Ep.III
r 4. Bonitho, Lib. ad am.^ 1. IX, Mon. Gregor., p. 685-689. ! 5. I/jid., p. 685.
■ 6. Ibid., p. 686.
7. Quibus vivis non communicavimiis, nec mortuis communicare audemus. » Ep. IV, 6.
l'on jettera au vent les cendres des hérétiques. On voit que si Grégoire, par son esprit de domination, rappelle et dépasse Nicolas P', il est également, sous le rapport de l'intolérance, le prédécesseur d'Innocent III. Toutefois, dans ce qui vient d'être dit, la violence, la rigueur excessive de Grégoire, peuvent, sinon se justifier, du moins s'expliquer par une conviction passionnée. Il est plus difficile d'excuser ce pontife de sa complaisance pour Guillaume le Conquérant, complaisance dont le résultat fut d'accabler une nation de tous les maux de l'invasion. On cherche vainement ici chez Grégoire une raison d'ordre général. Lui-même confesse n'avoir guère alors subi d'autre impulsion que celle d'une sympathie personnelle pour ce prince. Peut-on dire, du moins, qu'il ne pouvait, au temps où il vécut, considérer les effets de la conquête du point de vue moral auquel nous les voyons aujourd'hui? Les lignes suivantes, adressées par ce pape à Guillaume, quatorze ans après la bataille d'Hastings, répondent à cette question. «Très excellent fils, écrit-iJ, tu n'ignores sans doute pas de quelle vive et sincère affection je n'ai cessé de te chérir dans les temps qui précédèrent mon élévation au pontificat, ni de quel zèle et avec quelle efficacité j'ai servi tes intérêts, ni surtout avec quelle ardeur j'ai travaillé à te faire roi. Cette ardeur m'a valu de me voir noté d'infamie par plusieurs de mes collègues, qui réprouvaient une complaisance dont tant d'homicides devaient
être la suite. Cependant, au fond de ma conscience, Dieu m'était témoin que, dans cette circonstance, j'avais agi avec des intentions droites, espérant tout ensemble et de la grâce céleste et de tes vertus, auxquelles j'avais confiance, que, plus haute serait ta dignité^ meilleur tu te montrerais selon Dieu et l'Eglise ^ »
On a souvent comparé Grégoire à Nicolas I". Si de pareils actes de violence ne peuvent être reprochés à celui-ci, est-ce à dire qu'il fut supérieur à Grégoire par l'élévation des idées et celle du caractère? Telle n'est pas notre pensée. Il n'eut pas, comme Grégoire, de ces luttes terribles à soutenir et dans lesquelles les intelligences les plus fermes ont parfois des défaillances; il ne fut pas, comme lui, aux prises avec un monde déchiré et sans principes. Il eut assurément de la grandeur; mais il reste, en quelque sorte, détaché de la société qu'il domine. Grégoire, au contraire, surtout si on le juge depuis son avènement au pontificat, se dévoue sans réserve à la mission dont il a une fois accepté le fardeau, et il domine moins la société qu'il ne la remplit de luimême. Pour terminer cet aperçu de la vie et des doctrines de Grégoire, ajoutons qu'il vécut et mourut triste. Cette tristesse est visiblement empreinte dans sa correspondance. Une complexion maladive ^ dont
{. Ep. VIT, 23.
2. Ep. I. 1, 62; II, 9; Bonitho, Lib. ob am., 1. VII in Moîi.
se ressentait son humeur, l'impression douloureuse qu'il éprouvait au spectacle des désordres de l'Église et du monde \ les haines que lui suscitèrent des prétentions qu'il croyait conformes à la justice', enfin un secret dégoût de la vie militante, dégoût qui perce en plusieurs de ses lettres % expliquent chez lui cette tristesse. Elle s'augmentait encore d'un certain sentiment de doute qui ne saurait échapper au lecteur attentif de ses écrits; et nous ne serions pas éloigné de penser que, si Grégoire conserva toujours une égale confiance en ses propres idées, il ne fut pas toujours aussi convaincu dans l'application qu'il en fit^
gveg.^ p. 6G1. La maladie faillit l'emporter dans la seconde moitié de l'année 1074.