‹ La paralysie générale dans l'ArméeChapitre 13 sur 29 · TRAUMATISME · texte numérisé non relu

TRAUMATISME

Question des plus intéressantes et aussi des moins controversées, comportant en plus au point de vue médicolégal des conséquences capitales! Déjà, en 1853, dans son excellente thèse d'agrégation, Lasègue s'exprimait ainsi : « Je ne meLs pas en doute qu'un certain nombre d'affections et de lésions cérébrales ne soient l'origine de la paralysie générale ; tantôt c'est une chute grave, tantôt une blessure causée par le choc sur la tète d'un corps pesant ». Un peu plus loin il affirmait que si l'on ne trouvait pas souvent un ictus traumatique au début du mal et avant son éclosion, c'était parce qu'on ne le cherchait pas suffisamment, tellement on était enclin à ne voir que les influences psychiques, les chagrins, les excès de travail. Lasègue était tellement convaincu de l'importance du traumatisme en la matière, que dans une intéressante leçon faite à la Pitié en 1880, il disait ' « Dans les maladies qui ont le plus de continuité, comme la paralysie générale, 90 fois au moins sur 100, vous trouverez au début un ictus cérébral quelconque ». Déjà en 1866, Francis Skae, comprenant sous le terme de folie traumatique, les cas de folie causée par l'insolation ou une violence sur

la tête, concluait que les dérangements d'esprit causés par ces deux effets se ressemblaient, et possédaient en commun les mêmes traits importants. Dans l'un et l'autre cas, pour lui, il y a hyperhémie chronique du cerveau et de ses membranes, et la maladie qui est souvent le résulta immédiat de l'insolation ou de violences sur la tête est plus fréquemment une conséquence éloignée, des mois et même des années pouvant s'écouler entre l'accident et le début de l'affection. Laségue lui aussi apprend que dans tous les cas un espace s'écoule entre le traumatisme et la paralysie générale qui lui est consécutive. La maladie même dans ces derniers cas semble vouloir toujours être fidèle à si loi qui est de débuter par une évolution lente. Nous regrettons que notre programme nous empêche de citer quelques observations probantes de Lasègue, Morel, Baillarger, Voisin et de Ch. Vallon, qui a fait une excellente thèse sur cette question. M. le professeur Bail dans ses leçons reproduites par l'Encéphale (1) nous donne trois cas de paralysie générale traumatique des plus nets. Nous avons en ce moment sous les yeux une publication de ce dernier journal contenant une observation complète recueillie par M. le Dr Arnaud, interne de l'asile de Sainte-Anne, et qui n'est autre que celle qui est citée la première par M. Bail avec peut-être plus de détails que ne le comporte une leçon. De toutes les observations de ce genre, il résulte que le traumatisme agit de deux façons : tantôt le traumatisme atteint un sujet prédisposé et c'est alors une cause occasionnelle

t. Encéphale, Juillet, 1888, page 389.

qui accélère la maladie qu'il n'a pas créée, cl en précipite les allures ; tantôt ce même traumatisme atteint un individu qui n'avait aucune prédisposition ni personnelle ni héréditaire et en pleine santé, elle provoque chez lui des phénomènes cérébraux, qui vont progressivement jusqu'aux troubles intellectuels les plus marqués, la paralysie générale et sa conséquence presque fatale, lamort. Nous avons donc dans ces cas le curieux exemple de paralysies générales causées de toute pièce par un traumatisme, alors que les causes occasionnelles jusqu'ici énumérées, exigent un terrain favorable, un individu prédisposé, ici au contraire, ce terrain favorable n'est nullement nécessaire, il est créé par le traumatisme. C'est en effet ce que l'on voit assez fréquemment : un traumatisme survenant chez un enfant ou un adulte, en fait un prédisposé, qui verra plus tard se développer une périencéphalite, grâce au concours des circonstances occasionnelles plus haut citées, ou bien encore l'accident arrivant à l'âge même de la paralysie générale, déterminera cette affection après une incubation plus ou moins longue.

On ne saurait assez semef Ire en garde contre certaines affections cérébrales revêtant le masque de la paralysie générale, ou encore attribuer une part trop grande au traumatisme. Il est des cas bien précis de paralysie générale, dans lesquels les symptômes de ce mal s'accusaient dès le lendemain. 11 pourrait bien se faire que dans ces cas le traumatisme n'ait pas été la seule cause, un autre facteur écologique entre en jeu et en ligne de compte avec lui. Si le sujet a fait une chute, elle peut avoir été produite par un vertige, qui lui-même est un effet de la

maladie, et non une cause. Dans le cas de traumatisme autre qu'une chute et où la maladie est immédiatement consécutive au choc, celle-ci ne s'est-elle pas déclarée chez un prédisposé ou un individu en imminence morbide ? Il semble difficile d'admettre que même un choc violent puisse créer d'emblée et de toute pièce du jour au lendemain en quelque sorte une maladie qui aime à prendre son temps pour évoluer. Que si au contraire, une série plus ou moins continue de phénomènes cérébraux, sépare la inaladieconfirmée du traumatisme, nous sommes fort disposé à voir dans ces troubles un effet du travail qui s'opère dans la trame cérébrale et à les attribuer à une hyperhémie chronique, qui le fera aboutir presque fatalement à la méning'O-encéphalite diffuse. Si certains faits sont parfois discutables, s'il est vrai que parfois le traumatisme ne joue qu'un rôle secondaire, il est des cas (ceux de M. le professeur Bail sont de cette espèce), où la maladie a pu être créée de toute pièce en faisant un prédisposé d'un individu qui ne l'était nullement.

Nous avons suffisamment indiqué, semble-t-il, l'importance étiologique du traumatisme; nous le voyons agir, tantôt comme cause occasionnelle chez un prédisposé, tantôt comme cause prédisposante chez un individu sain. La conclusion pratique est facile à en tirer ; une victime du traumatisme ne peut garantir son futur; même lorsqu'il semble complètement guéri, l'individu qui a subi un traumalisme cérébral grave n'est pas le maître de son avenir C'est qu'en effet, comme le dit Lasègue, l'individu qui a reçu un icLus est un malade, un cérébral, il est touours menacé de nouveaux accidents ». Il est bien entendu

que ces derniers seront parfois très lents à apparaître, et pourront faire croire que le malade est complètement guéri des phénomènes qui ont accompagné le premier choc traumalique; mais non il ne Test pas, et un beau jour on verra se montrer les alarmants symptômes de la paralysie générale. Nous n'insistons pas naturellement sur le point de vue médico-légal, on ne peut plus intéressant que soulève celte importante question.

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