‹ La papauté au Moyen ÂgeChapitre 199 sur 227 · Ep · texte numérisé non relu

Ep

4. <i Ex quo cïej)imus. usque in finem auxilium tibi prtestabimus, nec unquam reprobabimus... quod semel noscimur approbasse. » Ep. 57.

Si le pape avait partagé d'abord rentière illusion de ses légats, il ne tarda pas à être désabusé. L'archevêque de Salzbourg, envoyé à Rome par les partisans de Philippe, lui remit en leur nom un acte de protestation, rédigé dans les termes les plus vifs, contre ce qui se passait en Allemagne. A cet acte avaient adhéré personnellement les archevêques de Magdebourg et de Brème, onze évêques, trois abbés, le roi de Bohême, les ducs de Zichringen, de Saxe, d'Autriche, de Mcranie, le landgrave de Thuringe, les margraves de Moravie, de Misnie, de Brandebourg et plusieurs comtes. Les auteurs de la protestation déclaraient persister énergiquement dans le choix que, conformément à leurs droits, ils avaient fait de Philippe. N'osant adresser directement au pape les expressions de leur ressentiment, ils accusaient son principal légat, l'évêque de Palestrine, reprochaient avec force à ce prélat d'avoir voulu, contre toute légalité, intervenir comme électeur ou comme juge dans une affaire qui les concernait seuls. Puis, s'élevant au principe du débat : « Où avez-vous lu, ô souverains pontifes, s'écriaient-ils, où avez-vous appris, vous, cardinaux, que vos prédécesseurs ou leurs envoyés fussent jamais intervenus dans l'élection des empereurs? Il vous serait impossible de répondre, car vous n'ignorez pas que, selon un antique privilège de la couronne impériale, c'était au contraire l'élection des papes qui ne pouvait avoir lieu sans l'assentiment des empereurs, et que ceux-ci n'ont renoncé à ce droit d'approbation que par un effet de leur pieuse munificence \)) Avec cette

i. « Ubinam legistis, o summi pontifices, ubi audistis, sancti patres , totius Ecclesise cardinales , antecessores vestros vel

protestation, Innocent III reçut une lettre non moins vive du roi de France, qui, très peu disposé, de son côté, à souffrir Tintervention du Saint-Siège dans ses propres affaires, eût, par cette seule raison, fait cause commune avec les partisans de Philippe. « Je m'étonne, lui écrivait ce monarque, de votre insistance à protéger un prince que ses intérêts de famille rendent ennemi de mon royaume. Que Votre Sainteté le sache bien, je regarde l'élévation de ce prince, à laquelle vous vous attachez d'une manière aussi inconsidérée, non seulement comme une injure pour ma couronne, mais comme une honte pour tous les rois chrétiens. Que si vous persistez en vos desseins, je saurai, en temps et lieu, prendre les mesures nécessaires'. »

Innocent III ne se laissa point émouvoir par ces marques d'opposition. Il répondit d'abord à la protestation que lui avaient adressée les partisans de Philippe. Dans cette réponse, qui a l'étendue d'un véritable mémoire, il répète toutes les raisons qu'il a eues de préférer Otton. insiste sur le préjudice que l'élévation de Philippe cause à la liberté des princes, s'efforce, non sans embarras, de justifier son légat des empiétements dont on l'accuse, et, abordant à son tour le fond du débat : « Si vous avez le droit incontestable de choisir un sou-

eorum misses Romanorum regum se electionibiis immiscuisse...? » Ep. 61.

1. u Vestra noscat sanctitas qiiod hujusmodi promotio, quam non considerata ratione intenditis facere, non tantum in injuriam regni Francorum, verum etiam in omnium regum catholicorum ignominiam noscitur redundare... Quod si in hujusmodi proposito vestro volueritis perse verare, nos ad id competens consilium pro loco et tempore curabimus adhibere. » Ep. 63.

vcrain et de relever à l'empire par vos suffrages, j'ai, de mon côté, le droit absolu de m'enquérir des mérites d'un prince qu'en ma qualité de souverain pontife je dois ensuite oindre, sacrer et couronner. Le droit d'imposer les mains implique nécessairement le droit d'enquête à l'égard de la personne sur laquelle il s'exerce; la raison se trouve en cela d'accord avec l'usage. Or, s'il vous plaisait d'élire pour empereur, à l'unanimité, un spoliateur des églises, un excommunié, un sacrilège, un hérétique ou un païen, croyez-vous que le seul fait de votre choix me pût contraindre à lui conférer la couronne^? » Il ne laissa pas non plus sans réponse les observations du roi de France. Par une lettre remplie de protestations d'amitié, il le rassura encore une fois sur les dispositions d'Otton, déclara qu'au besoin il le protégerait contre Otton lui-môme ; après quoi, la lettre finie et datée, il ajouta en post-scriptum une remarque qu'il jugeait victorieuse, mais qui, on doit l'avouer, attestait de sa part moins de franchise que d'habileté : « Croyez-moi, disait-il, vous avez un intérêt des plus graves à ne point voir Philippe maître de l'Allemagne : je connais son ambition ; une fois empereur, il voudra enlever la Sicile à son neveu Frédéric et tournera ensuite ses vues de conquête sur votre propre royaume^. »

1. « Nunquid si principes, non solum in discordia, sed etiam in concordia, sacrilegum quemcumque vel excommunicatum in reg-em, tyranniim vel fatuum, liœreticum eligerent aut paganum, nos inungere, consecrare ac coronare hominem hujusmodi deberemus? Absit omnino ! » Ep. 62.

2. Après la lettre datée, le pape ajoute en effet : « Siint alise rationes quse serenitatem tuam a favore Philippi retrahere satis debent et ad régis Ottonis auxilium invitare. Nosti enim quod si Phi-

Le pape ne s'en tint pas là. Présumant avec raison qu'Otton avait eu connaissance de la protestation envoyée à Rome par les amis de Philippe, il l'instruisit de la réponse qu'il avait faite, afin de lui ôter toute inquiétude*. Il somma de nouveau le roi d'Angleterre, toujours rebelle à ses exhortations, de délivrer à son neveu le legs important de Richard -. Enfin il adressa les admonestations les plus sévères aux prélats qui s'opposaient à ses desseins. Plusieurs même subirent le poids des châtiments ecclésiastiques. L'archevêque de Magdebourg se vit frappé d'excommunication. Les évêques de Passau, de Spire, reçurent Tordrede venir à Rome rendre compte de leur conduite, sous peine d'être suspendus de leurs fonctions. L'archevêque de Trêves, déjà puni d'excommunication, se vit en outre menacé de déposition si, dans un délai déterminé, il ne retournait à d'autres sentiments^.

Innocent III voyait avec peine, d'après les informations qu'il recevait, que ses exhortations et ses menaces demeuraient sans effet. Une plus forte épreuve était réservée à sa constance. Il apprit que l'archevêque de Cologne, sur la conduite duquel, depuis quelque temps, les rapports de ses légats éveillaient sa défiance, avait fait défection. Une somme de 9,000 marcs, avec prolippus... imperium obtineret, saltemoccasione nepotis, cujus curara sihi vellet ratioiie sanguinis vindicare, regnum Sicilise occuparet. . Quod si super hoc compleret... votum suum,... in superbiam jara elatus aliud cogitaret, et regaum Francorura sibi dispoaeret subjogare. » Ep. 64.

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