Bulle Niiper ad audientiam. Dupuy, p
mot pour en flétrir les auteurs : « Nous savons, dit-il, de quels crimes on nous a accusé; c'est par des hommes dont la langue était dans la boue, pendant que leurs yeux se tournaient vers le ciel, que notre réputation a été souillée. » ATégard de Philippe, il se borne à lui reprocher son ingratitude : « Tant que nous lui avons montré de la bienveillance, il nous appelait humblement dans ses lettres Père très saint, et, lorsque, pressé par notre concience et fidèle au devoir de notre mission pastorale, nous avons voulu le corriger de ses fautes, il s'est dressé avec haine contre nous. » Puis, parlant de la témérité des princes qui, pour demeurer dans leurs crimes, osaient frapper le Saint-Siège : « L'autorité des pontifes ne serait-elle pas avilie et l'Eglise tout entière ne serait-elle pas bouleversée, si une pareille voie était laissée ouverte aux puissants de la terre ? » Il s'étonne de l'orgueilleuse rébellion de Philippe, quand tant de princes avant lui se sont humiliés devant les papes : « Sommes-nous donc moindre que nos prédécesseurs?» s'écrie-t-il. « Yalentinien-Auguste n"a pas rougi de s'incliner devant l'évêque de Milan; or nous sommes plus que Tévêque de Milan, et Philippe est moins que Yalentinien. » Enfin, opposant avec force aux outrages de ses ennemis la majesté du Saint-Siège : « Que Philippe, ce nouveau Sennachérib, se souvienne des paroles dites à celui dont il imite le pernicieux exemple : — Qui as-tu déshonoré? Qui as-tu blas-
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phéiiié? Contre qui as-tu élevé tes regards hautains et ta voix altière? Contre le Saint d'Israël. — Le Saint d'Israël, c'est le vicaire de Dieu, c'est le successeur de celui à qui il a été dit : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise. »
Lorsque Boniface tenait ce langage, on eût dit que l'àme de Grégoire YII avait passé en lui. Il semble qu'à cette heure suprême, qui allait décider des destins de la papauté, il ait eu sous les yeux les célèbres Dictatiis^ où il ne trouvait pas seulement l'éclatante affirmation de la sainteté des pontifes, mais la justification de toutes les prétentions excessives que lui reprochaient ses contemporains. Grégoire VII n'y déclarait-il pas qu'il n'y avait qu'un nom dans le monde, celui du pape ; que tous les princes de la terre étaient tenus de lui baiser les pieds, et qu'il pouvait juger et déposer les rois, tandis qu'il n'était lui-même justiciable que de Dieu? Et si Boniface, se reportant aux souvenirs du jubilé, songeait au blâme qu'avait attiré sur son orgueil cet appareil des deux puissances dont il s'était revêtu, ne rencontrait-il pas également, dans les Dictatys, ces mots qui devenaient son excuse : Qiiod soins possit iitl imperialibiis insigniis? Miûs les temps n'étaient plus les mêmes. Tandis que Boniface, subissant le fatal aveuglement des hommes attachés à des doctrines immuables, persistait à faire revivre le passé;, une société nouvelle, qui en repoussait les principes, s'élevait à ses côtés; et, si l'on ne
saurait trop flétrir, au nom de l'universelle morale, les moyens odieux qui furent employés pour le combattre, on doit du moins reconnaître la légitimité des droits revendiqués contre lui par les contemporains.
Cette bulle était datée du io août 1303; le dénouement ne se fit pas attendre. Une autre bulle, qui frappait Philippe d'excommunication, devait être affichée le 8 septembre dans Anagni, où le pape s'était retiré'. Les écrivains gallicans, pour excuser l'attentat dont le pontife allait être la victime, ont prétendu que Boniface avait, dans cette bulle, prononcé la déposition du roi. Il est vrai qu'il y déclare Philippe incapable de régner et délie de leur serment de fidélité ses vassaux et ses sujets (vassalos et fidèles) ; mais il ajoute que ces rigueurs ne sont que la conséquence de l'excommunication encourue par ce prince. Elles devaient donc prendre fin avec le châtiment qui en était In cause. L'on sait comment, le même jour où cette bulle devait être affichée, Nogaret, à la tête d'une bande d'aventuriers, pénétra dans Anagni et arrêta le pape en son palais. Pour les détails de ce tragique événement, nous renvoyons le lecteur à l'éloquent récit qu'en a tracé M. Renan'. Deux siècles auparavant, un empereur d'Allemagne, pieds nus et vêtu d'un cilice,