‹ La papauté au Moyen ÂgeChapitre 91 sur 227 · Ep. II, 49; VII, 14 a · texte numérisé non relu

Ep. II, 49; VII, 14 a

4. Un contemporain, qui, en général, mérite conliance, Sigebert de Gembloux, rapporte que Grégoire, au moment suprême de la mort , eut regret de quelques-uns de ses actes. Voir, à ce sujet, les réflexions critiques de M. Ch. Giraud [Revue des Deux-Mondes, mai 1873.)

Innocent III, dont le pontificat a été considéré, non sans raison, comme marquant le point culminant du pouvoir théocratique, occupa la chaire de saint Pierre du 8 janvier 1 198 au 16 juillet 1216. La correspondance de ce pape, de même que celle de Grégoire VII, nous est connue par les registres où, selon l'usage de l'Eglise romaine, étaient transcrits les actes émanés du Saint-Siège. Malheureusement ces registres ne nous sont pas tous parvenus, et quelques-uns de ceux qui nous ont été conservés ne l'ont pas été dans leur intégrité*. On sait d'ailleurs qu'il n'était pas dans les coutumes de la chancellerie romaine de garder la transcription de tous les actes expédiés. En ce qui regarde Innocent III, ce fait

1. Voy. à l'Appendice notre notice intitulée : les Registres cThinoceni III.

liO LA PAPAI:TE au moyen AGE.

n'est pas seulement attesté par l'existence de pièces originales qu'on ne retrouve pas dans les registres ; les registres eux-mêmes en font foi. Des recherches opérées à différentes époques et continuées jusqu'à nos jours ont permis de combler ces lacunes en une certaine mesure, et l'on est aujourd'hui en possession d'un ensemble de documents assez considérable pour se former une notion exacte de cet illustre pontificat. Mais, avant d'aborder les divers sujets traités dans cette correspondance, nous emprunterons aux registres de courtes indications sur cette chancellerie apostolique dont nous avons dit quelques mots dans une précédente Etude*. Elles donneront une première idée de ce qu'était alors l'Eglise romaine, devenue, par l'effet de la puissance grandissante du Saint-Siège, la cour de Rome ou la curie romaine.

On possède, à cette heure, 5,116 lettres ou fragments de lettres d'Innocent IIP, sur lesquelles 3,702 nous ont été transmises par les registres ^

i. Voir notre Étude stir Nicolas I<^r.

2. C'est le chiffre donné par Potthast dans son Regesta ponti/icwn publié en 1873-1871. Voir à l'Appendice ce que nous disons de cet ouvrage.

3. L'abbé Migne a publié, dans sa Patrologie, le texte des lettres qui proviennent des registres, sous ce titre : Innocenta III Opéra omnia, quatuor tomis distributa. accurante J.-P. Migne, 1855, in-4o (t. CCXIV-CCXVII du Potrûlofjiée latinse cursus completiis . C'est à cette publication que nous renvoyons le lecteur pour toutes les citations que nous ferons des lettres d'Innocent III.

Encore est-il permis d'aflirmer que, par de nouvelles recherches, ce nomhre pourra être augmenté de plusieurs centaines de lettres. Par ce seul chiirrc, on peut juger de l'extension que, depuis Grégoire YII et, à plus forte raison, depuis Nicolas I", avait prise l'action de la papauté. A la vérité, les registres d'Innocent III ne se composent pas uniquement d'actes émanés du Saint-Siège. Ils renferment un certain nombre de lettres adressées à ce pontife par les rois de France et d'Angleterre, par les empereurs d'Allemagne et de Constantinople et par d'autres princes souverains de la chrétienté. On y trouve aussi des lettres de Mile, notaire et légat apostolique, et de Simon de Montfort, sur la guerre des Albigeois; on y rencontre également des lettres de barons ou d'évêques au sujet de l'Eglise grecque et des événements de la Terre sainte. Par une disposition qui rappelle un usage déjà établi sous Grégoire YII, ces registres sont divisés par livres dont chacun correspond à une année du pontificat. C'était vraisemblablement pour la commodité des affaires, devenues de plus en plus nombreuses, que les papes avaient adopté cette disposition. Le même motif en avait fait adopter une autre ajoutée à celle-là; c'était de distribuer les livres par cahiers, en sorte que le scribe, ayant besoin, soit dans les actes expédiés, soit dans le texte des registres, de renvoyer aux pièces enregistrées, indiquait le livre et, avec le livre, le

cahier'. Nous savons, par le témoignage d'Innocent JII, que cette division par cahiers existait déjà sous Alexandre III'.

La multiplicité des affaires, qui avait amené cette division dans la transcription des actes, avait amené également, entre les scribes apostoliques, la répartition du travail. Suivant M. Léopold Delisle, à qui l'on doit un remarquable mémoire sur les actes d Innocent ///^ une double besogne précédait la transcription des pièces sur les registres. On dressait d'abord une minute ou abrégé de l'acte, et, cette minute une fois approuvée, on rédigeait l'expédition ou grosse, qui était la pièce originale délivrée aux destinataires; puis Ton procédait, d'après celle-ci, à renregistrement. De là trois genres de fonctionnaires : les clercs chargés de préparer les minutes [abrevia tores), les clercs préposés à la rédaction des grosses {grossatores)^ et les clercs de l'enregistrement [registi^itores], auxquels il faut ajouter les bullarii ou clercs chargés de l'apposition de la bulle \ les uns et les autres exerçant leurs

1. « Sicut continetur in penultimo quaterno regesti duodecimi anni. » Ep. XIII, 87. Cf. Ep. XII, 66; XIII. 86. Le scribe indique même quelquefois non seulement le cahier, mais le folio du cahier.

Page 1