Bennon
5. Yoigt u'a pas négligé cette source d'informations. Mais son ouvrage, qui est moins une étude spéciale de Grégoire VII (|Uune histoire des relations de ce pape avec l'Allemagne, otfre par cela même des lacunes inévitables.
GRÉGOIRE VI r. 87
tante édition qu'en a donnée Jatle est la reproduction d'un registre conservé au Vatican, le seul monument qui nous soit resté des actes de ce célèbre pontife. Il est vrai que ce registre présente plus d'une lacune. Alors qu'il devrait embrasser les douze années qui s'étendent du 22 avril 1073 au 24 mai 108o, date de la mort de Grégoire, il ne contient guère que la correspondance des huit premières années; encore a-t-on lieu de croire qu'elle n'y est pas tout entière. A l'égard des quatre dernières années, on ne possède qu'environ cinquante lettres, que Jaffé a recueillies de différents côtés. Si regrettables que soient ces lacunes, les Monii^ menta (jreijoriana ne laissent pas d'offrir, sur le point dont il s'agit, les plus précieuses indications et doivent être médités par quiconque, désireux de porter sur Grégoire un jugement équitable, ne veut pas se borner aux conclusions^ trop souvent inexactes, qu'on peut tirer de ses actes extérieurs'.
Or de l'étude attentive de cette correspondance il ressort que, dans l'esprit de Grégoire, était la conviction absolue, — quelle que fût d'ailleurs la légitimité des principes sur lesquels se fondait cette conviction, — qu'au pape, successeur de l'apôtre Pierre et représentant de Dieu en ce monde, avait été conférée la mission de diriger les sociétésllumaines^
1. Voir, à l'Appendice, ce que nous disons du registre de Grégoire VII.
2, Le mot « pasce oves », adressé par Jésus à Pierre et appliqué
Pour une âme émue de cette conviction et qui, par une suite des mêmes idées, se croyait comptable devant Dieu des charges qu'elle acceptait, un rôle de cette nature avait de quoi paraître redoutable. A l'époque où vivait Grégoire, ce rôle devait sembler particulièrement difficile. Aux désordres nés du démembrement de l'Empire Carolingien avait succédé alors une complète anarchie. La guerre continuelle, guerre générale ou partielle, publique ou privée, tel était le spectacle qui frappait d'abord les yeux, si Ton considérait en son ensemble la société laïque ' . Presque partout tombé sous la sujétion des princes, recevant même de leurs mains, au mépris des canons, l'investiture spirituelle, le clergé offrait, de son côté, l'exemple de tous les dérèglements-. Il n'était pas jusqu'à la papauté qui, avilie par ses propres excès, n'eût attiré sur elle le poids de la servitude, et on avait pu voir, à diverses reprises, les empereurs d'Allemagne disposer en maîtres du siège apostolique. Grégoire, comme tous les esprits élevés de ce temps , était douloureusement frappé
par Grégoire à lui-même comme successeur de Pierre, est un de ceux qui reviennent le plus fréquemment dans sa correspondance. A Taide de citations extraites des lettres de Grégoire, Voigt ,p. 172- 176) a résumé les idées de ce pape sur le rôle du Saint-Siège et de l'Eglise. Nous renvoyons le lecteur à ces citations.
1. Histoire littéraire de la France, t. Vil, p. 1-6. — Rémusat, Saint Anselme^ p. 20.
2. Cf. sur ce point les lettres de Pierre Damien dans Voigt (p. 57-61^, qui en a donné l'analyse, et aussi dans Baron., Ann, ceci, XVII, ann. 1060 et 1061.
de cet état de choses'. Les preuves de son affliction abondent en sa correspondance; et, avec les seuls extraits de ses lettres, on pourrait tracer un dramatique taldeau d'une époque qu'il appelle lui-même une époque de fer\ En présence d'une société qu'il jugeait déviée de ses voies véritables \ il croyait que du Saint-Siège devait partir l'initiative d'une indispensable réforme'. De là son hésitation à prendre un rôle qui le poussait inévitablement au travers des orages \ Ainsi s'expliquent les regrets que lui causa son élévation au Saint-Siège. Ce sont plus que des regrets : dans les lettres qui suivent son élection, on découvre les signes d'une véritable anxiété*^; et, deux jours après l'événement, on le voit au lit, malade de trouble et d'angoissée Dans nombre de lettres écrites durant son pontificat, Grégoire répète qu'il a été, malgré lui, promu au Saint- Siège e Il est difficile de ne pas croire à la sincérité
1. Voir, à ce sujet, ce que dit éloquemment M. Mignet, Journal des Saca?its, janviev 1861, p. 20.
2. Voir notamment : Ep. 1,5, 32, 65, 67; II, 2, 10, 14, 20; III, 16; V, 20; VI, 37, 39; VIII, 53; Ep. coll. 12, 16.