BwWe Super Pétri solio. Dupuy, p
2. Revue des Deux Mondes, lï mars 1872, dans rétude sur Noiraret.
BONIFACE Vin. 283
avait imploré pendant trois jours le pardon de Grégoire Yll; il trouva son vengeur dans Philippe le Bel. Le drame d'Anagni fut la contre-partie du drame de Canossa.
Les nombreux écrits que provoquèrent, du côté de Philippe le Bel, les ardeurs de la lutte, et dans lesquels on soutenait, àl'encontre de Boniface, que les rois étaient indépendants du Saint-Siège, démontrent que les faits auxquels nous venons d'assister n'étaient que la violente application des doctrines. Ce prince, qui s'érigeait en défenseur de la foi^ en juge de l'hérésie, qui convoquait de son autorité un concile général, cette bulle brûlée publiquement, ces souillures jetées sur le Saint-Siège, ce pontife arrêté par les agents du roi, tant d'événements qui bouleversaient les traditions et brisaient des symboles si longtemps respectés, étaient en effet les signes incontestables d'une révolution profonde opérée dans les esprits.
Bien ne témoigne plus clairement du fait de cette révolution que les écrits de Pierre Du Bois, l'un des plus célèbres légistes de Philippe le Bel. Sans passion, sans colère, et comme s'il eût abordé des questions familières aux intelligences de ce temps, Du Bois s'élève, dans ces écrits, aux principes les plus hardis. Sa pensée dominante est la résistance aux empiétements de l'Église et l'extension des pouvoirs de la société civile. Mais il ne se borne pas à développer les considérations qui se rattachent
à cette idée. Entrant droit dans les faits, il propose de dépouiller le clergé de ses biens, auxquels on devra, dit-il, substituer des pensions que paieront les pouvoirs séculiers. Il veut réduire ad victnm et vestitum moines, évèques, cardinaux, qui lui paraissent également corrompus par Texcès du bien-être et des richesses, et les régénérer par la pauvreté. Le pape lui-même, renonçant à sa puissance temporelle, devra céder ses Etats, qu'il est incapable d'administrer, aux souverains séculiers, et recevoir en échange une somme proportionnelle de revenus. 11 ne doit avoir en vue d'autre gloire, écrit l'audacieux légiste, que « celle de pardonner, d'annoncer la parole de Dieu et de prêcher la concorde. Quand, agissant comme souverain temporel, il suscite la guerre et provoque l'homicide, ne fait-il pas ce qu'il déteste, ce qu'il blâme, et ne donne-t-il pas par cela même un pernicieux exemple? » Du Bois attaque même le célibat des clercs; il ose dire que les saints Pères se sont trompés en prescrivant une continence qui, en réalité, n'est jamais observée, et il ajoute qu'à l'imitation de Dieu, qui a changé plusieurs choses de l'Ancien Testament dans le Nouveau, on peut corriger, sur ce point, les anciennes lois de l'Eglise. Dans presque tous ses écrits, il revient sur ces idées. En fait de dogme, il ne veut rien innover. Il se contente de proposer des réformes; mais, à ses yeux, c'est du pouvoir civil qu'en doit venir l'initiative; c'est à lui qu'il appar-
tient de veiller sur l'Kglise et de corriger le clergé. Ainsi que l'a observé un esprit éminent', les principes de Du Hois vont directement jusqu'au protestantisme, à la façon de Henri Vllï et d'J^lisabetli d'Angleterre.
D'un génie inférieur à celui de Frédéric IF, Philippe le 15el ne se prêta point à ces idées de réforme. Il lui suffisait d'avoir terrassé un pouvoir qui menaçait son indépendance; mais le coup dont il l'atteignit l'abattit pour jamais. A partir de ce moment, l'histoire de la papauté devient celle de son abaissement et parfois de sa servitude. C'était à l'immense prestige dont elle avait été si longtemps environnée qu'elle avait dû sa puissance. Dès que ce prestige s'évanouit, elle perdit ce qui faisait sa force et ne fut tout d'abord qu'un instrument aux mains de ceux qui l'avaient dégradée. Impuissant à la relever, Benoît XI essaya du moins d'en dissimuler la chute. Il levâtes censures ecclésiastiques qui pesaient sur Philippe le Bel ; mais, en prévenant, à cet égard, la demande que ce prince allait lui adresser', il parut céder à des idées de clémence, et non à la contrainte. Il délivra également les Colonne des liens de l'excommunication; mais il ne les réintégra point
1. M. Renan, dans le travail intitulé : Un Puùliri.He du temps de Philippe le Bel {Revue des Deux-Mo7ides, des 15 février et 1er mars 1871). Cf. Boutaric, Étude sur Pierre Du Bois, in-S», Paris 1864 (extrait de la Revue Coiitemporaiyie).
2. (i Tibi absenti, non petenli. ■> Voy. cette bulle dans Dupuy, p. 207.
dans leurs dignités, et défendit même la reconstruction de la ville de Palestrine \ Il voulut aller plus loin. Sans comprendre que la papauté était désormais trop faible pour frapper, il voulut châtier les auteurs de l'attentat d'Anagni et les cita à comparaître devant son tribunal ^ Cette témérité lui coûta la vie ^
Plus prudent que Benoit XI, Clément V ne chercha point à punir. Loin de dissimuler, comme son prédécesseur, la sujétion du Saint-Siège, il la rendit publique. Il se fit couronner à Lyon et vint demeurer en France, sous la main du roi. Il ne réintégra pas seulement ce prince dans tous les privilèges dont l'avait dépouillé Boniface, il lui en accorda de nouveaux \ Il mit à son service les revenus et l'influence de l'Eglise ; il lui accorda pour cinq ans les décimes sur le clergé^; il nomma ses créatures aux plus hautes charges ecclésiastiques ^ gratifia son