CHAPITRE TREIZIEME
L'Ermitage de Notre-Dame de Grâces
À quelque distance de la chapelle de Notre-Dame de Grâces, sur un coteau à pente douce, l'œil distingue à travers le feuillage touffu de vignes sauvages très vigoureuses, une maison d'apparence plutôt modeste, entourée d'une large véranda. C'est l'Ermitage de Notre-Dame de Grâces. Tout auprès, du côté ouest, se trouve une petite construction à deux étages, à laquelle on a domné, par une sorte d'imitation monastique assez éloignée, le nom de " noviciat ".
En face de l'Ermitage, se déroule un terre-plein, où les iris, les roses, les lys, les pivoines, et autres fleurs, s'épanouissent à tour de rôle, pendant tout l'été, en répandant leurs doux parfums. Au centre, s'élève une statue de l'Immaculée Conception.
Des arbres fruitiers de différentes espèces, tels que pommiers, pruniers et cerisiers, croissent ça et là dans le jardin potager, et courent des deux côtés d'une allée appelée "allée de la prière". Chaque printemps, ces arbres, de même que les vignes sauvages, se couvrent de fleurs et embaument les alentours, pour donner, à l'automne, leurs fruits savoureux.
Une avenue bordée d'épinettes bien taillées, et ombragées d'une vigne luxuriante, monte du chemin du Roi vers l'Ermitage en dessinant au sommet deux courbes gracieuses. En arrière du bâtiment principal, se trouvent une laiterie-glacière, une remise, un hangar, etc.
Voilà l'Ermitage de Notre-Dame de Grâces avec ses dépendances. Il ressemble à ces petites villas italiennes semées, nous dit-on, au flanc des coteaux, et perdues sous d'abondants feuillages.
Mais pénétrons à l'intérieur de ce lieu de repos où nous appelle le sourire accueillant du propriétaire.
En entrant, à droite, nous apercevons la bibliothèque. Les livres ne sont pas nombreux, mais bien choisis; théologie, philosophie, histoire, littérature, poésie, tout s'y trouve. Un harmonium attend les musiciens. Au mur pendent deux anciennes peintures représentant Notre-Seigneur et sa sainte mère. A gauche, est la salle de lecture, puis la salle à dîner. La vue est attirée par un pieux tableau de Saint- Antoine-de- Padoue, fait à Rome par Pasqualoni, puis par une très jolie nature morte, représentant des fruits, due au pinceau de Ippolito Zapponi, par des photographies avec autographes de Pie IX et de Léon XIII, auxquelles s'ajoutent des photographies de Mgr Benjamin Paquet et de son frère l'abbé Louis-Honoré l, etc L>. Des inscriptions latines, appropriées, se lisent sur le haut de chaque porte 3. La cuisine elle-même offre à la méditation des ménagères des sentences écrites en français, propres à élever le regard vers Dieu.
Au deuxième étage est une suite de chambres confortables, où les hôtes de Notre-Dame de Grâces goûtent l'hospitalité la plus aimable, comme la plus complète. Chaque
i. Les Sœurs Franciscaines missionnaires de Québec ont eu l'heureuse idée de grouper en un tableau plusieurs photographies de leur regretté aumônier, le représentant aux différentes époques de sa vie depuis son temps d'écolier jusqu'à ses dernières années. Des copies de ce tableau ont été distribuées aux parents.
2. Parmi les autres souvenirs on remarque la photographie d'une statue de Lacordaire donnée à Mgr Paquet, le 10 septembre 1865, par le comte de Falloux, à son château de la Maboulière.
3. L'une de ces inscriptions se compose de cette gracieuse invite des Livres Saints: Transi, hospes, et orna mensam.
L'Ermitage de Notre-Dame de Grâces.
chambre est sous le patronage d'un saint dont elle porte le nom, et ici encore, des inscriptions latines prêtent matière à la méditation et à la réflexion. Toutes ces pièces sont bien ensoleillées.
Voici en quelques mots l'histoire de l'Ermitage de Notre- Dame de Grâces :
Pendant de longues années, les abbés Paquet passèrent leurs vacances chez leur frère Et. -Th. Paquet, dans la vieille habitation dont nous avons parlé plus haut, et qui est comme la maison-mère, à Saint-Nicolas, de la famille Paquet. Lorsque M. Théo Paquet mourut, l'idée vint à Mgr Benjamin de se construire à lui-même une maison, en arrière de la chapelle, pour le temps de la villégiature. Des arrangements furent pris à cet effet avec Madame veuve Théo Paquet, et, dans l'été de 1890, le nouvel édifice fut construit. Mgr Benjamin Paquet commença à habiter sa maison l'année suivante.
Dans l'éloge funèbre que Mgr Laflamme a fait de ce dernier, il parle en ces termes de l'Ermitage et de la vie qu'on y menait :
Mgr Paquet aimait beaucoup à y recevoir les écoliers et les ecclésiastiques, surtout, parmi ces derniers, ceux qui ne touvaient pas facilement un endroit convenable pour leurs vacances. On menait là une vie fort régulière. Mais la règle ne rappelait guère que par le nom celle du Grand Séminaire. Du moment qu'on avait accompli ses devoirs quotidiens envers Dieu, le reste du temps était libre, et chacun l'employait à sa guise. C'était un peu la large hospitalité anglaise, pour laquelle le premier principe est de mettre son monde à l'aise, et de laisser tous les hôtes parfaitement maîtres de leurs
mouvements. En fait de politesse, il est difficile d'en imaginer lus aimable.
ces vacances du Seigneur de l'Ermitage, il fait bon de retrouver toujours une note qui domine toutes les autres, celle qui avait été (Tailleurs la caractéristique de toute sa vie: je veux dire, une tendre et profonde piété. Les inscriptions multipliées partout à l'intérieur du manoir et dans les allée- des parterres, respiraient la piété la plus délicieuse. L'a\ enue dite de la prière est à elle seule une merveille à ce it de vue.
Mgr Paquet eut sans doute protesté contre le mot " manoir ", appliqué à son nouveau logis. Il le voulut modeste, et on y lit en effet, au frontispice, ces mots qui en disent bien la nature : Pan \ magna quics. Mgr Benjamin Pa-
quet passa une dizaine de vacances à l'Ermitage de Xotre- Dame de Grâces; toutefois, le Petit Cap l'attirait encore souvent. L'abbé Louis-Honoré, son frère, et Mgr Louis-
lolphe, son neveu, y avaient leurs chambres. Le premier montait à Saint-Nicolas dau^ le mois de septembre, temps de la chasse à la perdrix; le second était plus assidu: il a profité de cette aimable solitude pour composer une partie de ses ouvrages théologiques. Pendant que le neveu se repliait sur ses livres, l'oncle Benjamin s'employait à égayer ses hôtes qui étaient nombreux, et à leur rendre la vie aussi commode qu' agréable.
Beaucoup de séminaristes, sur l'invitation de celui qui était alors soit leur supérieur, soit leur directeur, se plaisaient à fréquenter l'Ermitage. Nous avons retrouvé le règlement peu sévère et copié sans doute sur celui du Petit Cap, qui gouvernait ces douces journées d'été:
Article Ter: à l'Ermitage on fait sa religion.
Article 2e: à l'Ermitage, on s'amuse.
Parmi les ecclésiastiques de tout âge et de tout rang que
Mgr Benjamin Paquet eut le plaisir de recevoir chez lui 4, nous relevons les noms de Mgr L.-X. Bégin, aujourd'hui son Eminence le cardinal Bégin, de Mgr T.-E. Hamel, ancien recteur de l'Université, des abbés Mathieu et Dugal, aujourd'hui Mgr Mathieu et Mgr Dugal, du Rév. Oct. Audet, aumônier de Sillery, de l'abbé Ant. Gauvreau, curé de Saint-Roch, des abbés Lindsay, Arsenault, Laflamme, Halle et Beaulieu, aujourd'hui chanoines, des abbés Georges Côté, curé de Sainte-Croix, Alfred Paquet, curé de Sainte- Hénédine, Nazaire Paquet, curé de Saint-Apollinaire, Eloi Laliberté, curé de Sainte-Marguerite, C.-A. Collet, ancien supérieur du collège de Sainte- Ainne, des abbés Alb. Lemay, Çhrys. Desrochers, Jos. Mercier, Robert Lagueux, Edm. Paradis, Alb. Rouleau, Aristide Magnan, H. -A. Scott, A.- E. Gosselin (aujourd'hui Mgr Gosselin), Frs Pelletier (aujourd'hui Mgr Pelletier), Alf. Morissette, Eug. Carrier, Jos. Roy, Ad. Garneau, Elz. Voyer, A. Aubert, Jos. Labrecque, W. Clavet, Ls Gosselin, Ovide et Albert Godbout, L. Boulanger, Arth. Robert, Alf. Langlois, Phil. Côté, Jos. Turgeon, Arth. Lapointe, du Provincial des Franciscains, le T. Rév. Père Léonard, des RR. PP. Colomban et Frédéric, O. F. M., des abbés L.-J. MacPherson, et Alex. McDonald (aujourd'hui évêque de Victoria), de l'abbé P.-E. Roy (aujourd'hui Mgr Roy, archevêque de Séleucie et auxiliaire de Québec), de l'abbé D. Garon, curé de Saint-Etienne, des abbés Bureau, Marquis et Page, anciens curés de Saint-Nicolas, etc. Plusieurs autres noms nous échappent.
Parmi les laïques qui vinrent visiter Monseigneur Paquet dans son Ermitage, nommons particulièrement Sir A.-B.
4. Monseigneur recevait aussi quelques écoliers, surtout ceux à qui il portait un spécial intérêt. L'un d'entre eux, dont il appréciait les brillants talents, est aujourd'hui professeur de théologie à l'Université Laval.
Routhier, orateur et littérateur très distingué, les docteurs Turcot et Catellier, MM. Barth. Verret et J.-M. Tardivel 5, de Québec, le notaire Maurice Duchesnay, père de l'abbé Henri Duchesnay, M. Jules N. Paquet, le Dr Chs Morin, le notaire H. Boisvert, le Dr Legendre, etc., sans compter les membres de la famille. Tous les dimanches, les deux frères de Mgr Benjamin, Adolphe et Théodule, venaient prendre un repas avec lui. Monseigneur revivait alors cette vie de famille qu'il aimait tant, et dont il appréciait, chez nos gens de la campagne, les très nombreux avantages.
Trois fois, le Grand Séminaire de Québec fit le voyage de Saint-Nicolas pour visiter Mgr Paquet. Mentionnons l'excursion qui eut lieu le 24 septembre 1890, à l'occasion du service anniversaire de l'abbé Louis Olivier. Le " Courrier du Canada" en donne le compte-rendu suivant:
Immédiatement après le service, prêtres et séminaristes, sur l'invitation de Mgr Paquet, se sont rendus à sa résidence, élégante maison d'été qu'il vient de faire construire près de sa chapelle, déjà connue du public sous le vocable de Notre-Dame de Grâces. Là, un copieux repas attendait les excursionnistes, qui, fidèles à l'appel, réparèrent promptement leurs forces au milieu de la plus franche et de la plus aimable gaieté. Dans le même temps, l'honorable M. Paquet et Mme Paquet avaient bien voulu convier à leur table les prêtres les plus anciens, parmi lesquels se trouvaient M. l'abbé Audet, chapelain de Sillery, Monsieur Bureau, de Saint-Nicolas, M. Robin, de Saint-Antoine, et M. Roy, de Saint-Etienne.
Pour compléter la fête, ce grave et imposant clergé n'hésita pas à faire irruption dans le superbe verger de Mme Vve
5. M. Tardivel, peintre-décorateur, dont Mgr Ben j. Paquet avait béni le mariage, voulut bien, à plusieurs reprises, mettre son art et sa bonne volonté à la disposition du propriétaire de l'Ermitage. L'Ermitage lui doit toutes ses inscriptions.
E.-T. Paquet, sans contredit l'un des plus riches et des plus étendus de la Province, et Dieu sait combien de victimes tombèrent sous les coups de si étranges agresseurs !
Avant de reprendre la route de Québec, tout le monde s'est réuni dans la chapelle de Notre-Dame de Grâces, afin d'y remercier Dieu des bienfaits d'une si belle journée. Ce pieux sanctuaire, magnifiquement décoré, charmait tous les regards par l'élégance de sa forme, la variété de ses statues, la perfection! de ses tableaux, et surtout par les délicates proportions de son autel. Un hymne à la Ste-Vierge, chanté par les séminaristes avec un admirable entrain, répété au loin par l'écho de ces voix puissantes et enthousiastes, produisit le meilleur effet. On vénéra ensuite une relique de la Bonne Ste-Anne.
De là, nos voyageurs, favorisés tout le jour par un temps magnifique, descendirent à pas mesurés vers l'église paroissiale où, sur la demande du Révd. M. Bureau, Mgr Paquet donna la bénédiction solennelle du Saint-Sacrement. C'était le couronnement de cette splendide journée.
Jamais les élèves du Grand Séminaire de Québec me perdront le souvenir des joies et des agréments qu'on leur a procurés dans ce riant voyage, de l'hospitalité cordiale qui leur a été offerte, et de l'exquise politesse avec laquelle on les a reçus. '
Qu'il leur soit permis d'offrir leurs remerciements les plus sincères, les plus vifs et les plus empressés, à Mgr Paquet d'abord, organisateur de cette fête, puis à Mme Vve E.-T. Paquet, à l'honorable M. Théodore Paquet et à sa digne épouse qui ont été pour eux d'une si grande obligeance, ainsi qu'à M. Angus Baker, capitaine du Pèlerin.
Ces choses-là ne s'oublient pas!
La deuxième excusion eut lieu le 27 septembre 1894. Les " Annales de l'Ermitage " en font mention comme suit :
A 7 heures du matin, les élèves du Grand Séminaire, sous la direction de leur assistant, M. l'abbé Louis-Adolphe Paquet, accompagnés du R. P. Hébrard (prédicateur de la re-
traite), des RR. MM. Oct. Audet, H.-R. Casgrain, Alf. Morissette, R. Lagueux, A. Boilard, Jos. Gingras, Ph. Fillion, Alf. Paré et Cam. Roy, prenaient place à bord du " Rhoda ", en route pour l' Ermitage de Notre-Dame de Grâces, afin, disaient-ils, d'y aller chanter le deuxième " Te Deum " de la retraite. Le temps, d'abord incertain, se rasséréna bientôt. Quelle gaieté sur toutes les figures! Durant le trajet, on eût pu voir maints séminaristes, devançant l'avenir, jeter un regard inquisiteur sur les rives souriantes du grand fleuve, et y chercher le hameau où paissent leurs futures brebis ! Au bout d'une heure, on était au quai, puis, trois quarts d'heure plus tard, à l'Ermitage.
Les drapeaux flottent partout au gré de la brise; Notre- Dame de Grâces est dans toute sa splendeur. Les fleurs du parterre jettent leurs meilleurs parfums. On a transformé la cour en vaste réfectoire, ombragé de sapins verdoyants, pour recevoir ces hôtes distingués au nombre de 70 et plus! Déjà se dessine " l'allée de la prière " que Mgr Benjamin est à préparer pour le plus grand bien de ses ermites , et où l'on pourra goûter comme les délices d'un nouvel Eden.
Après quelques mots de bienvenue de la part de Monseigneur, une partie de foot-ball s'engage dans le champ voisin. Il faut voir MM. les Anglais se ruer sur nos petits Canadiens ; mais ceux-ci ont du nerf et savent tirer leur épingle du jeu. A n.30 h., la cloche sonne: c'est le dîner. Personne n'est sourd à l'appel. Au dessert, Mgr Paquet propose la santé du Pape, et un chœur d'élèves, sous la direction de l'abbé Eug. Laflamme, chante avec entrain 0 rein us pro Pontifice; puis le canon gronde, et nous dégustons l'excellente " liqueur des Ermites ". Mgr Benjamin Paquet, en termes délicats, propose ensuite la santé de la France et du R. P. Hébrard. Celui-ci répond avec émotion, et son émotion redouble quand le chœur entonne cet enlevant morceau,"France ! France!" lequel est suivi du "Combat naval''.
Après le dîner, excursion générale sur la côte et dans le verger de Mme Veuve E.-T. Paquet. Comment dire ce qu'il s'est mangé alors de fruits défendus!
A deux heures, les visiteurs se réunissent à la chapelle de Notre-Dame de Grâces pour y vénérer la relique de Sainte-
me et chanter un salin solennel. Puis, faisant leurs adieux à celui qui les a si bien reçus et leur a témoigné tant de bonté, ils reprennent le chemin de la ville, emportant dans leur cœur de doux et agréables souvenirs. C'est le soir d'un beau jour !
La troisième excursion des élèves du Grand Séminaire, à l'Ermitage de Notre-Dame de Grâces eut lieu l'année suivante (sept. 1895), également au sortir de la retraite annuelle. Le dîner se prit dans l'avenue de la prière, mais fut un peu gâché par le mauvais temps : ce qui ai' empêcha pas la gaieté de rayonner sur toutes les figures °.
Mgr Paquet aimait beaucoup les petites fêtes et les illuminations organisées à l'occasion de quelque circonstance religieuse. Il mettait à profit, pour cela, les talents et le bon vouloir des séminaristes qui étaient ses hôtes.
•us mentionnerons spécialement l'illumination préparée pour la fête de l'Assomption du 15 juin 1894. Cette soirée religieuse fut sans contredit l'une des plus belles que l'on ait vues depuis la fondation de Notre-Dame de Grâces.
TCne double rangée de lanternes chinoises bordaient l'avenue qui conduit à la maison. Ça et là de petits lampions multicolores, habilement disposés sur le gazon, sur les piédestaux des pots de fleurs et ailleurs, répandaient une douce lumière, et semblaient comme autant d'étoiles tombées des cieux. L'Ermitage, lui aussi, étincelait de mille feux. Sur la
6. Notons ici que, le 13 juin tqoi, sous la direction du très révérend C.-E. Carrier, alors supérieur du Collège de Lévis, les prêtres et les élèves de ce collège firent eux aussi une excursion à l'Ermitage de Xotre-Dame de Grâces, et qu'ils y furent reçus avec plaisir et empressement par Mgr L.-A. Paquet.
façade de la maison, on avait placé le tableau de Notre- Dame du Bon Conseil, surmonté de l'inscription : Assuwpta est. Puis, une jolie couronne tressée de courants champêtres et enguirlandée de lumières, ornait gracieusement la statue de l'Immaculée Conception, tandis que grand nombre de drapeaux livraient leurs plis aux caprices de la brise.
Pendant l'illumination, les chantres habituels de Notre- Dame de Grâces, groupés autour de l'harmonium au, bas du coteau, interrompaient, de temps à autre, les gais propos de la foule attirée par ce spectacle, en chantant tantôt le Salve Regina, tantôt Y Ave Maris Stella, ou quelque cantique à la Sainte Vierge. Ajoutons à cela des détonations d'armes à feu, des feux de Bengale, même le jeu lumineux de quelques pièces pyrotechniques.
Vers le milieu de la soirée, Mgr Paquet s'avançant vers la foule, exposa en quelques mots l'origine miraculeuse de la dévotion à Notre-Dame du Bon Conseil, dévotion propagée par le gracieux tableau de ce nom. Enfin, pour clore la fête, l'on se rendit à la chapelle où il y eut prière et chant en l'honneur du Saint-Sacrement.
Au début de l'année 1895, Mgr Paquet fit terminer P" allée de la prière ". L'annaliste de l'Ermitage la décrit telle
qu'elle paraissait alors :
Cette avenue, ouverte par un arc superbe en cèdre du Liban 7, bordée de deux rangées d'arbres et de fleurs, enrichie
7. Aujourd'hui, cet arc est entièrement recouvert d'une vigne sauvage dont la feuillée aussi riche qu'abondante est de toute beauté.
des inscriptions les plus heureuses tirées soit de l'Ecriture Sainte, soit des saints Pères et se rapportant toutes à la prière, terminée de pins par un charmant kiosque sur une hauteur qu'entourent d'élégantes fortifications et qui a reçu le inoin de " Mont Carmel ", sans doute à cause de l'image de Notre-Dame du Carmel exposée à l'intérieur du kiosque et que Mgr a lui-même rapportée de Carmel lors de son pèlerinage en Terre Sainte, cette avenue, dis-je, qui a reçu le nom de " Via orationis ", fait l'admiration de tous ceux qui la voient, et plus particulièrement de ceux qui ont le privilège, soit d'y réciter le. chapelet, le soir, soit d'y faire leur méditation le matin, au milieu du gazouillement des oiseaux et des doux murmures d'un ruisseau qui coule tout le long de l'allée, et qui va porter ses eaux cristallines jusqu'au fleuve.
Durant le mois de juillet de cette année 1895, Mgr L.-N. Bégin, alors archevêque de Cyrène, fit à l'Ermitage l'honneur d'une visite. Ce fut grande fête ce jour-là. Mgr Paquet présenta à l'illustre prélat les membres de sa famille. Un jeune enfant 8 remit cà Sa Grandeur un joli bouquet, puis lut une adresse fort bien tournée : " Je ne suis pas encore un vieillard, disait l'enfant, cependant, il y a longtemps que j'entends prononcer votre nom avec respect par mes parents et mes grands-parents. Votre souvenir, Monseigneur, est demeuré vivace dans la mémoire de tous ceux qui ont eu l'avantage de vous connaître, lorsque, il y a 27 ou 30 ans, vous honoriez ces lieux de votre présence, etc. "
Monseigneur Bégin répondit en exprimant toute sa satisfaction, et bénit l'assistance. Il voulut bien ensuite procéder à la bénédiction solennelle de l'avenue de la prière et du Mont-Carmel, qui se fit au chant du Magnificat. Après quoi il y eut illumination, feux d'artifice, réveillon, etc.
8. Théodore Paquet, fils de Thon. M. E.-T. Paquet, aujourd'hui le lieutenant-colonel Paquet.
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De 1895 a 1898, Mgr Benjamin revint assidûment passer les vacances à l'Ermitage, s'attachant de pins en pins à ce coin du sol natal, embellissant, chaque été, soit la chapelle, soit les parterres, soit les allées de sa chère résidence de Notre-Dame de Grâces.
Les visiteurs accoutumés se faisaient une joie de lui tenir compagnie et de jouir de sa bonne hospitalité. Mgr Paquet savait intéresser ses hôtes, non seulement par la cordialité avec laquelle il les recevait à sa table et leur faisait les honneurs de sa maison, mais encore par sa conversation si agréable et parfois si piquante et par ses récits de voyage où se révélait sa mémoire très fidèle et son grand esprit d'observation. Lui-même jouissait du plaisir qu'il causait aux autres. Et les séminaristes qu'il invita et reçut chez lui, lui en gardèrent toujours une vive reconnaissance.
A la fin des vacances de l'année 1899, -^ST Paquet laissa l'Ermitage plus tôt et avec plus de regrets que par le passé. Etait-ce un pressentiment de sa fin prochaine? Cette fin ne devait pas tarder.
Nous lisons, en effet, dans les annales de 1900: "Pourquoi faut-il que nos joies se changent en tristesse et que les plus beaux jours se voilent de deuil? Une tâche bien pénible s'impose aujourd'hui à l'annaliste de Notre-Dame de Grâces: celle d'enregistrer la mort du prélat vénéré dont le nom se retrouve à chaque page de ce volume, parce qu'il fut l'auteur de toutes les œuvres et l'âme de tous les événements qui y sont rapportés. Mgr Benjamin Paquet est mort au Séminaire le 25 février 1900, etc. "
Par le décès de Mgr Paquet, l'abbé Louis-Honoré Paquet, sou frère, et l'abbé Louis- Adolphe Paquet, sou neveu, entrèrent conjointement dans la possession et la jouissance de l'Ermitage et de la chapelle de Notre-Dame de Grâces. Et depuis la mort de l'abbé Louis-Honoré, survenue en 191 5, Mgr Louis-Adolphe est seul maître de ce lieu de villégiature, lequel, entre ses mains, n'a pas changé substantiellement.
La discrétion ne nous permet pas d'entrer ici* dans plus de détails. Constatons seulement, que le propriétaire actuel de l'Ermitage habite assez régulièrement cette résidence d'été, située en sa paroisse natale et disposée d'une façon conforme à ses goûts d'études et de tranquillité, et que le registre de la maison se couvre chaque année de plusieurs noms d'amis ecclésiastiques et laïques heureux de l'accueil bienveillant qu'ils reçoivent.
Nous connaissons nous-mêmes par expérience cet accueil, et nous faisons des vœux pour que les portes de cette hospitalière maison s'ouvrent longtemps encore, au gré des parents et amis qui ont, chaque été, le plaisir d'en franchir le seuil. Les quelques mois que nous avons passés à l'Ermitage compteront sûrement parmi les meilleurs de notre vie.
Puisse le souvenir réconfortant de la douce madone de Notre-Dame de Grâces, et des joies qu'elle répand autour d'elle, rester gravé à jamais dans nos cœurs!