De Basiiica et patriarchio Lateranensij 1656, in-f
LKS REGISTllKS DKS PAPES. :m
doute qu'elles n'aieut j^ravement soulï'ert; et peut-ùtie faut-il voir dans cet événement l'une des raisons qui décidèrent le Saint-Siège à transférer ces archives à
Assise \
Ainsi durent disparaître, à des dates et par des causes diverses, les registres des papes embrassant les six siècles écoulés entre la mort de Grégoire I" et l'avènement d'Innocent IIL L'érudition moderne a prouvé que cette perte n'était pas tout î\ fait irréparable. Un savant consciencieux, un diplomatiste éminent, qu'une fin tragique et prématurée a enlevé à la science, Philippe Jaffé -, s'est imposé la tâche de restituer à l'histoire ces trésors disparus. Les registres des pontifes n'étant, comme nous l'avons dit, que la transcription des actes expédiés par le Saint-Siège, il était possible de suppléer à ces registres en recherchant, dans les archives de l'Europe, les expéditions elles-mêmes, expéditions que le temps a s"ans doute détruites en grand nombre, mais dont beaucoup nous sont néanmoins
1. Il est remarquable que, dans son mémoire, G. Marini ne fasse pas mention de cet incendie. Il se contente de dire (p. 9) que Clément Y fit transporter les archives pontificales à Assise, parce qu'il ne les jugeait pas en sûreté à Rome dans l'absence du Saint- Siège.
2. Jaffé est mort le 3 avril 1870 ; voir, dans le Journal des savants, décembre 1870 — janvier 1871, notre notice sur sa vie et ses œuvres.
parvenues soit en original, soit en copie. C'est ce qu'a compris Jaffé.Dans cette vue, il ne se borna pas à s'enquérir, par les divers moyens offerts à sa disposition, des textes manuscrits que contenaient les principaux dépôts d'archives ; il dépouillales documents imprimés où avaient déjà pu être publiées des lettres du Saint-Siège. Enfin, supposant que l'usage des registres ou tout au moins des transcriptions avait été établi dès l'origine de l'Église, il s'attacha, pour rendre son œuvre plus complète, à rassembler les actes des pontifes depuis l'apôtre Pierre lui-même jusqu'à Innocent III.
Le nombre de lettres ainsi recueillies par Jaifé, — lettres proprement dites, bulles, diplômes ou décrétales, — dépasse le chiffre de 10,000. Comme on le doit penser, il n'en a donné que l'analyse, en sorte que son recueil, malgré le titre de Regesta potitificum sous lequel il l'a désigné, représente moins les registres des papes des douze premiers siècles de l'Église, qu'une table, ou, pour mieux dire, un sommaire de ces registres. Le sujet d'un tel travail a vraisemblablement été inspiré à Jafle par une publication de Bôhmer, le Regesta impeiniK II y a en effet une analogie manifeste entre ces deux ouvrages, et l'on peut croire que Jaffé a voulu faire pour le Saint-Siège ce que Bôhmer avait fait pour l'empire d'Allemagne. Quant à la méthode d'après laquelle Jaffé a disposé son travail, quelques mots suffiront pour en faire ressortir le mérite.
Dans ce volumineux recueil, les lettres des papes.
L Regesta imperii, ah anno mcclvi iisque ad annum Mcccxiir, Stuttgart. 1844, in-4o.
quelle qu'en soit la nature, ont été classées dans Tordre chronologique, — qui était le seul ;\ choisir, — et toutes sont numérotées', ce qui facilite les renvois. Quand la lettre est inédite, elle est ordinairement reproduite in extenso. Les lettres déjà publiées sont résumées en quelques lignes, mais de telle manière que l'objet important en ressorte toujours, et des fragments en sont parfois cités. Jaffé a relevé jusqu'aux actes dont on n'a que des indices, tels que des passages inscrits dans d'autres lettres ; mais il a pris le soin de marquer d'un astérisque cette classe de documents. A la fin de chaque sommaire on trouve, avec la source d'où la lettre est extraite, les deux ou trois premiers mots du texte de la lettre : ce qui permet de contrôler en un instant l'identité de documents qu'on aurait sous les yeux. Outre l'indication, en haut des pages, de l'année à laquelle se rapportent les lettres, deux colonnes régnent en marge des sommaires et contiennent, l'une la date du mois et du jour, l'autre celle du lieu K Les lettres émanées d'un même pape forment comme autant de chapitres, au commencement et à la fm desquels une courte notice est consacrée au pape dont il s'agit. Dans cette notice, on a la date de son avènement et de sa mort, avec des indications sur la légende de son sceau, sur la manière dont il compte les années de l'incarnation et de l'indiction, enfin les noms des car-
1. De 1 à 10,749 pour les lettres authentiques, et de i à ccccxii pour les lettres fausses, qui ont été rejetées à la fin de l'ouvrage,
2. Jaflfé a donné, concurremment avec les lettres, une analyse sommaire des conciles ou synodes tenus par les papes et qu'il a classés, comme les lettres, par ordre chronologique.
dinaiix qui souscrivent ses bulles, ainsi que les noms des chanceliers ou des notaires qui les écrivent et les datent.
C'est dans la partie chronologique de son travail que Jaffe a montré toute la sûreté de son érudition. Toutes les dates ont été ramenées par lui au style moderne après des vérifications minutieuses. On sait que les itinéraires des papes offrent un des moyens les plus sûrs de fixer la date de leurs lettres. Jaffé a relevé dans les chroniques et les chartes les passages capables d'établir ces itinéraires'. Cette étude approfondie des dates lui a permis d'indiquer les divers systèmes de chronologie usités à la chancellerie de la cour romaine. 11 les a exposés en détail dans la préface de son ouvrage^. Les règles sévères qu'il a tracées sur ce point doivent faire désormais partie de tout bon traité de diplomatique pontificale.
D'après ces brèves considérations, on conçoit toute la valeur de l'œuvre de Jaffé. Outre que le Regesta ponlificum peut être regardé comme la restitution d'un des monuments les plus importants à étudier pour l'histoire générale du moyen âge, et, en particulier, pour l'histoire ecclésiastique, il représente le travail le plus complet qui ait jamais été fait sur la chronologie pontificale, et on peut s'en servir, avec une sécurité
1. On se rendra compte du degré de savoir et de sagacité qu'a exigé ce travail sur la chronologie, en suivant,, dans le mémoire déjà cité de M. Léopold Delisle, les procédés analogues employés par ce savant pour dater les actes d'Innocent III.
2. Voy. le résumé que M. Leopold Delisle a fait de cetie expoïîition dans la Bibiiotli. de i'Ec. des chartes, série III, p. 480, 481.
presque entière, soit pour dater les lettres de i)apes qu'on reneontre dans les textes, soit pour en contrôler l'authenticité. Si on ajoute à cela Theureux effet d'une méthode qui rend le Regestn d'un usage si facile aux érudits, on comprendra la réputation que cet ouvrage a value à son auteur, réputation qui, franchissant les limites de TAllemagne, s'est étendue en France, en Italie et en Angleterre.
Si considérable, si substantiel que lut son travail, Jatlc ne se flattait point de la pensée qu'il dût être définitif; et, présumant qu'après lui on pourrait vouloir en combler les lacunes, il mit en tête de son ouvrage un index détaillé de tous les documents qu'il avait consultés, en vue d'épargner aux savants le soin d'entreprendre des recherches déjà faites. Ses prévisions se sont réalisées. A l'heure où nous écrivons, se prépare en Allemagne, sous la direction de l'éminent professeur de Berlin, G. Wattenbach, une nouvelle édition du Regesta pontifîcum. Indépendamment delà correction d'un certain nombre d'erreurs qui étaientinévitablesdans une œuvre aussi étendue, cette seconde édition, dont les premiers fascicules ne tarderont pas à paraître \ se recommandera par l'addition de 2 à 3,000 lettres. C'est principalement sur la période écoulée entre la mort de Jean VIII et l'avènement d'Innocent III (882-11.98) que portera cette addition -. Deux importantes publications, dont la date est toute récente, offriront un secours précieux aux nouveaux éditeurs. La première a pour