‹ La paralysie générale dans l'ArméeChapitre 15 sur 29 · CALORIQUE · texte numérisé non relu

CALORIQUE

Quand nous avons établi les rapports de la paralysie générale avec certaines professions, nous avons fait remarquer qu'elle était assez fréquente chez les cuisiniers et les chauffeurs, et nous expliquions (interprétation d'ailleurs facile à déduire), cette fréquence relative de la maladie chez les gens livrés à ce genre de travail par leur exposition continue et prolongée, ou dans tous les cas souvent répétée à la réverbération d'un foyer, d'une source de chaleur. Nous sommes évidemment, quoique à un moindre degré, en droit d'étendre la môme influence de causalité, et la même interprétation, à toutes les sources de chaleur (atmosphère d'endroits limités où la ventilation est mal réglée, café, salle de bal). Mais une question bien autrement importante et bien plus générale se rattache à cette dernière influence étiologique, nous voulons parler de la chaleur solaire, et partant de l'influence climalérique des pays chauds. Point ne nous est nécessaire de discuter les différences de la chaleur solaire et de la chaleur artificielle, nous engloberons sous le nom de coup de chaleur

les accidents produits par la chaleur naturelle ou artificielle, depuis les plus légers jusqu'aux plus graves.

L'action des rayons du soleil dans les pays chauds et pendant l'été des climats tempérés (le coup de soleil), se porte plus spécialement sur les centres nerveux, et comme l'a justement fait observer M. le Dr Lacassagne, les accidents consécutifs à cette impression dénotent des troubles de la circulation cérébrale. L'insolation qui peut s'observer partout serait plus fréquente dans les climats tempérés, tandis que le coup de chaleur serait plus spécialement l'apanage des pays chauds, ce dernier, au dire du même auteur, pouvant frapper, non seulement les hommes qui n'ont pas été exposés à l'action directe des rayons solaires, mais encore ceux qui sont soumis à une source puissante de calorique, ainsi qu'il arrive aux ouvriers se livrant à des professions à haute température.

L'anatomie pathologique démontre que dans les cas, soit d'insolation, soit de coup de chaleur, les lésions se présentent dans le cerveau et ses enveloppes, en général sous la forme d'une hyperhémie intense des sinus et des veines, parfois d'un épanchement sanguin entre la duremère et la boîte osseuse crânienne, et d'une injection plus ou moins prononcée de la substance grise, L'a utopsie bien connue des deux sous-officiers qui succombèrent à la suite de la Re\ue deLongchamps le 1er juilleL 1877, fitconstater une congestion étendue des méninges avec foyers apoplectiques disséminés dans le tissu cérébral. A côté de ces cas d'une brutale promptitude, nous devons classer les cas de chaleur moins intense, mais répétée. Tous les chauffeurs, tous les gens exposés à la chaleur, ne meu- Darricarrèrfi 4

rent heureusement pas des effets immédiats du coup de chaleur ou de l'insolation, mais le phénomène morbide pour en être plus lent n'en existe pas moins, le pronostic pour n'être pas immédiatement dangereux n'en est pas moins réservé et parfois sérieux ; et si une exposition à une chaleur intense a pu produire et produit assez fréquemment une congestion de la masse cérébrale et de ses enveloppes, cette même modification peut se produire ii la longue, sans ictus, par des expositions répétées; avec absence du contre-coup plus ou moins grave parfois mortel qu'il a été possible d'observer dans certaines insolations. Ce simple exposé nous fait comprendre comment à côté des personnes à professions de haute température on peut et on doit même ranger celles qui d'une façon fréquente sont exposées à des foyers de chaleur naturelle (insolation légère et coup de chaleur léger, ou même simple congestion par calorique). C'est là, croyons-nous une source puissante de congestion encéphalique, qui jointe à d'autres ne doit pas être absolument négligée, et doit entrer en ligne de compte comme cause déterminante de l'affection qui nous occupe. Telle est, ce nous semble, la vraie façon de comprendre l'action climatérique au point de vue étiologique qui nous concerne.

Nous ne nous percions pas longtemps sur l'action du froid, les observations de paralysies générales dues aux congostions provoquées par cet agent nous sont inconnues ; nous pouvons cependant supposer que le froid peut parfois être invoqué à cause de son influence étiologique, étant donné que le grand froid peut produire la congestion du cerveau par refoulement du sang de la surface

vers la profondeur, et à ce titre produire la même action que la chaleur.

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