CHEVALIER DE PIE IX
Mais ce n’était pas tout, et une nouvelle surprise
attendait les Zouaves, une surprise qui mit le comble à leur enthousiasme, lorsque M. l’aumônier leur annonça qu’il avait à transmettre encore une décoration, celle-là destinée au commandant général des Zouaves du Canada, M. le colonel C. E. Rouleau. En effet, M. l'abbé venait justement de recevoir pour le remettre au colonel un brevet créant celui-ci Che-
valier de l’ordre de Pie IX. Peindre la surprise du nouveau décoré, serait difficile, mais en vieux militaire, habitué à surmonter les émotions, même les plus inattendues, il remercia ceux qui lui avaient fait obtenir ce nouvel honneur, entr'autres Mgr l’Archevêque, le général de Charette ct M. l'abbé Rouleau, et comme ses camarades, il en attribua
tout l’honneur au régiment ; car, dit-il, je reconnais que personnellement je ne mérite pas un si grand honneur. Des applaudissements unanimes éclatèrent alors et accueillirent la fin de ces paroles.
Les clairons et les tambours se firent entendre de nouveau, et le ‘“ Présentez, armes ! ” retentit une fois de plus.
Cette imposante manifestation se termina par un éloquent discours de M. l’aumônier, qui donna aux Zouaves, aux jeunes surtout, de, bons et sages conseils leur démontrant la noble mission qui leur incombe au milieu de leurs compatriotes.
Durant la soirée, tous les mouvements exécutés
par le régiment étaient commandés par les lieutenants Benoit ct Lockwell.
Avant de se disperser, des vivats enthousiastes furent poussés en l’honneur des nouveaux chevaliers de St-Grégoire, ainsi qu’en l'honneur du commandant et de l’aumônier, M. l’abbé Rouleau.”
Les Zouaves de Québec sont assis, aujourd’hui, sur des bases solides, et leur exemple a eu de courageux imitateurs aux Trois-Rivières et à Saint-Hyacinthe. Avant longtemps nous aurons un bataillon de plus de quatre cents zouaves canadiens, sans compter les vieux croisés. Le vœu que le colonel d’Albiousse, un de nos anciens commandants de
+ bataillon à Rome, formulait, en 1885, sera alors accompli. “ Oui, disait-il, les anciens peuvent disparaître ; les jeunes viendront combler les vides, et le régiment restera, il restera pour défendre cette grande cause de la papauté, avec le même. dévouement et le même enthousiasme.” x
Comme nous le disions, lorsque nous recûmes la croix de chevalier de Pie IX, le régiment vivra, parce qu’il repose sur le roc immuable du Vatican, le phare lumineux du catholicisme.
Le régiment vivra Parce qu’il a eu pour fondateur limmortel Pie IX, crux de cruce, pour protecteur le glorieux pontife Léon XIII, lumen in cœlo, et qu'ila encore pour appui Sa Sainteté Pie X, ignis ardens. La croix, la lumière et le feu ardent, voilà trois sources inépuisables de vitalité pour le régiment des zouaves pontificaux.
Si le regiment est, un jour, rayé des annales militaires de la vieille Europe, il continuera d'exister dans la jeune Amérique, surtout dans notre belle province de Québec, cette terre de liberté si chère à tout cœur bien-né et arrosée par le sang de n6s mise sionnaires et de nos vaillants soldats ; car le nom de zouave pontifical a toujours été et sera toujours une semence de défenseurs de la religion et de la patrie. Oui, les zouaves canadiens aiment leur religion et
leur patrie ; ils l’ont prouvé à Rome et ils l'ont prouvé au Canada, et si, un jour, le g‘uvernement a besoin du secours de leurs bras, ils seront prêts à répondre à son appel et à verser leur sang pour la défense du sol natal. Dans le cas où les autorités canadiennes s’opposeraient au port de notre uniforme, nous en revêtirions une autre en leur disant que “ce n’est pas l’habit qui fait le moine.”