ACTE PREMIER
CLOTILDE
Tâchez donc d'être logique au moins, je vous le conseille. Il n'est pas probable que je quitte quelqu'un et qu'en rentrant chez moi je trouve un mot de lui.
LAFONT
Ouvrez ce secrétaire et donnez-moi cette lettre.
CLOTILDE
Vous plaisantez, n'est-ce pas?
LAFONT
Je n'en ai pas l'air.
CLOTILDE
Vous me soupçonnez alors ?
LAFONT
C'est plus probable.
U lui montre le secrétaire de la main.
Vous le voulez ? Vous l'exigez ? Vous me le commandez ?
C'est bien. HEUg cherche lentement, arec affectation, la poche de sa robe; elle en retira un mouchoir d'abord, un carnet et les clés; elle remet le carnet et le mouchoir; jeUnt les dès à la rolée.) Ouvrez VOUSmême^ (eIIo le quitte; il reste immobile, indécis, en rongeant son frein.)
Allons, ramassez donc et allez ouvrir. Quand on a commencé, on va jusqu'au bout. On montre qu'on est un
homme, (ll sa décide, se dirige rers les clés et se baisie ; le rejoignant.)
Prenez bien garde à ce que vous allez faire. Si vous touchez ces clés du bout des doigts... du bout des doigts... ce n'est pas moi qui le regretterai, ce sera vous;
LAFOIIT, il hésite) ramasse les clés el les lui donno.
Reprenez vos clés.
Pause pendant laquelle Clotilde ôte son chapeau et ses gants, se met chez elle. CLOTILDE.
Ça augmente, vous savez.
LAFONT
Qu'est-ce qui augmente?
CLOTILDE
Le mal est en progrès, je vous en avertis.
LAFONT
Qnel mal?
Je m'étais bien aperçue déjà que vous me surveilliez et je riais de la peine que vous vous donniez... si inutilement. Jusqu'ici cependant il n'y avait rien à dire. C'était de la jalousie, mais une jalousie aimable, qui flatte l'amourpropre d'une femme et dont elle s'amuseLïous venez de passer à l'autre, la jalousie stupide, grossière, brutale, celle qui nous blesse profondémenl et que nous ne pardonnons jamais deux foisj Recommencerez-vous ?
LAFONT
Clotilde?
CLOTILDE
Recommencerez-vous?
LAFONT
Non.
CLOTILDE
A la bonne heure.