‹ La papauté au Moyen ÂgeChapitre 50 sur 227 · Ep · texte numérisé non relu

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3. C'est Gérard, gouverneur de Provence, que M. Longnon {Revue historique, 1878) a démontré avoir servi de prototype à la chanson (le Girard de Roussillon,

dénomination. « Serait-ce que le comte Gérard a consacré ce prêtre? Youlez-vous dire que ce prêtre est du diocèse auquel ce comte appartient? Mais où avez- Yous lu, oiiaYez-YOus appris un semblable lang^agc? Serait-ce enfin que les clercs, désertant les autels, fussent à ce point mêlés aux séculiers, qu'on put dire d'eux qu'ils sont, non les prêtres de Dieu et les ministres de telle ou telle église, mais les prêtres de tel ou tel comte ^ ? »

C'est surtout dans l'affaire Photius que Nicolas I" se montra l'ardent défenseur des libertés de l'Eglise. On connaît l'origine des célèbres débats qui aggra- Yèrent les diYisions entre les Eglises grecque et romaine et consommèrent le schisme. Ignace, patriarche de Constantinople, ayant déplu par sa sévérité à Bardas, oncle de l'empereur Michel, avait été dépouillé de sa dignité, remplacé par Photius et déposé dans un synode. Aux yeux du pape, ainsi que nous l'avons dit, les décisions de ce synode étaient nulles, tant qu'elles n'avaientpas été approuvées par le Saint-Siège. En outre les ecclésiastiques appelés à cette assemblée étaient tous ou des suffragants d'Ignace ou ses subordonnés. Or, aux termes des canons, Ignace ne pouvait être jugé que par son supérieur hiérarchique, c'est-à-dire par le pontife de Rome. Telle était la thèse que, par nombre d'arguments, soutenait Nicolas I", et que ne vou-

1. « Ut non jam Dei et ecclc^siœ cujuslibet, sed illius comitis atque illius ducis (presbyteri) dicantur? » Ep. 81.

NICOLAS I^'-. Gl

laient admettre ni Photius ni la cour de Constantinople. A ce point de vue, ces débats intéressaient d'une manière directe les privilèges du siè«e apostolique et spécialement sa primauté. Mais, à d'autres égards, ils intéressaient les droits de l'Eglise tout entière. C/était l'empereur Michel qui, à l'instigation de Bardas, avait conduit toute cette affaire. C'était lui qui, de son autorité, avait dépossédé Ignace. Le synode qui avait ensuite déposé ce patriarche avait été réuni par l'ordre de l'empereur et, délibérant sous son influence, avait rendu une sentence de complaisance. Ajoutons que, dans l'acte de déposition, ce monarque avait signé le premier et avant tous les évêques. Non content d'assister à l'assemblée et de peser ainsi sur ses résolutions, il y avait introduit nombre de séculiers (inillia sœcularhim). Enfin Photius, premier secrétaire de l'empereur, avait, au mépris de toutes les règles, passé en six jours de Tétat laïque aux fonctions de patriarche. Que si l'on considère en outre qu'Ignace n'avait été privé de son siège que parce qu'il s'était élevé contre les mœurs déréglées de Bardas, et que Photius avait reçu la consécration des mains d'un évêque jadis déposé par Ignace, on voit par combien de côtés étaient atteintes et les lois canoniques et la dignité de la religion.

En somme, — et abstraction faite des questions qui touchaient à la primauté du siège de Rome, — ce qui ressortait de ce"> événements, c'était l'oppression et on

peut dire ravilissement de l'Eglise par les pouvoirs séculiers. En refusant de reconnaître Photius, en persistant à voir dans Ignace le patriarche légitime de Constantinople, Nicolas I" prenait en main les plus hauts intérêts du clergé. La dignité du sacerdoce, le droit, la morale étaient avec lui. On sait ce que fit le pontife. Deux évoques. Radoald et Zacharie, qu'il avait envoyés à Constantinople pour procéder aune enquête, et qui, s'étant laissé corrompre par l'argent de l'empereur, avaient confirmé la déposition d'Ignace, se virent eux-mêmes, à leur retour à Rome, déposés dans un synode. Le pape prononça également la déposition de Photius et la réintégralion d'Ignace. Il envoya des légats notifier ces sentences à Constantinople, et, dans une lettre particulière adressée à Photius, lui signifia que, s'il persistait dans son usurpation , il serait excommunié jusqu'à la mort'. Il écrivit de même aux évêques d'Orient, au clergé et au sénat de Constantinople, à Bardas, à Théodora, mère de l'empereur Michel, à Eudoxie, son épouse, enfin à l'empereur lui-même. Aux évêques il disait : « C'est à vous qu'il appartient d'élever la voix pour dénoncer les crimes ; sachez remplir votre mission-, » A Bardas il écrivait : « Vous êtes le premier auteur de ces désordres ; revenez, mon fils, à de justes sentiments, et Dieu,

1. Ep. 99. Pour tonte cette affaire, voir, avec les lettres- indiquées ci-après, les lettres 11, 12, 13, 86, 98.

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