REPONSE DE M. C.-E. ROULEAU
Québec, 10 décembre 1904. Mon général,
Je vous remercie de tout cœur de votre bonne lettre et du profond intérêt que vous ne cessez d2 porter à vos vieux “ Castors.” “ Vieux Castors ! ?” c’est une page d'histoire et des souvenirs bien chexs que vous rappelez à ma mémoire, Le camp d’Annibal, où nous avons appris à évoluer sous votre commanderaent le jour de la visite à jamais mémorable de notre glorieux Pape ; la Cour St-Damase, où il nous a été donné de répéter ces exercices admirables en présence d’une foule immense des plus hauts dignitaires de l'Eglise catholique ; la vie de : garnison à Rome, où nous avions le bonheur de
rencontrer l’ami “ des Castors ” presque tous les jours ; la célèbre retraite de Viterbe ; en un mot, les années heureuses que nous avons passées à l'ombre du drapeau pontifical se présentent à mon esprit comme autant de bouquets de roses dont le parfum charme le cœur, le fortifie et le console.
Mon général, vous me deinandez d’avoir un peu de patience. C’est chose très facile, surtout quand je suis convaincu que la patience conduit à l'espérance et que l’espérance, exprimée par vous, équivaut à la réalité.
Oh ! que vos vieux et jeunes ‘“ Castors ” auraient été fiers de vous voir passer en revue nos bataillons
de Zouaves canadiens à la grande fête du Cap dela Madeleine ! J’ai l'espoir que le jour viendra où les Zouaves canadiens auront le bonheur de présenter les armes à leur général et de lui exprimer de vive voix toute l’affection qu'ils lui portent,
Je demeure, mon général, avec les sentiments du plus entier dévouement.
Votre ancien sergent, C.-E. RouLEAU.
Après la lecture de ces deux lettres, le commandant C.-E. Rouleau annonça qu'il avait reçu de Rome les narchemins en vertu desquels MM. C. A.
Guïlbault, capitaine, et Louis Lefebvre, lieutenant, étaient créés chevaliers de l'Ordre de St-Grégoire-le- Grand.
Il n’est pas besoin de dire que la remise de ces précieux documents aux nouveaux décorés fut le signal d’un enthousiasme délirant parmi les Zouaves.
Le commandant C. E. ROULEAU, Chevalier de S. Grégoire-le-Grand et de Pie{X:
Le capitaine Guïlbault, visiblement ému de cet insigne honneur venu de Sa Sainteté Pie X, s’avança et fit un discours on ne peut plus heureux.
Il remercia en termes choisis le commandant Rouleau et l’aumônier Rouleau de leurs démarches auprès du général de Charette et du Saint-Siége.
Il se reconnait indigne de l'insigne honneur à lui conféré par le Saint-Pôre, mais puisque le bataillon des Zouaves doit en bénéficier, il l'accepte avec bonheur.
Le nouveau chevalier, fier de son passé comme “ zouave ” profita de l’occasion pour conseiller aux nouveaux un attachement constant à la personne auguste du Souverain Pontife et à la doctrine de l'Eglise.
M. Guilbault fut très applaudi.
Le lieutenant Ls Lefebvre adressa ensuite la parole. Il protesta de son dévouement à la cause du ‘ Pouvoir temporel ” et aux enseignements de l'Eglise.
Il accepte avec plaisir l'honneur qu'il reçoit de Rome et qui rejaillit sur sa famille et sur le corps des Zouaves de Québec.
On allait se séparer lorsque M. l’aumônier Rouleau se leva pour annoncer une autre bonne et joyeuse nouvelle. Celle de la réception, de Rome, de parchemins en vertu desquels M. le commandant CE. Rouleau était créé chevalier de l'Ordre de Pie IX. Cette nouvelle fut accueillie par un tonnerre d’applaudissements, de vivats.
Après avoir fait l’éloge du nouveau chevalier de Pie IX, le dévoué aumônier des Zouaves remit à
celui-ci les documents précieux qu'il avait reçus vers les six heures.
M. le chevalier Rouleau ne put que balbutier quelques mots tant son émotion était grande.
Il protesta de son dévouement à la cause de la papauté et aux enseignements de l'Eglise.
Avec effusion il remercia le Saint-Père, M. l’abbé Rouleau, Mgr Bégin, le général de Charette, M. le
chevalier Bussières, président général de l’Union
Allet, et enfin ses chers Zouaves de Québec.
A ces derniers il donna de bons conseils et leur demanda de rester fidèles à la devise des vieux Zouaves : “ Aime Dieu et va ton chemin.”
M. le commandant Rouleau avait été créé chevalier de St-Grégoire-le-Grand par Sa Saintété Léon XIII. C’est donc une seconde décoration que le commandant des Zouaves reçoit du successeur de $. Pierre.
On présenta les armes aux nouveaux chevaliers et ensuite il y eut rafraîchissements.
On reconduisit chaque nouveau chevalier à son domicile.
La fête d’hier laissera un souvenir impérissable chez ceux qui y ont pris part.
En terminant, offrons nos sincères félicitations aux trois nouveaux chevaliers, et nos compliments les
plus empressés au bataillon des Zouaves de Québec pour l’insigne honneur qui r aillit sur lui.
“Aime Dieu et va ton chemin.”
L’ Evénement, rendant compte le même jour de cette fête à jamais mémorable, s’exprimait dans les termes suivants :
“ Les Zouaves de Québec, comme de bons soldats de l'Eglise, ont dignement célébré la fête de saint Pierre. La démonstration d’hier soir marque une page mémorable dans leurs annales et restera gravée dans la mémoire de ces braves militaires qui font l’honneur de la vieille cité de Champlain.
Un avis publié hier soir dans les journaux, convoquait d’urgence tous les Zouaves à la salle Berthelot. A l'heure règlementaire, tous étaient au poste. A l'extrémité de la salle, une estrade ornée de drapeaux, avait été dressée, évidemment destinée à quelque visiteur marquant. L'attente ne fut pas longue, et vers 9 heures, M. le commandant Rouleau fit son entrée dans la salle, accompagné de l’aumônier des Zouaves et du capitaine Guilbault et du lieutenant Lefebvre. A leur arrivée, les clairons sonnèrent et les tambours battirent au champ. Après avoir conduit M. l’aumônier sur l’estrade d’honneur, le commandant Rouleau lui annonça qu’il avait été de
nouveau choisi comme aumônier de l'association, et le remercia de l'intérêt qu’il n’a cessé de porter au régiment des Zouaves de Québec.
M. l'abbé, qui portait sur sa poitrine la croix des braves, prononça un charmant discours, et dit qu’en effet, il aime les Zouaves qu’il a eu l'occasion de voir à Rome où ils ont acquis cette belle réputation de bravoure dans les divers combats auxquels ils ont pris part. Il les aime surtout pour l'idée qu’ils représentent. S’adressant aux jeunes, il dit qu'ils participent à la gloire des ancieris et il ne doute pas que s'ils en étaient requis, ils n'hésiteraient pas, comme leurs ancieus crupagnons, à voler au secours du Saint-Siège. Ce jour de la Saint-Pierre, dit-il, ne pouvait être mieux choisi pour une telle manifestation. Restez unis autour de vos chefs, dit M. l’aumônier, et soyez prêts à tous les sacrifices que Dieu et la patrie attendent de vous. Vous faites l’admiration non seulement des Québecois, mais aussi des étrangers qui ont l’occasion de vous voir. Le jour de la fête nationale, Lady Grey n’a-telle pas battu des mains lorsqu'elle vous a vus défiler et lui présenter les armes. Je vous remercie et je ne vous cache pas que votre confiance me fait grand plaisir.
De chaleureux applaudissements accueillirent ces sympathiques paroles.
Le capitaine À. C. GUILBAULT,
Chevalier de $. Grégoire-le-Grand,