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LE GÉNÉRAL LA MORICIERE

LE GENERAL LAMORIGIERE

Avant d’aller plus loin, il importe de faire connaître le père ou le créateur d’un corps militaire qui a joué un si grand rôle dans l’histoire de la Papauté ou de l’Eglise catholique pendant une période de dix années. Nous allons done vous présenter immédiatement une courte biographie du général LaMoricière.

Louis-Christophe-Léon de La Moricière descendait d’une ancienne et noble famille, qui avait pris pour devise : “ Spes mea Deus. Mon espoir, c’est Dieu.” 11 naquit à Nantes, le 5 février 1805. Son grand-père servit d’abord dans les mousquetaires du roi, et après la mort de Louis XVI, il rejoignit l’armée de Condé avec ses deux fils. Il y mourut, ainsi que son fils aîné ; et son second fils, nommé Sylvestre, âgé à peine de seize ans, émigrait en Angleterre. A son retour en France, Sylvestre de La Moricière, s’enrôla dans l’armée du général de Charette, l'illustre chef monar-

tôle

chiste de la Vendée, et, la révolution terminée, il épousa Mile de Robineau de Bougon, dont la famille avait embrassé les principes de 89, mais qui sut cependant conserver la foi religieuse et sauver un grand nombre de prêtres pendant le règne de la Terreur. C’est de ce mariage que naquit Léon, qui fut plus tard le général La Moricière.

Léon de La Moricière perdit son père en 1821, alors qu'il n’avait que 15 ans. Doué d'un amour passionné pour l'étude, d’une intelligence supérieure et d’un courage chevaleresque, il sut vaincre toutes les difficultés qui se présentaient sur son chemin et se fraya, en peu d'années, une brillante carrière mili-

taire. Après avoir fait ses études classiques à Nantes, ilentra à l’Ecole Polytechnique, puis il passa à l'école d'artillerie de Metz, pour aller de là à Montpellier comme sous-lieutenant du génie.

La France ayant déclaré la guerre à l'Algérie, le général de Clermont-Tonnerre chargea le comte de Bourmont du commandement du corps d'armée expéditionnaire. La Moricière faisait partie de cette expédition comme officier du génie. Le 4 juillet 1830, l’armée française, comprenant 40.000 hommes commençait le siège d'Alger. Cette ville capitula après dix heures de combat, et La Moricière fut

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choisi pour arborer le drapeau blanc de la France sur la capitale de l'Algérie.

Pendant que l’armée française remportait une si grande victoire en Afrique, Charles X était chassé de son trône et remplacé par Louis-Philippe, duc d'Orléans.

Ce changement d’allégeance força le général de Bourmont à donner sa démission ; plusieurs officiers imitèrent son exemple et brisèrent leur épée pour rester fidèles an roi exilé et à la monarchie légitime. La Moricière resta au service de la France.

Le général Clausel, le successeur de M. de Bourmont, erriva à Alger le 2 septembre. Son premier soin, d’après les conseils du jeune La Moricière, fut de créer un corps de troupes composé d'indigènes et de Français, et qui prit le nom de Zouaves. Le mot zouave est emprunté de la tribu -qui a fourni d’abord le plus grand nombre de soldats à ce régiment. La Moricière fut nommé capitaine de cette troupe d’élite : il avait alors 24 ans.

Voici ce que Mgr Dupanloup dit äu régiment des Zouaves :

“ Les Zouaves, c'est La Moricière qui les forma. Placé à leur tête au moment même de leur création, c’est lui qui contribua plus que tout autre à leur jm l'esprit militaire qui les distingua, à les faire

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ce qu’ils sont ; et il les fit, pour ainsi dire, à son image, du moins en ce qu'ils ont de chevaleresque et de français.”

C’est avec cette troupe que La Moricière remporta de si brillantes victoires en Algérie contre le célèbre émir Abd-l-Kader, qui prétendait descendre de Fatma, fille de Mahomet, et qui avait su conquérir l'estime et la vénération des,musulmans par son prestige, ses aptitudes militaires et sa vie d’austérité exemplaire.

La Moricière se distingua à la prise de Mascara, où il reçut le brevet de lieutenant-colonel.

Le 13 octobre 1837, Constantine, capitale de la province d'Oran, tomba au pouvoir des Français ; mais ce fut encore La Moricière qui se signala le plus par sa bravoure, en cette journée mémorable. La forteresse, construite sur des rochers élevés et escarpés, semblait inaccessible et imprenable. Arrivés à 300 pieds environ des remparts, les Français s’arrétent et hésitent. Aussitôt La Moricière de s’écrier : “ Mes zouaves, à vous ! Debout ! au trot, marche !” Et, au milieu d’une fusillade des plus terribles, il s’élance, monte sur le rempart et arbore le drapeau français. Une explosion se fait entendre ; c'est le

magasin de poudre qui vient de sauter. La Mori-

cière est enseveli sous les décombres ; les zouaves le

retirent ; il a les yeux, le visage et les mains brûlés: il se croyait aveugle. Ses soldats entourent sa tente et déposent sur son lit le dre eau rouge à l'épée flamboyante pris sur la citadel, Le duc de Nemours lui envoie le brevet de colonel et un superbe pistolet d'honneur. On lui décerne le glorieux titre de Vainqueur de Constantine.

Une fois rétabli, La Moricière se mit à faire la Chasse à Abd-el-Kader partout où l’illustre chef des Arabes portait ses pas. Il rejoignit sa tribu ou sa smala près des sources de Tagguin, et, aidé du dur d’Aumale, il tua 300 guerriers arabes et en fit 3000 prisonniers. Abd-el-Kader s'enfuit au Maroc. Le duc d’Aumale et La Moricière, en récompense de leurs services signalés, sont nommés généraux de Civision, et le général en chef Bugeaud est promu uu grade de maréchal.

Le duc d’Aumale, devenu gouverneur général de l'Algérie, : continua la chasse à Abd-el-Kader, qui avait reparu aux environs de Mascara ; Mais poursuivi vigoureusement par le général La Moricière, .Abd-el-Kader prend la résolution de se réfugier au Sahara, lorsqu'il est ,cerné par les troupes de La foricière. Obligé de se rendre, l'émir ne consent à remettre son épée qu’entre les mains du héros de Constantine. La napturé du chef arabe eut lieu le

23 septembre 1847. Ce fut le dernier acte de la carrière militaire du général La Moricière en Afrique.

La Moricière fut ensuite, successivement, ministre de la guerre, sous Cavaignac, et ambassadeur en Russie. Dans la nuit du 2 décembre 1850, La Moricière, qui portait ombrage à Napoléon III à cause de ses principes politiques et de son prestige, fut arrêté à Paris, jeté en prison à Ham et exilé ensuite à Bruxelles, và il demeura pendant dix ans. C'est au retour de son exil qu’il fut choisi par Pie IX pour être le commandant en chef de l’armée papale.

Le général La Moricière avait épousé, le 27 avril 1847, Mlle Gs‘llard de Ferré d’Auberville. Elle était la petite-fille de la marquise de Montagu et par là se rattachait à la maison de Noailles qui, dans la journée du 22 juillet 1794, vit périr sur l'échafaud la duchesse de Noailles, sa fille la duchesse d’Ayen, et sa petite-fille la vicomtesse de Noailles.

Mme La Moricière est morte à Paris, au mois de mai dernier, à l’âge de 79 ans.

Pie IX avait fait Mme La Moricienne patricienne romaine.

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