‹ La papauté et les zouaves pontificaux [microforme]Chapitre 2 sur 34 · LA REVOLUTION À L'ŒUVRE · texte numérisé non relu

LA REVOLUTION À L'ŒUVRE

En 1848, la Révolution qui menaçait déjà de saper l’ordre social par s base, se déchaîne sur Rome. Le 15 novembre, l! :omte de Rossi, le vail. lant soutien de la Papaute et premier ministre du gouvernement papal, tombe soux le poignard des adeptes du carbonarisme—société secrète :‘1lienne. Le lendemain, une foule furieuse, inspirée :: r Mazzini, assiège le palais du Quirinal, où Pie iX s'était réfugié pour échapper au glaive des assassins. L’orage grandit ; on essaie d’incendier le Quirinal. Les balles pleuvent ; l’une d'elles tombe dans la chambre où le "ape priait pour ses bourreaux, et blesse mortellement Sa Grandeur Mgr Palma. Le Souverain-Pontife se croit à sa dernière heure, lorsqu’une femme courageuse, la comtesse de Spaur, forme avec son mari, le duc d’Harcourt, le projet de sauver le roi de Rome. L'héroïne met son projet à

Le

exécution et le 24 au soir, Pie IX, déguisé, monte . dans le carosse de M. d'Harcourt, qui le transporte à Gaëte, dans le royaume de Naples, où il est reçu à bras ouverts par le roi Ferdinand II.

Dans son exil, le Saint-Père ne cesse de protester contre les spoliations de la révolution. Il lance l’excommunication contre les membres de la Jeune Italie et contre les révolutionnaires, qui saccageaient Rome, pillaient les églises et chassaient les religieux de leurs monastères. , L'iniquité s'était débordée sur la Ville Sainte, comme un torrent dévastateur. Mazzini poussa même l’impiété et le cynisme jusqu’à parodier le Pape en montant dans la loge de la basilique Saint-Pierre, où le Pontife romain donne la bénédiction urbi et orbi.

L'Europe s'émeut enfin de tant d’audace et de sacrilèges. L'Espagne offre de délivrer Rome du joug des vandales de 1848. L’Autriche occupe Ferrare, dans le Piémont. -Les Napolitains passent la frontière et pénètrent même jusqu’à Velletri, à dix lieues deRome. Mazzini, le chef des révolutionnaires, veut tenir tête à l’Europe. Tout à coup, la France se réveille ; elle prend les devants et débarque des troupes à Civita-Vecchia, le 25 avril 1849. Napoléon JII occupe militairement un point en Italie, ‘ afin de garantir l'intégrité du Piémont et

de sauvegarder les intérêts de la France ” ; mais les catholiques de la fille aînée de l'Eglise demandaient au président de la république de rétablir le Pape sur son trône et de continuer à le protéger contre les révolutionnaires. Le général Oudinot reçut alors l’ordre de marcher sur Rome, où il arriva le 30 avril. L'armée française ayant subi un échec, le général demanda des renforts, qui n’arrivèrent qu’au mois de juin. Le 22 du même mois, l’armée française donne un premier assaut, Le 29, le général Oudinot s’empare de l’ancienne ville des Césars, et le colonel Niel est chargé de porter les clefs de Rome à Pie IX, qui se trouvait alors à Portici. .

Le Souverain-Pontife, ivre de joie, reprend, quelques mois plus tard, le: chemin de Rome, dans laquelle il fait son entrée triomphale le 12 avril 1850. Son retour fut salué par des salves d'artillerie, par le son de toutes les cloches de la ville et par les cris de “ Vive Pie IX ! Vive notre Saint-Père ! ” Le peuple romain était au comble du bonheur.

Les révolutionnaires ayant été chassés de Rome, l'Eglise continua de gouverner le monde catholique avec sa sollicitude ordinaire et de répandre partout les bienfaits de son ardente charité.

L'occupation de Rome par l’armée française procura à la Papauté une ère apparente de paix et de

tranquillité, qui dura jusqu’en 1859, alors que Victor- Emmanuel annexa les Romagnes au Piémont, tout en protestant de sa fidélité et de son dévouement au Saint-Siège. L'hypocrite ! il se conduit comme un enfant qui, pour prouver son amour et son affection à l’auteur de ses jours, lui enlève une partie de ses biens. La France, go1vernée alors par Napoléon III, laisse commettre ce vol sans faire entendre aucune protestation. ‘“ Depuis longtemps, dit un écrivain français, l'Etat Pontifical n’était plus organisé de manière à faire la guerre. Paternel et pacifique par sa nature, ce gouvernement n'avait pu suivre le développement de la centralisation et des armées permanentes, qui livraient désormais l’Europe aux convoitises de quelques grandes puissances, employant les ressources de la science et de la richesse modernes à accroître leur empire aux dépens de leurs voisins. Du moment que la révolution universelle était libre de diriger contre Rome toutes les fcrces de l'Italie et qu’elle agissait avec la complicité ou du moins avec l’assentiment de la France, la résistance

pouvait paraître insensée.

‘“ Aussi, en même temps que les Autrichiens s'étaient concentrés sur le Mincio, les délégats du Saint-Siège s’étaient-ils empressés d’évacuer les Romagnes. Avant même qu'un danger sérieux les eût

mil

menacés, ils abandonnèrent Bologñe, Ravennes, Ferrare et jusqu’à Pérouse à une poignée d’émeutiers et de soldats déguisés, envoyés par le Piémont.”

“ Dans un moment de péril semblable, saint Pie V n'avait pas craint de confier des pouvoirs illimités au général Marc-Antoine Colonna, qu’il mit à la tête de ses armées et qui remporta sur les Turcs la victoire décisive de Lépante. Pie IX suivit cet exemple. Résolu à ne pas céder sans combat la couronne qu’il avait juré de transmettre à ses successeurs, abandonné des grandes puissances, ne pouvant faire appel qu’au dévouement individuel de ses enfants, il lui fallait avant tout un chef capable de porter un tel fardeau et d'organiser la résistance avec les faibles ressources que présentait l’Etat pontifical, et avec les éléments quelque peu désordonnés qui viendraient s’offrir des quatre coins du monde. 11 choisit pour cette mission le général de La Moricière.”

“ Mais accepterait-il ? Général illustre entre tous de la plus brave armée du monde, consentirait-il à devenir soldat du Pape, chef d’une armée qui n’existait pas et qui pouvait être condamnée aux plus humiliantes défaites ? Ministre de Cavaignac, n’ayant qu’à demi ratifié l’expédition. de 1849, dont il avait ensuite refusé le commandement, imbu par Tocqueville de toutes les illusions libérales de l'Europe,

irait-il soutenit un pouvoir qu’on représentait comme un reste de l’ancien régime, tout hérissé d’abus et d’imperfections, et qui était le type de l'union parfaite de l'Eglise et de l'Etat. N’y avait-il pas là, au point de vue de sa gloire, un sacrifice au-dessus de ses forces, au point de vue de ses idées un obstacle nfranchissable ? ”

11 fallait donc connaître les sentiments du général La Moricière. Pie IX chargea de cette mission délicate M. de Corcelles, ambassadeur français à Rome en 1849, et ami dévoué de la Papauté. Le messager papal rencontra le général à Paris, au mois d’octo-

bre 1859, et lui demanda, dans le cours de la conversation, ce qu’il pensait du commandement de l’armée du Pape. ‘Je Dense, répondit-il, que c’est une cause pour laquelle je serais heureux de mourir.”

Cette noble réponse fut aussitôt communiquée au Souverain Pontife, dont le cœur fut rempli de joie à la pensée d’avoir bientôt à la tête de sa petite troupe le plus grand guerrier des temps modernes. Mgr de Mérode, ancien capitaine belge qui avait servi dans l'état-major de LaMoricière en Afrique, reçut instruction d’aller demander immédiatement et officiellement le secours de l’épée du nouveau Bayard français ; il arriva, le 3 mars 1860. au château de Prouzel, où il s’acquitta de la mission qu’il avait

reçue de Pie IX. Le général répondit à l’envoyé du Pape : “ Quand un père appelle son fils pour le défendre, il n’y a qu’une chose à faire, y aller.” Mme LaMoricière, femme chrétienne et courageuse, répondit aussi à Mgr de Mérode : ‘“ On ne discute pas l'appel d’un père.”

Le général LaMoricière fit ses préparatifs de voyage à la hâte et partit, le 19 mars, pour la ville des

Papes, où il arriva dans la nuit du 1er au 2 avril. ‘

Sa Sainteté Pie IX pressa sur son cœur le commandant en chef de l’armée papale et le fondateur du Régiment des Zouaves Pontificaux.

RS

Page 1