LA VIE PRIMITIVE A ETCHEMIN
Difficultés et privations. —Le logement. -Les moyens de vivre : la chasse, la pêche, la culture de la terre.— Le canot.— Paroles de la Mère de l'Incarnation.— Le marché de Québec— Une réunion de famille où l'on fait connaître l'état d'Etchemin et les familles, en 16S1. — La carte de Catalogne, vers 1700.
Le site d'Etchemin, entre les deux rivières, présentait, vers 1660, un aspect vraiment beau et pittoresque, mais aussi, grandement rustique et sauvage. Il faut bien nous figurer que la concession des 40 arpents, comme on l'appelait dans les commencements, était alors complètement recouverte d'une épaisse forêt de bois de toute sorte ; sur la grève seulement, on apercevait ça et là quelques touffes de foin naturel ou sauvage que l'eau recouvrait à marée haute. Il n'y avait pas de chemin, si ce n'est à travers les galets sur les bords du fleuve, pas de pont sur l'Etchemin qu'il fallait traverser à gué, en choisissant les endroits les plus favorables. En présence d'un semblable état de choses, on peut imaginer les difficultés qui attendaient les premiers colons, les fatigues, les privations qu'ils devaient endurer, les travaux qu'ils devaient entreprendre pour se loger, se nourrir et se vêtir.
Ees premiers colons arrivèrent à Etchemin, en canot, emmenant avec eux, femme et enfants, et apportant les choses les plus nécessaires : des vêtements, des couvertures, des haches, un petit poël en tôle ou en fer, un fusil,
le briquet pour faire du feu, et des provisions pour quelque temps. Heureux le colon qui, comme Jean Guy, pouvait marier une femme qui lui apportait la corbeille de noce dont nous avons déjà parlé !
Le premier logement fut d'abord l'humble cabane de dix à douze pieds carrés, en bois rond travaillé à la hache et recouvert d'un toit en écorce. Les matelats étaient rares ; le sapin fournissait ses branches qui permettaient à nos ancêtres de prendre un sommeil réparateur, après leurs journées pénibles de travail. Il fallait aussi construire une autre cabane qui servait de grange et d'étable pour abriter, pendant l'hiver, les bêtes à cornes et les moutons qu'ils possédaient ; pendant l'été, le bétail paissait sur la grève et couchait à la belle étoile.
Mais comment vivaient les premiers colons ? Les premières provisions apportées ne pouvaient durer bien longtemps. La Divine Providence qui donne au lion de la forêt comme au petit moineau de nos rues qui ne vaut pas deux sous, les moyens de vivre, permit à nos ancêtres de trouver sur place, les éléments nécessaires à leur subsistance, en attendant que la terre d'alluvion qu'ils occupaient, leur en fournit en quantité suffisante, abondante même.
Le recensement de 1681 a le soin de nous dire qu'il y avait alors, dans Lauzon, 52 fusils. Chaque famille en possédait un, et même deux quelquefois. Dans le temps, cette arme à feu était d'une grande importance nonseulement, comme moyen de défense contre les Iroquois qui venaient traquer les pauvres Hurons jusque sous les canons de Québec, mais aussi, comme moyen de stibsistance.
Le fusil valait plus qu'une bête à cornes. Il permettait d'abattre le gibier qui abondait dans la forêt, comme le
chevreuil, la perdrix, le lièvre, etc., et de fournir des mets succulents, dans les temps où les autres aliments manquaient. Les fusils furent enlevés à nos ancêtres, parles anglais, en 1759. Cependant quelques-uns échappèrent à la razzia, ou furent remplacés après la conquête. Dans la famille Deniers, nous en avions un qui était long, lourd et fortement monté ; il était à pierre et non à capsule. Ce fusil de nos pères \ nous l'avons porté avec orgueil sur nos épaules pendant notre enfance, et nous avons commis avec lui bien des imprudences ; mais on eût dit que, quand il y avait danger, le fusil ne voulait pas partir ! Ce qui faisait dire à notre grand père qui nous réprimandait, que le fusil avait plus d'esprit que nous autres, les gars.
La pêche a été aussi, avec la chasse, d'un grand secours pour les colons. Dans les titres de concession de leurs terres, on voit qu'ils étaient obligés de payer douze deniers de cens et quarante sols de rente pour un arpent de terre, de fournir, déplus, deux chapons vifs et la onzième partie du poisson pêche chaque année. Le seigneur fournissait les futailles et parfois le sel, pour saler l'anguille et le saumon, les deux poissons que l'on prenait en plus grande abondance. (1)
La pêche de l'anguille surtout, était des plus fructueuses. A Etchemin, il y avait des claies sur les grèves en face de toutes les terres concédées. On lit dans le Jour?ial des Jésuites, que, à Sillery, on prit 40.000 anguilles dans une seule saison. (2) Cela donne à entendre qu'à Etchemin, en face de Sillery, on pouvait en prendre également en grande quantité. Vers Ste-Croix
(1) Hist. S. L., 1—174.
(2) Page 69.
et Lotbinière, les relations des Jésuites affirment qu'il s'en prenait jusqu'à 70.000 par saison. (1)
L'anguille, assez dédaignée aujourd'hui, comptait alors comme le principal aliment des colons. C'était pour ainsi dire la manne dans le désert, " manne inconcevable, suivant l'expression d'un ancien missionnaire, qui se trouvait à toutes les portes, qui ne coûtait qu'à prendre et qui apportait avec lui tout son assaisonnement." (2)
L'anguille était, avec les peaux de castor, la monnaie courante d'alors ; l'argent étant chose presque inconnue parmi les colons, les paiements se faisaient en nature.
Que dire du canot de nos ancêtres? On remarque que, au recensement de 1681, il n'y avait qu'un cheval dans la seigneurie, chez Etienne Charest, à la Pointe- Lévy ; le canot remplaçait le cheval. Il servait de voiture d'été et même de voiture d'hiver, quand le pont de glace ne se formait pas. C'est avec le canot que l'on se rendait d'une habitation à une autre ; c'est avec le canot que l'on traversait à Sillery, que l'on se rendait à Québec, pour y vendre l'anguille et les autres denrées et en rapporter des effets utiles à la famille ; c'est avec le canot encore, que l'on remontait le fleuve jusqu'à St-Nicolas, la Pointe aux Trembles et même jusqu'à Montréal.
En ce temps-là, tout le monde savait manier l'aviron. On s'est d'abord servi du canot fait d'écorce de bouleau, lequel était léger, rapide, facile à transporter, mais dangereux dans des mains non expérimentées ; en hiver, on recouvrait la proue de ces canots, de peaux vertes de veau ou de chevreuil, pour les garantir contre les glaces.
(1) Relation de 1660.
(2) Hist. S. L., 1—176
On adopta ensuite le canot de bois que Ton creusait et façonnait à même un pin de trois ou quatre pieds de diamètre, abattu dans la forêt voisine. La chaloupe et des petites barques pouvant porter trois ou quatre tonneaux furent aussi bientôt en usage. C'est en faisant une promenade avec une chaloupe que se noyèrent, le 5 juillet 1693, trois jeunes filles: Catherine, âgée de 18 ans, fille de Jean Deniers, d'Etchemin, Jeanne Buisson, âgée de 15 ans, fille de Michel Buisson, de St-Nicolas, et Madeleine Moisan, âgée de 14 ans, fille de Pierre Moisan, pilote, de Québec. (1)
Cependant, les colons d'Etchemin ne négligeaient point de faire une trouée dans la forêt et d'agrandir le champ de leurs travaux de ferme. Peu à peu, ils firent des progrès et après quelques années de travail, ils eurent la consolation de voir pousser en abondance, sur leurs terres fertiles, le blé, l'orge, l'avoine, les pois, le foin, en même temps qu'ils veillaient à l'amélioration et à l'agrandissement des bâtisses qui leur étaient nécessaires.
Nos ancêtres étaient agriculteurs avant tout ; mais ils savaient aussi exercer le métier de maçon, de menuisier, de charpentier, de forgeron, de cordonnier, de chasseur, de pêcheur et de navigateur. Ils préparaient à la hache, pendant les jours de l'hiver, les bois ou les matériaux qu'ils prévoyaient devoir user pendant la belle saison.
Nos pères étaient de rudes travailleurs ; ils étaient économes, polis et hospitaliers. Les femmes ne s'épargnaient pas. Vêtues d'une jupe courte qui leur allait à mi-jambe, à la façon indienne, on les voyait toujours dans les champs, à la maison ou à l'étable, faisant n'importe quel travail.
(1) Mgr Tanguay, — A travers l^s registres, page ,|77.
Il nous semble que les paroles de la Mère de l' Incarnation, en 1665, au sujet des premiers colons du pays, ne seraient pas ici hors de propos ; on peut les appliquer aux colons d'Etchemin.
"Quand une famille commence une habitation, ditelle, il lui faut deux ou trois ans, avant d'avoir de quoi à se nourrir, sans parler du vêtement, des meubles et de toutes les choses nécessaires à l'entretien d'une maison. Ces premières difficultés passées, les colons commencent à être à leur aise, et s'ils ont de la conduite, ils deviennent riches avec le temps, autant qu'on peut l'être dans un pays nouveau. Au commencement ils vivent de leurs grains, de leurs légumes et de leur chasse qui est abondante en hiver. Et pour le vêtement et les autres ustensiles de la maison, ils font des planches pour couvrir les maisons et débitent des bois de charpente qu'ils vendent bien cher. Ayant ainsi le nécessaire, ils commencent à faire trafic et de la sorte ils s'avancent peu à peu." (2)
Ces paroles nous disent comment les colons progressaient et en même temps nous montrent le trafic que les colons pouvaient faire.
" La ville de Québec offrait un excellent marché pour toutes les campagnes environnantes qui y apportaient le blé, le bois, les légumes, les volailles, le beurre, les oeufs, le lait et toutes les denrées nécessaires à la vie. Ces produits de la ferme se vendaient fort cher. Les colons recevaient en échange, des étoffes, de la toile, des souliers. Vu la rareté de l'argent monnayé, les commerçants étaient obligés de recevoir, en échange de leurs marchandises, des peaux de castors et d'orignaux, du blé tt des produits des champs ,
(2) Lettres II, pp. 313-314.
" Les habitants de Lauzon apportaient aussi une grande quantité de poissons. Ils étalaient ces produits sur la place devant la clôture de la maison de M. Macart. L'anguille, par exception, pouvait se vendre sur la grève." (i)
Maintenant, afin d'étudier d'une manière plus complète, la physionomie des premières familles d'Etchemin, et leur état de fortune, vers la fin du premier quart de siècle d'existence, en 1681, nous prions le lecteur de nous suivre dans l'habitation de Jean Demers et d'y assister avec nous a une réunion de'famille; nous ferons aussi, en même temps, connaissance avec toute la population fixée à Etchemin à cette date.
C'était un samedi du commencement de septembre 1681. Les enfants de Jean Demers venaient en toute hâte annoncer à leur père qu'un canot monté par trois hommes et une femme, venait d'être signalé à la pointe chez Lambert, et se dirigeait vers la demeure de Jean Demers. Celui-ci court aussitôt vers ces étrangers et il a le bonheur de recevoir dans ses bras André Demers, son frère, arrivant de Montréal avec sa femme, Marie Chedville, et deux de leurs enfants, Jean- Baptiste et Michel, âgés respectivement de 20 et 18 ans. Inutile de dire que la joie fut grande dans la famille Demers, que la plus grosse anguille fraîche fut mise à la broche, rôtie en peu de temps sur un brasier ardent, servie aux chers hôtes avec du pain cuit sous la cendre et arrosée d'une goutte d'eau de vie. Pendant ce temps, André Demers qui habitait l'Ile de Montréal, où il s'était marié en 1654, la même année et au même endroit que son frère Jean, maintenant âgé de 51 ans, renouvelait sa connaissance avec Jeanne Voidy, épouse de Jean, alors
(1) Hist. S. L., I—379-38o.
âgée de 43 ans, et avec les enfants : François, 25 ans ; Jean, 20 ans ; Pierre, 18 ans; Anne, 16 ans ; René, 14 ans; Madeleine, 12 ans ; André, 10 ans; Eustache, 9 ans ; Catherine, 6 ans ; Nicolas, 4 ans ; Jean, 1 mois. Une seule fille était absente : c'était Marguerite, mariée, depuis 8 ans, à André Bergeron.
En peu de temps, André Deniers apprit que sou frère Jean était en voie de prospérer. Il avait complètement refait son logis dans les derniers temps. La maison était à peu près comme celle qu'il occupait au Cap-Rouge, avant 1650, et qui "mesurait trente-trois pieds de longueur sur dix-huit de largeur, avait une chambre, un caveau, une cheminée, un grenier, un fonr à cuir le pain à un bout, et deux chambres séparées par une cloison en pin à l'autre bout, avec portes et fenêtres munies de fermetures." (1) Jean Deniers possédait un fusil, 8 bêtes à cornes, et trente arpents de ses deux terres, — l'une près de Lambert et l'autre près des héritiers Bissot — étaient en valeur. Le frère Jean avait l'intention de diriger ses pas vers St-Nicolas où son gendre André Bergeron s'était installé tout récemment et où il voulait établir ses garçons. André Deniers ne put s'empêcher de contempler la beauté du site où il se trouvait et la fertilité du sol qui donnait une récolte abondante, tandis que les claies établies sur la grève devaient rapporter de beaux profits.
Laissant d'un côté, les femmes faire la causette à la maison et de l'autre, les deux plus vieux garçons de Jean et leurs cousins de Montréal, se diriger vers les bois avec le fusil et un chien dressé à lever la perdrix, pour tenter d'abattre quelque gibier, les deux frères, Jean et André
(1) Voir hist. de N.-I). de Ste-Foye, par l'abbé vScott. I — 314
allèrent visiter les lieux environnants et les familles qui y résidaient.
Suivons-les.
Leur première visite fut à la cabane d Etes tache. Bustache Lambert était mort depuis 8 ans ; sa femme, restée veuve, habitait la basse-ville, à Québec, avec son fils Gabriel, alors âgé de 24 ans.
La veuve n'avait point abandonné Vhabitation de Ste Marie ; elle la faisait cultiver et y entretenait sa pêcherie. C'était le fils Gabriel qui y surveillait les travaux, en attendant d'y demeurer définitivement, après s'être marié. La famille avait deux fusils, possédait plusieurs bêtes à cornes et avait défriché une grande étendue de terre. (1)
En haut de la propriété de feu Eustache Lambert, il n'y avait que quelques cabanes pour abriter les pêcheurs et point de familles résidantes.
Revenant sur leurs pas, les deux frères, allèrent rendre visite au voisin, Jean Guy, arquebusier, âgé de 40 ans et à sa femme, Marie Levreau, âgée de 25 ans. Cette dernière s'était mariée à l'âge de 16 ans, et elle avait trois enfants : Jean, âgé de 4 ans, Marie, âgée de 2 ans et Jean-Baptiste, âgé de trois mois. Jean Guy avait un fusil, trois bêtes à cornes et huit arpents en valeur.
Le voisin immédiat de Jean Guy était René Leduc, l'un des premiers colons d'Etchemin (1666). René Leduc était alors âgé de 42 ans ; sa femme, nommée Anne Gentreau, était âgée de 38 ans. Leurs enfants étaient : Marie, 16 ans; Jean, 14 ans; Guillaume, 12 ans ; Marie Anne, 10 ans ; Jacques, 8 ans ; Geneviève, 6 ans ; René, 5 ans ; François, 3 ans ; Louis, 1 an.
(1) Le recensement de 1681 ne donne pas de détails.
René Leduc avait un fusil, 5 bêtes à cornes et 8 arpents de terre en valeur.
La terre au nord-est de celle de René Leduc, était l'autre propriété de Jean Demers ; elle avoisinait les dix arpents de front appartenant aux héritiers Bissot et dont nous avons parlé. Il n'y avait qu'une cabane, destinée a protéger ceux qui venait y faire la pêche et couper les foins sur les îlets appartenant à la succession Bissot. Il n'y avait pas d'autre bâtisse ni de défrichement. Jean Deniers, invitant son frère à jeter les yeux sur cette belle propriété, bornée à la rivière Etchemin, dût lui dire qu'il espérait que sa famille en serait un jour propriétaire en tout ou en partie.
Ils étaient à peine revenus à l'habitation de Jean Demers, lorsque les cris joyeux des enfants annonçaient l'arrivée du gendre André Bergeron, de son épouse et de ses quatre enfants. Ils habitaient depuis quelque temps à l'ouest de la Chaudière, sur les hauteurs de St-Nicolas, et ils venaient passer le dimanche avec la famille de Jean Demers.
André Bergeron avait alors 38 ans, sa femme, Marguerite Demers en avait 22. Leurs enfants étaient : André, 7 ans; Jean, 5 ans; Pierre, 4 ans; Jacques, 5 mois.
Prenons maintenant congé de cette famille en joie. Ne la troublons pas, surtout le lendemain, — à l'heure de la grand'messe dans les églises catholiques, — laissons-la faire la prière bien dévotement avec toute la population d'Etchemin et chanter les cantiques importés de la Normandie et de la Bretagne, pour célébrer dignement le jour du Seigneur. Nous aurions aimé à déguster, avec la famille, une bonne soupe au pois, les plats de chevreuil, les perdrix au lard, un fro-
mage à la crème, le sirop d'érable et arroser tout cela d'une goutte d'eau de vie. Assis sur des chaises à fond tressé avec des lanières d'écorce de chêne, nous aurions été curieux d'examiner la vaisselle dont on se servait dans le temps : les couteaux, les fourchettes, les cuillers et les assiettes. Il y aurait eu là, une étude très intéressante à faire sur les usages et les moeurs du temps.
Mais notre but est atteint : nous voulions faire connaître le recensement de 1681, en tout ce qui regarde Etchemin. C'est ce que nous avons fait, en supposant une visite faite par un colon de l'île de Montréal qui voulait, comme nous, avoir tous les renseignements sur Etchemin. Cette visite d'ailleurs était assez vraisemblable, puisque notre héros-visiteur, après avoir été le père de douze enfants et être devenu par là, la souche d'un grand nombre de familles Deniers dans le district de Montréal, est venu mourir quelque part à St-Nicolas, chez l'un de ses neveux et a été inhumé à la Pointe-aux- Trembles de Québec, le 23 novembre 17 10, par le missionnaire Basset qui desservait la côte sud, dans Lauzon.
Donc, en 1681, les trois familles Deniers, Guy et Leduc étaient les seules qui résidaient à Etchemin. Les autres concessionnaires résidaient à Québec ou ailleurs. La population totale comptait 28 âmes. Chaque famille avait son fusil. Les bêtes à cornes étaient au nombre de 16 ; il n'y avait pas de cheval. 38 arpents de terre étaient en valeur, à part des défrichements faits sur la terre de feu Eustache Lambert et les autres terres plus près de la Chaudière et dont le recensement ne parle pas.
Laissons maintenant écouler 42 années, et, en 1723, nous aurons pour faire la comparaison avec le recensement de 1681 qui a été le dernier de la domination française, un autre document bien important : Paveu et
dénombrement de la seigneurie de Lauzon en 1723. C'est ce document que nous allons maintenant examiner. Mais auparavant, jetons les yeux, en passant, vers l'année 1700, sur une " carte du gouvernement de Québec levée depuis l'année 1685 jusqu'à 1709, d'après les ordres de Mgr le comte de Pontchartrain, ministre d'Etat, par Monsieur Catalogne, lieutenant des troupes, et dressée par Jean-Baptiste de Couagne, arpenteur juré." (1). Pendant les quatorze années de la confection du plan de Catalogne, plusieurs changements ont dû nécessairement avoir lieu. Cependant, il est intéressant de lire les noms des colons inscrits sur ce plan, depuis la rivière Etchemin — qui cependant n'est pas indiquée, — jusqu'à la rivière Chaudière, qui l'est.
Les voici :
Bissot,
Dumay (Deniers),
Leduc,
M. Lambert,
Dumay (Demers),
Dumont (Lambert),
(Rivière Chaudière)
M. de la Martinière.
D'après cette carte, les héritiers Bissot n'avaient plus que trois arpents, les sept autres arpents étaient passés à la famille Demers. Leduc en avait huit ; les héritiers Lambert, trente-deux. Dumay (Demers) occupait la propriété possédée par André Bergeron, gendre de Jean Demers, avant d'aller se fixer à St-Nicolas. La propriété de M. de la Martinière s'étendait des deux côtés de la rivière Chaudière, comme nous le verrons.
(1) Une copie de ce plan qui est à la bibliothèque du parlement d 'Ottawa, a été reproduite au 1er vol., page 395, de l'histoire de la paroisse de Ste-Foy, par l'abbé Scott.