête des députés flamands, le discours du cardinal d'Acqua-Sparta et les paroles par lesquelles, dans les cérémonies du jubilé, le héraut indiquait à la foule le sens des insignes portés par le pontife. Ce cardinal ne paraît pas seulement avoir été l'un des plus zélés partisans de Boniface; tout semble prouver qu'il jouissait de sa confiance ^ Ce fut à lui que Boniface, en 1297,
\. Kervyn, p. 79.
2. « Et ches paroles sont bien pour le premier aivve (aide) de voâ raisons qui sont données au pape, dont nous vous avons envoiet autrefois les transcrits. »
3. Dès 1280, on le voit chargé, de concert avec Benoît Cajétan, d'une légation en Allemagne. Rayu., t. III, p. 505.
donna la mission de prêcher la croisade contre les Colonne'. Au mois de mai 1300, il l'envoyait pacifier les Florentins ^ L'année suivante, il le députait auprès de Charles de Valois \ Enfin, dans le consistoire qui se tint à Rome, en 4.302, à la suite des Etats généraux rassemblés le 10 avril par Philippe le Bel, ce même cardinal prit la parole pour soutenir le pape contre le roi de France \ De ces diverses considérations il ressort, ce nous semble, que Boniface, en se décidant, à la veille du jubilé, à revêtir l'appareil des deux puissances, ne suivit pas seulement ses propres inspirations, mais celles du cardinal d'Acqua-Sparta, lequel n'agissait lui-même que dans l'intérêt des Flamands, ennemis de Philippe le Bel.
On a dit avec raison que les pompes du jubilé durent jeter Boniface dans un enivrement qui ne fut pas sans influence sur la vivacité de ses rapports avec Philippe le Bel. Le fait est que, depuis ce moment jusqu'au drame d'Anagni , une exaltation, aidée vraisemblablement par lâge et parla maladie, sembla dominer Boniface, exaltation qui, chez lui, se traduisit souvent par les mêmes mots qu'il avait lus dans le mémoire des députés flamands ou entendus de la bouche du cardinal d'Acqua-Sparta en