M. DE LA MARTINIÈRE
Nous ne devons pas passer sous silence, le nom de Claude de Bermen, Sieur de la Martinière, dont la vie est racontée au premier volume de l'histoire de la seigneurie de Lauzon. Nous devons saluer en lui non un résidant, mais un grand propriétaire de terres et pêcheries sur les bords de la Chaudière, à son embouchure, en même temps que le zélé administrateur de Lauzon, pendant plus d'un quart de siècle.
M. de la Martinière était né le 30 mai 1636, à St-Nicolas de la Ferté-Vidame en France, et il appartenait à une famille noble du Perche.
Alors qu'il était juge-bailli de Beauport, M. de la Martinière épousa, le 7 juillet 1664, Anne des Prés, veuve du grand sénéchal, Jean de Lauzon, qui était le troisième seigneur de Lauzon, depuis 1 651, et qui avait été tué par les Iroquois, le 22 juin 1661, à l'Isle d'Orléans. (1)
M. de Lauzon Charny, ne pouvait plus, comme il l'avait fait jusqu'en 1668, garder en mains l'administration des biens de son frère, le grand sénéchal. M. de Lauzon Charny, avait décidé, à la mort de sa femme, Louise Giffard, décédée le 30 octobre 1656, d'entrer dans la carrière ecclésiastique ; il était prêtre depuis 1658, et, dès le 21 octobre 1660, il était grand vicaire de Mgr de Laval. (2)
Il fallut donc nommer un administrateur des biens que les de Lauzon possédaient au Canada. La veuve du
(1) Journal des Jésuites 298-299.
(2) Journal des Jésuites, p. 287.
sénéchal était devenue l'usufruitière de la seigneurie de Lauzon, pendant que Charles-Joseph, le seul fils survivant de son père, Jean de Lauzon, et qui était passé en France, presqu'aussitôt après la mort de son père, en devenait le quatrième seigneur, (i) (1661)
M. de la Martinière, marié depuis 1664, a Anne des Près, veuve du sénéchal, fut naturellement nommé à cette charge d'administration, le 1er décembre 1668, et depuis cette date, il exerça à Lauzon, les véritables droits du seigneur pendant vingt-un ans. Nous avons déjà mentionné son nom dans la concession des terres de cette seigneurie.
Il siéga en même temps au Conseil Supérieur de Québec, et comme il était fort instruit, très prudent et doué d'un grand jugement, il fut souvent chargé de missions très délicates.
Son épouse, Anne des Près, décéda à l'Hôtel-Dieu de Québec, le 12 mars 1689, et trois mois après, à l'arrivée des vaissaux, on apprit la nouvelle que Charles- Joseph de Lauzon, quatrième seigneur de Lauzon, était mort à Paris, l'année précédente, quelques temps après son mariage avec Demoiselle Marguerite Gobelin(i688).
La jeune veuve, Marguerite Gobelin, était donatrice de son mari et, par conséquent, elle pouvait disposer de tous ses biens. Fatiguée des réclamations des créanciers de la famille de Lauzon, elle vendit, le 19 mars 1690, la seigneurie de Lauzon et d'autres propriétés, à Thomas Bertrand, qui devint le cinquième seigneur de Lauzon.
Après bien des pourparlers avec le nouveau seigneur, M. de la Martinière qui n'aimait pas à se séparer de sa chère seigneurie, réussit à continuer à en gérer les affaires, en l'affermant à raison de 200 livres par an.
(1) Hist. S. L., I— 154
Il en profita pour pourvoir aux besoins de ses vieux jours.
Les pêches à l'anguille que l'on faisait au bassin de la Chaudière étaient renommées. M. de la Martinière en avait fait une exploitation des plus avantageuses, et depuis vingt ans, il s'était réservé cette manne précieuse. Prévoyant que, si la seigneurie changeait de propriétaire il pourrait perdre cette source considérable de revenu, il fit l'acquisition, le 12 octobre 1694, de toutes les terres avoisinant le bassin de la Chaudière, sur une profondeur de cent arpents. Cette concession était bornée au côté est, à la terre de Eustache Lambert-Dumont, et au côté ouest, à la terre de Charles Gauthier de Boisverdun, et comprenait le droit exclusif de pêche dans le bassin. (Greffe Guillaume Royer.)
La seigneurie de Lauzon passa, le 12 novembre 1699, entre les mains d'un sixième propriétaire, le sieur George Regnard Duplessis, alors trésorier de la marine à Québec.
M. de la Martinière se trouva complètement en dehors de l'administration de la seigneurie de Lauzon ; il conserva cependant ses pêcheries au bassin de la Chaudière, et il se consacra activement aux affaires du pays dans le Conseil Supérieur, où il occupa successivement les charges de lieutenant général de la prévôté et de premier conseiller.
Il mourut à Québec, le 14 avril 17 19, à l'âge de 83 ans, et il fut inhumé dans la cathédrale.
La terre acquise par lui, en 1694, sur les rives du bassin de la chaudière, et qui comprenait aussi le bassin, fut vendue, le n septembre 1727, à Nicolas Lanouillier, membre du Conseil Supérieur de Québec, pour le prix de 1200 livres.
Louis Cantin.
La famille Cantin (on écrivait Quentin, dans les commencements) a fait son apparition sur la côte Lauzon, vers 1740, environ vingt ans avant la conquête.
Nicolas Cantin, le premier ancêtre de cette importante famille, originaire de Normandie, croyons-nous, était fixé à l'Ange-Gardien. Il se maria à Québec, le 3 août 1660, avec Madeleine Ronlois. Un de ses six enfants, nommé Louis, se maria à V Ange-Gardien, le 17 janvier 1701, avec Marie Mathieu qui lui donna quinze enfants.
C'est un de ses fils, nommé Louis, comme son père, qui va se fixera Lauzon, et fait baptiser, à St-Joseph de Lévy, son premier enfant, Louis-Joseph, le 6 novembre 1740.
Louis Cantin s'était marié en première noce, le 19 octobre 1739, avec Marguerite Leclerc, fille de Adrien Leclerc et de Geneviève Paradis, de St-Pierre, I. O., et dont il eut quatre enfants. Il se maria en seconde noce, à St-Joseph de Lévy, le 13 avril 1750, avec Suzanne Carrier, fille de Ignace Carrier, qui lui donna onze enfants.
Ce sont les enfants de Louis Cantin, nommés Louis-Joseph, issu du premier mariage, et Ignace, Charles, François et Jacques issus du second mariage, qui ont été les chefs des nombreuses familles de Cantin répandues dans la seigneurie de Lauzon et les environs.
François Cantin, fils de Louis, né le 10 mars 1759, et marié i° à Geneviève Dubois et 2° à Marie-Joseph te Biais, se fixa à Etchemin, sur la propriété à l'ouest de celle de Louis Ignace Lambert, et qu'il avait reçue de son père. Cette propriété avait eu plusieurs propriétaires de familles différentes avant la conquête, comme nous l'avons dit.
Nous verrons plus tard que ses successeurs à Etchemin furent François Cantin son fils, et Narcisse Cantin qui maria Ursule, une des filles de François Cantin, fils.
Vue d'Etchemin : Centre.