LA DESSERTE RELIGIEUSE D'ETCHEMIN JUSQU'EN
Etchemin a fait partie de la paroisse de Notre-Dame de Québec jusqu'en 1679, — et de la paroisse de St -Joseph de Lévy, depuis 1679 jusqu'en 1829. — Les missionnaires : Ths-Jos. Morel, Georges Harel, Claude Volant de Saint-Claude, Germain Morin, Ambroise Pellerin, Jean Pinguet. — Les curés : i° M. Philippe Boucher ; 20 M. Montenon de la Rue ; 30 M. Ls-Jos. Mercereau ; 40 M. Youville-Dufrost.
" L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu." Cette sentence des Saints-Evangiles nous dit que, à part de la nourriture matérielle qui convient à notre corps, il est une autre nourriture spirituelle qui doit sustenter les forces de notre âme.
Le territoire d'Etchemin fournissait à nos pères, par la chasse, la pêche et la culture de la terre, le pain quotidien pour entretenir la vie de leur corps ; mais où devaient-ils aller chercher la nourriture convenable à leur âme, cette nourriture que donne la parole de Dieu et qui fait pratiquer les vertus de charité, de justice, de sobriété, d'honnêteté et de pureté ?
Les colons d'Etchemin ont d'abord appartenu à la paroisse de Notre-Dame de Québec jusqu'en 1679. C'est là que les Lambert, les Deniers, les Leduc ont fait baptiser plusieurs de leurs enfants, et c'est là qu'ils ont voulu recevoir la sépulture chrétienne. Cependant on voit, de temps en temps, quelques actes de baptême des
enfants d'Etchemin, inscrits à la mission des Pères Jésuites à Sillery, laquelle était beaucoup plus proche que l'église paroissiale de Québec. Avec quelques coups d'aviron, on traversait facilement à Sillery.
En 1663, le séminaire de Québec fut chargé par Mgr de Laval (1) de faire les fonctions curiales dans les principaux endroits de la colonie. Les habitants de Lauzon et d'ailleurs furent invités à commencer la construction d'une église et d'un presbytère, afin que les prêtres pussent " résider sur les lieux convenablement à leur condition et par ce moyen desservir les paroisses. "(2)
A partir de 1671, le missionnaire en titre de la côte Lauzon fut l'abbé Thomas-Joseph Morel, prêtre du séminaire. Il y exerça le ministère jusqu'en 1681. Il faisait sa résidence au séminaire, et inscrivait, dans les registres de Québec, les actes de sa mission. Ce n'est que le 1er juillet 1679 qu'il inscrivit le premier acte dans les registres des baptêmes, mariages et sépultures de St-Joseph de la Pointe Lévy.
" L'église de St-Joseph, commencée en 1675, la première qui fut construite sur la côte de Lauzon et sur la rive droite du St-Laurent, s'élevait au même endroit que l'église actuelle, sur le terrain que François Bissot avait donné. Cette église complètement restaurée et considérablement agrandie en 1721, fut détruite en 1830 par un incendie. Elle était en pierres, et avait une longueur de quarante pieds." (1)
C'est à cette église que le territoire d'Etchemin fut attaché depuis 1679. Cependant, à raison des difficultés de communication, on voit les colons s'adresser â
(1) 1er évêque de Québec (1658-1688).
(2) Hist. S. L.. I.— 269.
(1) Hist. S. L., I.— 273.
l'église de N.-D. de Québec, pendant un certain nombre d'années, plus souvent qu'à l'église de la Pointe Lévy.
Le récollet, George Harel, exerça les fonctions curiales à Lauzon, de novembre 1679 à février 1680. Ses actes à St-Joseph sont écrits en latin.
L'abbé Morel prit alors (1680) la charge de desservir un district considérable, depuis la Rivière du Loup jusqu'à Lotbinière. Il parcourait le pays, tantôt en canot, tantôt à pied, chargé de sa chapelle, donnant aux nouveaux nés les eaux du baptême, et aux mourants les derniers secours de la religion.
C'est en 1681, que se passa un événement dans lequel un colon d'Etchemin, Jean Dumets (Deniers), fut grandement intéressé. Nous laissons la parole à l'auteur de l'histoire de la seigneurie de Lauzon. (1)
" Pendant les longues absences du missionnaire, c'était l'habitude quand il naissait un enfant dans une famille de le faire ondoyer immédiatement par quelqu'un des voisins, puis l'on attendait souvent des mois avant de le porter au baptême Cet usage avait entraîné des abus considérables contre lesquels l'évêque de Laval avait déjà fulminé dans deux ordonnances, l'une du 29 mars 1664, l'autre du 5 février 1677. Au retour de sa visite pastorale de 1681, on vint lui apprendre qu'il était né à la femme de Jean Dumets (Deniers), habitant de Lauzon. un enfant depuis plus d'un mois, et que le père négligeait de le faire baptiser. L'évêque le fit avertir à trois reprises différentes, d'abord par son grand vicaire, puis par M. Basset, et enfin par le missionnaire Morel, qu'il eut à se conformer à la loi ecclésiastique. Nous ne savons pour quelle raison, mais Jean Dumets
et sa femme persistèrent dans leur refus de porter l'enfant à l'église.
Monseigneur voulut alors donner un exemple sévère. Il ordonna, le 21 octobre 1681, à Jean Dumets et à sa femme de porter sans délai leur enfant à St-Joseph, l'église de leur district, pour lui faire recevoir le saint baptême. " S'ils demeurent, dit-il, dans leur désobéissance, au bout de huit jours que notre présente ordonnance leur aura été signifiée, nous les déclarons dès lors tous deux privés et interdits de l'entrée de l'église et de la participation des sacrements, jusqu'à ce qu'ils aient obéi et fait baptiser leur enfant."
Jean Dumets fit sa soumission quelque temps après. Son enfant fut baptisé, le 16 novembre 1681, dans la maison d'André Bergeron, son gendre, à St-Nicolas, par le missionnaire Basset, de la Pointe aux Trembles. L'acte de baptême de cet enfant, qui fut appelé Michel, est à Québec, sur une feuille séparée, dans le registre de 1681 ; nous avons donné l'extrait de cet acte, en appendice, dans " La famille Deniers d'Etchemin." Cet enfant, nommé Michel, était évidemment celui que le recensement de 1681, appelle "Jean" et dit être âgé de " un mois." Il mourut à St-Nicolas, et fut inhumé, le 21 février 1701, à l'âge de 20 ans.
En 1682, la côte sud du fleuve St-Laurent fut divisée en districts religieux. Le district s'étendant de la Rivière du Loup à la Rivière du Sud, échut au missionnaire Morel ; le district depuis la Rivière du Sud jusqu'à St-Jean Deschaillons, fut donné à M. Claude Volant de Saint-Claude, qui fit sa résidence à St-Joseph de la Pointe de Lévy, chez un habitant, et qui, de là, parcourait les vingt-cinq lieues de sa desserte. Ses successeurs furent MM. Germain Morin, (1683) ; Ambroise
Pellerin, (1684); Jean Pinguet, (1686-1689) ; Philippe Boucher, (1690).
" Ce qui frappe tout d'abord, en parcourant les vieux registres paroissiaux, ce sont les voyages incessants que le missionnaire est obligé de faire, et la rapidité avec laquelle il les accomplit. Aujourd'hui il est à Lotbinière, demain il sera dans L-auzon, et deux on trois jours après, on le trouve à l'autre extrémité du district qui lui est confié, à la Durantaye ou à Berthier. Le missionnaire avait certains endroits fixes où il s'arrêtait de préférence. C'était comme chose convenue qu'on devait l'y rencontrer." (1)
Les endroits où le missionnaire disait sa messe, baptisait et confessait, étaient surtout les suivants : dans la Durantaye, chez Bazin ; dans Beaumont, chez Denis Belleperche ; dans St.Nicolas, chez André Bergeron ; dans Villieu (St- Antoine de Tilly), chez Pierre Lambert.
A Etchemin, c'est Jean Dumets (Deniers) — le révolté de 1681, — qui devient l'un des amphy trions habituels du prêtre voyageur, et lui rend tous les services possibles. C'est dans sa maison, que le missionnaire baptise la plupart des enfants de la partie ouest de Eauzon. Voici entre autres, quelques noms d'enfants baptisés à Etchemin :
1 7 Janvier zçjô. — En la maison de Jean De Mer, baptême de Jeanne Méline. — Parrain : Jean De Mer ; marraine : Françoise Gaudry.
18 Janvier i68j. — En la maison de Jean De Mer. baptême de Marguerite Bergeron.
iç Février 168 y. — En la maison de Jean De Mer. baptême d'Angélique Méline. (2)
(1) Hist. S. Iv., 1-314.
(2) Hist. S. Iv., 1—311
A la Pointe aux Trembles de Québec, le premier registre s'ouvrait le 13 juillet 1679. A la suite des voyages que faisait le missionnaire dans la côte Lauzon, on trouve sur ce registre, plusieurs baptêmes, mariages et sépultures des colons de Lauzon. En voici quelques-uns. (1)
Le 8 novembre 1684, M. Pinguet, baptise à la côte Lauzon, en la maison de Jean Dumets, Jacques Marié, fils de Michel Marié.
Le ç> Mars 1684. — Baptême à la côte Lauzon, dans la maison de Jean Deniers , par M. Basset, missionnaire, de Marie Françoise Pilote, fille de Jean Pilote. — Parrain : Michel le Marié ; marraine : Marguerite Dûmes, femme d'André Bergeron.
Le missionnaire Philippe Boucher, nous l'avons dit, était rendu à St-Joseph de Lévy, en 1690; il y avait été installé, le 11 avril, par Mgr de Laval, en visite pastorale.
M. Philippe Boucher en était le huitième enfant de M. Pierre Boucher, qui s'illustra, comme commandant de Trois-Rivières, par les grands services qu'il rendit à la colonie, et qui eut seize enfants de son union avec Jeanne Crevier.
M. Ph. Boucher s'appliquait à construire des bancs dans son église et à mettre tout en ordre, lorsqu'un matin du mois d'octobre 1690, il vit défiler, des fenêtres de son presbytère, la flotte de l'amiral Phipps qui venait assiéger Québec.
On sait que le siège ne fut pas long, et que le gouverneur Frontenac, (2) répondit par la bouche dn canon à l'insultante sommation de l'amiral anglais. A la fin
(1) Hist. S. L., 1—340
(2) 12ième gouverneur, (2me fois) (1689-1098)
d'octobre, la flotte anglaise descendait à toute voile, vers le golfe St-Laurent. (i)
Le 18 septembre 1694, Mgr de St-Valier érigeait canoniquement la paroisse de St-Joseph de Lévy et y nommait régulièrement, le 18 octobre 1694, M. Philippe Boucher comme curé. — C'était le premier curé de St- Joseph.
Dans la même année 1694, on commençait à tenir registre à St-Nicolas.
M. Boucher acheta, le 9 novembre 1696, de Thomas Gasse une terre excellente et très étendue, située à quelques arpents de l'église et il s'occupa de la mettre en valeur. Il y fit des plantations considérables d'arbres fruitiers qui lui rapportaient un bon revenu. Le verger du curé de St-Joseph était connu sur toute la rive sud du fleuve St-Laurent, en aval de Québec. (2) C'est sur cette terre que se trouvent aujourd'hui les cimetières de St-Joseph et de Notre Dame de Lévis, les forts du gouvernement fédéral qui couronnent les hauteurs de la Pointe Lévy et une partie du champ de manœuvres militaires du district de Québec.
M. Boucher, très assidu à sa besogne et menant une vie sédentaire, aimait passionnément les livres et, avec le temps, il réussit à se former une des plus belles bibliothèques de la colonie, une bibliothèque de plus de cinq cents volumes.
En 1713, M. Boucher ayant été obligé d'aller prendre en mains, sur l'invitation de Mgr. de St-Valier, (3) le soin des affaires de l'Hôpital Général de Québec,
( 1 ) Voir Ferland. Hist. du Canada. Phipps laissait 600 morts, son artillerie et ses amunitions.
(2) Hist. S. L. II— 64
(3) 2nd évêque de Québec (168S-1727)
un tout jeune prêtre, l'abbé André-Joseph Montenon de la Rue, était venu le remplacer au presbytère de St-Joseph. A son retour, le curé Boucher voulut conserver les services de ce précieux auxiliaire. L'abbé de la Rue accueillit volontiers La demande qu'on lui faisait et, pendant huit ans, le vieux pasteur et son jeune assistant vécurent dans la plus parfaite union.
En 1721, on commença à l'église de grands travaux de réparations et d'agrandissement. Mais le curé Boucher ne devait pas voir l'achèvement des ouvrages qu'il avait entrepris de concert avec son zélé confrère, M. Montenon de la Rue.
"Au commencement de 1721, il fut atteint de maladie, et au printemps, le 8 avril, à 9 hrs du matin, il rendait son âme à Dieu. Par son testament qui fut le couronnement d'une vie passée tout entière à faire le bien et la charité, il léguait quelques souvenirs à ses parents, et tous ses autres biens : terre, bibliothèque, ameublement du presbytère, il en faisait abandon aux curés et missionnaires qui lui succéderaient dans la paroisse, " afin que le revenu pût les aider à s'acquitter des devoirs de bons pasteurs auprès de leurs paroissiens. " (2)
M. André-Joseph Montenon de la Rue fut le successeur de M. Boucher et le second curé de St-Joseph. Sa nomination date du 10 janvier 1722.
C'est lui qui fit continuer et mener à bonne fin les travaux à l'église qui avaient été commencés pendant l'administration du curé Boucher. " La vie curiale de M. de la Rue ne fut marquée par aucun événement de grande importance. Après avoir été occupé pendant près de dix ans à la restauration et à l'ornementation de son église, il allait jouir en paix du prix de son travail,
(1) Hist. S. L. II— 97-98-
lorsque la mort vint lui enlever en 1734, son meilleur ami, dans la personne du seigneur Charest dont il était le conseiller et le confident de chaque jour. Les deux années qui précédèrent cette perte douloureuse furent aussi remplies de deuil pour le bon curé. Le premier mai 1732, trois de ses jeunes paroissiens, Louis Dubois, François Dubois et Joseph Branchaux s'étaient malheureusement noyés dans la rivière des Etchemins. En 1733, dans le cours de l'été, le fléau de la picote fit son apparition dans la paroisse et enleva, du 11 juin au 14 septembre, seize personnes. L'épidémie se répandit surtout parmi les enfants.
Au mois de février 1739, M. de la Rue tomba malade ; la paroisse fut alors desservie par les récollets François Carpentier et Barnabe et MM. Gastonguay et Guyon Fresnay.
M. de la Rue mourut le 18 juin 1739, à l'âge de 54 ans. Il laissait tous ses biens à la fabrique de St- Joseph.
Bon administrateur, prêtre généreux et dévoué, le deuxième curé de la Pointe de Lévy qui portait, comme son prédécesseur, un des beaux noms de la colonie et qui était allié aux meilleures familles, signait tout simplement ses actes : J. Lame. (1)"
M. Louis- Joseph Mercereau fut le troisième curé de St-Joseph. Né à Montréal, le 15 juin 17 16, il fit ses études classiques et théologiques au séminaire de Québec et fut ordonné prêtre, en juillet 1739, par l'évêque de Rennes, en France, où il passa un an.
La même année, le 9 octobre, il entrait en possession de la cure de St-Joseph. Son règne fut paisible et dura quatorze ans. Il vit la paroisse prendre des développe-
(1) Hist. S. h., II.— 171.
ments considérables du côté de St-Henri et en arrière de l'Etchemin : il se plaisait lui-même à encourager la poussée des colons vers l'intérieur, sur les bords de l'Etchemin. On voit par sa correspondance avec le seigneur Charest, qu'il lui recommandait ceux qu'il jugeait capables de faire de bons colons.
La paroisse de St-Henri de Lauzon doit le compter au nombre de ses bienfaiteurs et même le considérer comme son fondateur.
L'établissement de la mission de St-Henri lui donna un surcroît d'ouvrage. Aussi, dès 1748, on voit qu'il eut l'aide d'un vicaire, dans la personne de M. Charles Plante. De 1750 à 1754, ce fut M. Antoine-Marie Morand, qui lui prêta l'aide de son ministère. Dans l'été de 1754, il dût s'absenter près de deux mois. Le récollet Didace Cliché, M. Jean Baptiste Fréchette, le récollet Daniel Normandeau, le père Gélase de l'Estage, vinrent tonr à tour le remplacer. Son dernier acte, sur le registre de St-Joseph, est daté du 11 octobre 1754.
En 1758, M. Mercereau était curé à Verchères, où il mourut le 8 Juillet 1777. (1)
Ce fut M. Charles Marie-Madeleine Youville Dufrost qui succéda à M. Mercereau, comme quatrième curé de St-Joseph. Il fit son entrée dans la paroisse, le 15 octobre 1754.
M. Youville Dufrost appartenait à une famille très distinguée de la colonie, et dans laquelle on compte plusieurs personnes consacrées au service de Dieu. La mère du curé de St-Joseph, Madame Marguerite Dufrost de la Gemmerais, veuve de François Madeleine Youville, est la fondatrice des Sœurs de la Charité de Villemarie, dans l'île de Montréal.
(1) Hist. S. h., page 233 et suivantes.
Jusqu'en 1759, — l'année de la conquête, — le ministère du curé Youville Dufrost fut bien paisible.
• La paroisse, avec les développements que prenait la nouvelle paroisse de St-Henri, et aussi avec l 'augmentations des familles dans Taniata et Etchemin, devenait très fatiguante à desservir. Aussi M. Youville Dufrost demanda l'aide d'un vicaire. De 1755 à 1757, il eut M. Jean Baptiste René Leridon Desallières qui fut remplacé par M Joseph Hypolite Filiau Dubois.
Arrêtons nous ici. Déjà le canon gronde ! Wolfe est devant Québec. Monkton a établi son camp près de l'église de St-Joseph de Lévy. Le curé Youville Dufrost est prisonnier avec 257 de ses paroissiens.
Arrêtons-nous ; nous reverrons le curé, au temps de la conquête.