Jules N. Paquet, Annales cit
En 1886, la chapelle subit des réparations assez considérables. M. Jules Paquet, un des bienfaiteurs de la chapelle, se chargea de faire exécuter les travaux. Le toit fut peinturé, la grande croix redorée, les contreforts sablés, le perron et le trottoir refaits à neuf.
La cloche que l'on voit sur la sacristie a été bénite au mois d'août 1893, par Mgr Benjamin Paquet, assisté de son neveu l'abbé L.- A. Paquet. En même temps, fut bénite la statue de l'Immaculée Conception qu'on voit encore aujoud'hui en face de l'Ermitage. MM. les abbés J."A. Bureau, curé de Saint-Nicolas, et Oct. Audet, de Sillery, le Capt. Baker, M. P. P., le Dr Marin, MM. Régis et Alph. Croteau, de Québec, assistaient à cette fête qui avait réuni une foule nombreuse. Mgr Benjamin fit une courte allocution. Les parrains et marraines furent l'hon. E.~T. Paquet et Madame Paquet, M. Xazaire Gingras, préfet du comté de Lévis et Mme Gingras, M. Guillaume Croteau et Mme Alphonse Paquet, M. Ignace Paquet et Mme Vve E.-T. Paquet, M. Alfred et Mme Martineau, M. Théodule Paquet et Mme Benj. Paquet.
En 1896, la chapelle s'affermit sur un s@lage nouveau, et elle s'agrandit même par une petite sacristie élevée au côté droit, dans le style du reste de l'édifice.
En 1897, fut construit le portique qui s'avance vers le chemin, et qu'on jugea nécessaire pour rendre plus spacieuse la chapelle devenue trop étroite en certaimes solennités.
C'est aussi vers cette époque que Mgr Benj. Paquet installa dans sa chapelle un modeste chemin de croix, portant indulgences.
Depuis que le fondateur de ce sanctuaire est décédé 14,
14. Deux marbres ont été fixés, par les soins de M. l'abbé L.-H. Paquet, aux murs de la chapelle : l'un à la mémoire du fondateur, Mgr
Mgr L.-A. Paquet s'est efforcé de conserver dans toute son intégrité cette œuvre de foi si chère à la famille, et qui est un ornement remarquable pour la paroisse.
Enfin, cette année 1918 étant le cinquantième anniversaire de l'érection de la chapelle de Notre-Dame de Grâces, la famille Paquet n'a pas cru devoir laisser passer cette date sans la marquer par de pieuses réjouissances.
Nous empruntons à un témoin oculaire, M. l'abbé Eug. Pâquet-Brière, petit" neveu de Mgr Benj. Paquet, le compte rendu de cette fête :
" Lundi, le 19 août 1918, était célébré, à Saint-Nicolas, le 50e anniversaire de la fondation de la chapelle de Notre- Dame de Grâces. En effet, c'est en 1868, c'est-à-dire il y a cinquante ans, que Mgr Benjamin Paquet fit construire ce joli oratoire par reconnaissance envers la très sainte Vierge. Le chapelain actuel de la chapelle, Mgr L.-A. Paquet, ne voulut pas laisser passer inaperçu ce cinquantenaire. Pour honorer la Mère de Dieu et la remercier de ses faveurs, et, en même temps, comme il le dit lui-même, pour faire ce qu'aurait fait l'illustre fondateur de la chapelle s'il eût vécu, il résolut de préparer une fête de famille, à laquelle toutefois la paroisse serait invitée à prendre part. Avec le concours de quelques parents et surtout de Monsieur et Madame Hor* misdas Magnan, il organisa, pour le lendemain de la solennité de l'Assomption, une journée de réjouissances qui eut le plus vif succès. Une riche décoration de drapeaux et d'ori-
Benjamin, l'autre à la mémoire des deux principaux bienfaiteurs, M. Et.-Th. Paquet et son épouse.
flammes ajoutait à la beauté architecturale du sanctuaire, et aux charmes du paysage. Le chemin public était pavoisé sur un parcours de trois arpents. Le ciel nous favorisa d'une température délicieuse. La fête devait avoir trois actes: i° un pèlerinage; 2° un dîner champêtre; 30 une manifestation religieuse en plein air.
" Tout d'abord, les paroissiens de Saint-Nicolas firent, ce j'ourlà, leur pèlerinage annuel à Notre-Dame de Grâces. Dès 7 h. du matin, un grand nombre de fidèles s'acheminaient pieusement de l'église paroissiale vers la petite chapelle. Le vénérable curé de la paroisse, M. l'abbé Cantin, les dirigeait, et la bannière des Enfants de Marie, portée avec un religieux respect, ouvrait la marche. La chorale de l'église chantait des hymnes à Marie. A leur arrivée, l'un des chantres de Note-Dame de Grâces, M. Alph. Paquet, entonna, suivant la tradition, Triomphes, Reine des cicux. Monsieur le curé chanta la messe de l'Assomption : plusieurs prêtres étaient présents. Presque tous les fidèles communièrent. Et, après la messe, Mgr Paquet fit vénérer une précieuse relique de Sainte- Anne. Pendant ces cérémonies, des cantiques appropriés furent chantés, sous l'ombrage des grands arbres, avec accompagnement d'harmonium par M. Benj. Paquet et de violon par M. H. Magnan. L'office termine, la procession reprit son cours vers l'église paroissiale. Le premier acte de la fête était fini.
'A 6 h. du soir, sur l'invitation de Mgr Paquet, une foule de parents et d'amis, parmi lesquels on remarquait, à part le curé de la paroisse, MM. les chanoines Halle et Beaulieu, M. le Commandeur C.-J. Magnan, M. l'abbé Alfred Paquet et son frère Monsieur Jules, MM. les abbés Albert Godhoiît, curé de Saint-François d'Assise, Cyrille Gagnon et Arthur Maheux, du Séminaire, Alphonse Gagnon de Archevêché, le docteur Gingras, de Charny, et son épouse,
les docteurs Albert et Achille Paquet de Québec et leurs épouses, se réunissaient à l'Ermitage, ou mieux aux abords de l'avenue de la prière; pour prendre le dîner. Ce réfectoire champêtre, orné de drapeaux, entouré de sapims odorants, et au-dessus duquel se détachaient deux belles photographies, Tune de Mgr Benj. Paquet, l'autre de son frère, l'abbé Louis- Honoré, présentait un magnifique coup d'œil. Pendant le banquet où abondaient des mets exquis et délicats, M. Benjamin Paquet, accompagné par sa fille Juliette, chanta avec beaucoup d'effet la Prière des blés d'or. Après le café, M. Alphonse Paquet, accompagné par sa fille Mariette, chanta à son tour de sa voix vibrante Notre chez nous de Larrieu, avec refrain par un chœur de jeunes gens et de jeunes filles. Puis Mgr Paquet prit la parole. Nous reproduisons en substance quelques unes de ses remarques qui émurent profondément l'auditoire :
Il y a cinquante ans, cet été, que notre chapelle, dédiée à la Sainte Vierge sous le vocable de Notre-Dame de Grâces, a été construite. Nous avons cru qu'il convenait de marquer cet anniversaire par des réjouissances qui, sans être paroissiales, sortiraient un peu du cadre des fêtes strictement privées.
Que de souvenirs ces cinquante années de Notre-Dame de Grâces évoquent en mon esprit !
J'avais neuf ans, quand ce pieux oratoire a été érigé. J'en ai vu les matériaux se préparer, s'assembler, et se dresser selon toutes les formes gothiques empruntées aux meilleurs chefs d'eeuvre de l'Europe. J'ai assisté aux premières messes qui y ont été dites, et j'y ai rempli les fonctions de servant pendant tout mon temps d'écolier. Puis, plus tard, lorsque Dieu a daigné m'élever au sacerdoce, j'ai commencé, Tété, d'y célébrer moi-même le Saint Sacrifice; ce que je fais (sauf des absences plus ou moins fréquentes) depuis trentecinq ans. Je puis donc dire que mon existence s'est identifiée, pour une bonne part, avec celle de la chapelle.
Mais la circonstance qui nous réunit ce soir, dépasse de beaucoup mon humble personne.
Cette chapelle de Notre-Dame de Grâces a été associée à presque tous les événements, joyeux ou douloureux, qui sont entrés dans l'histoire de notre famille depuis cinquante ans. Elle a retenti du chant de nos joies. Elle a vibré du cri de nos espérances. Elle a mêlé ses prières et ses deuils à nos larmes et à nos sanglots. Elle a été très souvent pour nous, parfois même pour toute la paroisse, la source des grâces les plus précieuses et le principe des consolations les plus durables.
Voilà, certes, des titres bien suffisants pour nous la rendre à jamais chère et sacrée.
Et ce centre de grâces, de consolations et de bénédictions, où a-Hl été érigé? sur cette terre qui, depuis plus de cent cinquante ans, représente pour nous le domaine ancestral, qui a bu les sueurs de nos aïeux, qui a été le théâtre de leurs premiers travaux, qui s'est agrandie, enrichie, embellie par leurs soins. Il a été construit juste en face de la maison des ancêtres, et comme une de ses dépendances ; à deux pas de ce logis vénérable d'où s'échappent les voix du passé, voix d'honneur, voix de courage, voix de piété, voix de sacrifice.
Je ne voudrais pas, Messieurs, me livrer à un vain sentimentalisme. Mais laissez-moi vous avouer qu'à la pensée de ce qui s'est fait ici, au spectacle de la vieille demeure habitée par nos pères, des prairies labourées et sillonnées tant de fois par eux. de ces coteaux d'où leurs mains actives tirèrent tant de richesses, de ces bois sur lesquels semblent planer leurs ombres et leur souvenir, oui, au spectacle et à la pensée de tout cela, l'émotion gagne mon cœur. Je vois défiler sous mes yeux cinq générations de femmes pieuses et vaillantes, d'hommes honnêtes, intelligents et industrieux, et je sens le besoin d'associer leur mémoire, mémoire modeste sans doute, mais synonyme de foi. de vertu et de labeurs, à l'événement religieux que nous célébrons ce soir.
C'est leur saaig qui a passé dans notre sang. C'est leur âme qui a façonné notre âme. Ils dorment à l'ombre du clocher natal que nous voyons d'ici: mais leur œuvre vit et prospère. Xous avons le devoir, nous leurs fils, leurs petitsfils, et leurs arrière-petits-fils, de leur accorder en ce moment dams nos pensées une place d'honneur.
Invitons-les à se joindre à nous pour remercier Dieu d'avoir béni, maintenu et fécondé la lignée de notre famille qui, sans être l'urne des plus anciennes dans cette paroisse même, remonte cependant aux premiers temps de la colonie ; pour remercier la Très Sainte Vierge d'avoir agréé l'hommage d'un Sanctuaire consacré ici à son honneur, et d'y avoir prodigué, pendant un demi-siècle, à ses enfants, les marques de la plus tendre et de la plus maternelle bonté.
Dans cet élan de notre reconnaissance, Messieurs, il est une figure vers laquelle montent instinctivement nos pensées et nos cœurs : c'est celle du fondateur de la chapelle et de l'Ermitage de Notre-Dame de Grâces, c'est la figure de Mgr Benjamin Paquet. Je n'ai pas ici à faire son éloge. Tous ceux qui l'ont connu ont été à même d'apprécier sa belle intelligence et son grand cœur. Je me contente de prononcer son nom dans les sentiments de la plus profonde gratitude, et d'exprimer le vœu que jamais son œuvre ne périsse.
Mgr Paquet s'était attaché de toute son âme à ce coin de sol natal. Il en goûtait, de plus en plus, la beauté simple et rustique. Il sentait que c'était un foyer : foyer générateur de vie, foyer conservateur de traditions, foyer évocateur des plus touchants souvenirs. Et il avait voulu entourer ce foyer de tous les bienfaits de son cœur et de toutes les libéralités de sa nature généreuse.
Nous avons cru répondre à ses propres désirs en organisant cette petite fête, et en vous conviant, ce soir, à ces modestes réjouissances, là même où cet oncle vénéré coula des heures si douces.
" En terminant, Monseigneur remercie cordialement les organisateurs de la fête, et tous les parents et amis qui sont venus assister au banquet et rehausser par leur concours l'éclat de la fête. Quelques-uns d'entre eux lui avaient offert une souscription pour la chapelle : il ajoute que cette somme sera employée à perpétuer le souvenir du cinquantenaire. Il formule finalement deux vœux : le premier, que le propriétaire actuel du domaine ancestral, M. Et. -Th. Paquet, parti
pour l'Europe avec le corps des soldats Laval, soit rendu sain et sauf à sa famille anxieuse ; le second, que dans cinquante ans, le centenaire de la chapelle soit célébré dignement.
' Immédiatement après le banquet s'ouvrait le dernier acte de la fête: une manifestation de foi, et d'hommage à Marie, en face de l'oratoire de Notre-Dame de Grâces. Une foule énorme s'y était rendue, couvrant tout l'espace libre des alentours. Des lanternes chinoises variées et habilement disposées répandaient une douce lumière.
;4 M. Benj. Paquet, dont la voix si belle me se lasse pas, chanta Célébrons le Seigneur, soutenu par la chorale ordi naire de la petite chapelle. Puis, M. l'abbé Maurice Laliberté, petit neveu de Mgr Benjamin Paquet, fit d'une voix chaude, et en termes excellents, un discours sur le culte dû à la Très Sainte Vierge. Il montra que les paroissiens de Saint-Nicolas avaient raison d'être dévots envers cette bonne Mère. Les bienfaits de Marie sont racontés et proclamés partout dans l'histoire, soit dans l'histoire universelle, soit dans celle du Canada, soit même dans l'histoire locale de la paroisse. Ce discours du jeune abbé produisit la meilleure impression, et il en fut vivement félicité. Suivit le chant solennel du Magnificat par M. Benj. Paquet et le chœur; après quoi, M. l'abbé Laliberté fit la prière du soir.
" Madame (Dr) Achille Paquet, qui est douée d'une fort jolie voix, voulut bien ensuite chanter le Credo de Faure ; ce qu'elle fit avec beaucoup de succès. Puis, M. le chanoine Halle, ancien hôte de l'Ermitage de Notre-Dame de Grâces, et orateur recherché de nos célébrations religieuses et patriotiques, fut invité à dire quelques mots. M. le chanoine s'acquitta de sa tâche d'une façon à la fois familière, instructive et apostolique. Il mous donna une vue d'ensemble de Phistoire de la chapelle. Il nous fit part de ses réminiscences
sur Mgr Benjamin et sur la vie si agréable, si joyeuse, et si édifiante, que ce prélat toujours regretté faisait jadis aux habitués de l'Ermitage. Il dégagea de la circonstance une leçon de foi et de piété propre à remuer les cœurs.
" Après ce discours de l'éloquent chanoine, M. Naz. Dion (fils) chanta Jadis la France sur nos bords avec refrain par le chœur. Puis, M. C.-J. Magnan fut appelé à prendre la parole. En termes émus et vibrants, l'orateur prononça une allocution à l'emporte-pièce que nous résumons brièvement :
En commençant son discours, il se dit heureux d'avoir été invité à prendre part à cette touchante fête du cinquantenaire de la pieuse et artistique chapelle de Notre-Dame de Grâces. Le but de la réunion n'est pas seulement de témoigner notre reconnaissance à la sainte Vierge, mais c'est aussi de rendre hommage à la mémoire des ancêtres. Alors, l'orateur développe les pensées suivantes: i° Ce que nos ancêtres ont fait pour nous: agriculture, éducation, religion. 20 Ce que nous devons faire pour tes ancêtres : honorer leur mémoire, marcher sur leurs traces.
M. Magnan parla en termes émus des belles traditions si longtemps en honneur dans nos familles canadiennes : amour du foyer natal ; attachement au sol défriché par les ancêtres ; fidélité aux devoirs religieux et beauté de la vie paroissiale. S'inspirant d'une visite faite le jour même à l'antique maison ancestrale de la famille Paquet, à Saint-Nicolas, noble relique en face de laquelle la fête avait lieu, l'orateur décrivit avec des accents qui remuèrent les cœurs, la maison canadienne d'il y a un siècle. De la grande chambre où l'on conserve pieusement les portraits des aïeux, M. Magnan conduisit les auditeurs dans le fournil au centre duquel se trouve une immense cheminée ornée de la crémaillère, et le four aux énormes proportions, signifiant la permanence de T'établissement familial. Puis, ce fut le tour du grenier, où de touchantes reliques sont conservées : le vieux canot à blé, creusé dans le tronc d'un énorme pin; à côté une énorme balance, image de la justice et de l'honnêteté en honneur chez nos pères; non loin, le vieux coffre que l'aïeule, au jour loin-
tain de son mariage, emporta rempli de serviettes et de draps de toile du pays, de pièces de flanelle et de chaude étoffe, etc. ; enfin le berceau (le ber) de bois franc, où furent affectueusement bercées plusieurs générations aux chants des mères, des grand'mères, et parfois aussi aux vieux refrains de l'aïeul. Tous ces souvenirs du bon vieux temps proclament bien haut la vaillance de nos ancêtres, qui ne calculaient pas chichement leur dévouement à la famille : la générosité sans calcul, n'est-ce pas une des formes les plus élégantes de la noblesse française?
Puis, M. le Commandeur termine en adressant à la jeunesse un appel chaleureux en faveur du retour aux traditions des anciens dont la famille, l'école et l'église furent les trois forces contre lesquelles vinrent se briser les assauts de l'ennemi.
Imitons nos ancêtres, c'est la meilleure façon de les honorer.
" Ce discours empreint d'un patriotisme vraiment canadien, et prononcé avec une grande conviction, impressionna très vivement l'auditoire. La fête se termina par O Canada chanté en chœur avec entrain, et par le Chant du soir où M. Benjamin Paquet (fils) fit le solo.
" Nous résumerons l'impression générale que cette fête du cinquantenaire de Notre-Dame de Grâces a causée, par ce mot de l'un des assistants : " C'est ravissant ".
Quel sera l'avenir de la chapelle de Notre-Dame de Grâces? Dieu seul le sait. Cette pieuse fondation a déjà atteint l'âge respectable de cinquante ans! Ce demi-siècle nous laisse espérer que pendant longtemps, encore, la famille Paquet maintiendra par les prêtres qu'elle fournira les traditions établies par Mgr Benjamin Paquet et si bien gardées par ses successeurs.