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(3) Le i8ème gouverneur de Québec était alors M. de Vaudreuil.
ordonnées par Mgr de Pontbriand (i). On y alla en fonle ; les hommes s'y rendaient, la raquette au pied et le fusil en bandoulière. Les capitaines de milice reçurent ordre de tenir leurs compagnies prêtes à marcher au premier ordre. Celui qui commandait la milice de la côte sud était le lieutenant colonel Louis-Joseph Lambert, petit-fils d'Eustache Lambert que nous avons connu à Etchemin. Il ne parait pas cependant avec les braves miliciens qu'il avait sous ses ordres ; nous croyons que la maladie qui devait le mener au tombeau, le 21 janvier 1760, ne lui permettait pas de prendre le commandement. Ordre fut aussi donné de se retirer dans les bois, avec les femmes, les enfants, les bestiaux et les vivres, à l'approche de l'ennemi. Les curés avaient permission de dire la messe dans les cabanes, sans lumière, sans servant, à la façon des missionnaires chez les sauvages. A Etchemin, on devait se retirer aux grandes prairies foulées, avant 1 700, par les sauvages Abénaquis.
On prépara activement la défense de Québec et l'organisation d'un camp retranché à Beauport, (2) tandis que la flotte, conduite par Canon, célèbre corsaire de Dunkerque, comptait dix-sept bâtiments portant trois cent quatre-vingt-six recrues et des munitions.
Le 25 juin 1759, l'escadre anglaise commença à arriver. Le général Wolfe fit débarquer 5000 soldats à l'Isle d'Orléans et 2000 à Beaumont sous la direction de Monckton. Ce dernier se dirigea sur la Pointe Lévy où il eut à essuyer le 30 juin, une rude escarmouche de la
(1) Les évêques de Québec sous la domination française furent : Mgr de Laval (1658- 1688) ; Mgr de St-Valier (1688- 172 7) ; Mgr de Mornay (1728U733) ; Mgr Dosquet {i732>-l72>9) ; Mgr de l'Aùberivière (*739-i74o) ; Mgr de Pontbriand (1741-1760).
(2) Voir carte ci-jointe que nous publions avec la bienveillante permission du Rév. Frère P. Gonzilès, des Frères Maristesd'Iberville.
part de 50 colons, conduits par le brave et patriote seigneur de Lauzon, Etienne Charest.
L'arrivée de Wolfe permit à Monkton d'établir son camp à la Pointe Lévy, près de l'église qui fut transformée en hôpital.
Dans le même temps, une partie de l'armée de Wolfe campait sur la rive est de la chute Montmorency (i) et le colonel Hardy allait prendre position sur la pointe ouest de l'île d'Orléans. Wolfe avait déjà fait commencer l'érection de batteries sur les hauteurs en face de Québec, pour bombarder le boulevard de la nationalité canadienne française en Canada.
Le ii juillet, les anglais commencèrent à démasquer quelques batteries et firent comprendre aux habitants de la ville de Québec le malheur qui les attendait.
Le 12 juillet au soir, le bonbardement commença : de demi heure en demi heure, les anglais tiraient cinq coups de canon et autant de bombes ; ce fut un feu roulant toute la nuit, et ce feu devait se continuer sans relâche, jour et nuit pendant un mois. Les plus belles maisons de la ville, avec la cathédrale, devinrent la proie des flammes. La basse-ville fut entièrement incendiée. On estime qu'il fut lancé contre la ville 4,000 bombes et 10,000 boulets, du 12 juillet au 5 août.
Les femmes étaient retirées dans les bois, et les anglais étaient en possession de la côte Lauzon vis-à-vis Québec. Mais ils n'étaient pas tranquilles possesseurs ; ils étaient constamment harcelés par des partis de canadiens et de sauvages qui les guettaient continuellement, déchargeaient leur armes et ensuite disparaissaient dans les bois.
Des ordres furent donnés par le général anglais pour faire détruire par le feu les habitations des français, sur les deux rives du fleuve jusqu'à Ste-Croix en haut,
(1) Voir carte ci-j ointe.
et la Malbaie en bas. On dit que pins de 1400 maisons furent incendiées dans les campagnes (juillet 1759)*
" Dans le même temps, le 24 juillet, le major Dalling, à la tête d'un détachement d'infanterie, reçut l'ordre de se rendre à St-Henri pour y chercher des ravitaillements et ramener ceux des paysans qui s'étaient réfugiés là. Dalling accomplit sa mission avec célérité, il revient le lendemain au camp de Monkton, après avoir fait prisonnier le curé Youville Dufrost avec 287 de ses paroissiens, dont 54 hommes en état de porter les armes, 64 femmes et 169 enfants. Dalling ramenait aussi 300 têtes de bétail, chevaux, vaches et moutons. Monkton donna à diner dans sa tente au curé Youville Dufrost, puis fit servir des rafaîchissemeuts aux prisonniers. Dans la soirée, tous furent transportés à bord des frégates qui étaient mouillées en face du camp de la Pointe de Lévy. (1)
Le 31 juillet, avait lieu la bataille de Montmorency, dans laquelle les troupes anglaises ne furent pas heureuses. Les français attendirent que l'ennemi fut à quelques verges de leurs lignes et les couchèrent en joue ; leurs décharges furent si meurtrières, que les colonnes anglaises furent jetées en désordre et ne purent se rallier. Au même instant survint un orage furieux de pluie et de tonnerre dont le bruit imposant fit taire celui de la bataille. Quand le brouillard fut dissipé, on aperçut les troupes anglaises qui se rembarquaient avec leurs blessés.
Le général. Wolfe, accablé par cet échec, fit alors prendre position à toutes ses troupes sur les hauteurs de Lauzon, entre l'église de St-Joseph et les batteries qui ne cessaient point de bombarder Québec.
(1) Hist. S L. II—302.
"Le 4 septembre, dans l'après-midi, du haut des ramparts de Québec, on put voir les anglais rangés en bataille derrière leurs batteries, d'où ils dénièrent jusqu'à la rivière Etchemin, où ils dressèrent quelques tentes pour faire voir qu'ils voulaient camper, mais pendant la nuit les tentes furent abattues et une partie des troupes s'embarqua dans les vaisseaux qui étaient à l'ancre visà-vis Etchemin et St-Nicolas.
; " Du 5 au 8 septembre, ce fut ainsi un dénié continuel de troupes qui se dirigeaient vers la rivière Etchemin. Les colonnes traversaient la rivière à gué, à peu près à cinquante verges de son embouchure, et s'embarquaient sur des vaisseaux plats qui les transportaient à bord des vaisseaux de guerre
" Dans la nuit du 13 septembre, à une heure du matin, Wolfe s'embarquait à St-Nicolas, avec une partie de ses troupes, et descendait silencieusement jusqu'à l'anse qui devait garder son nqm désormais immortel . . . ' " A huit heures du matin, 8000 anglais étaient déjà rangés en bataille sur les hauteurs qu'ils avaient gravies à travers les broussailles et sans tirer un coup de feu." (1)
Les troupes »de Wolfe avaient complètement déjoué la surveillance de Bougainville envoyé pour épier les mouvements de l'ennemi.
Montcalm arriva avec son armée et alors, à dix heures du matin, sous les rayons chauds d'un soleil de la mi-septembre, commença cette bataille célèbre des Haines d'Abraham qui fut favorable aux anglais et dans laquelle les deux généraux ennemis, Wolfe et Montcalm, périrent tous deux, ensevelis, le premier dans sa victoire éclatante et le second dans sa défaite glorieuse.
La capitulation de Québec suivit la,., défaite de l'ar-
(1) Hist. S. L. 11—307.
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mée. La garnison obtint les honneurs de la guerre. Les soldats et les marins devaient être transportés en France. Les citoyens conserveraient leurs biens, leurs droits et leurs privilèges avec le libre exercice de la religion catholique. Les habitants des campagnes qui mettraient bas les armes auraient les mêmes avantages. Le 18 septembre, avant le coucher du soleil, les portes de la ville furent ouvertes. Le général Townshend, suivi de son état major et de ses troupes y fit son entrée solennellement, reçut les clefs de la ville et hissa sur la citadelle le drapeau anglais, d'où il ne devait plus descendre.
Monkton avait été blessé lui-même à la bataille des plaines d'Abraham. Impatient de retourner en Angleterre, il laissa au général Murray le gouvernement de la ville conquise, qui n'était plus qu'un monceau de ruines, et le 19, l'amiral levait l'ancre pour aller prendre la haute mer.
Laissons Québec sous le régime d'un camp militaire jusqu'au printemps de 1760, et suivons les événements qui vont se passer à Lauzon et surfcput à Etchemin, pendant ce temps.
Les équipages de la flotte de Canon furent d'une grande utilité pendant le siège de Québec pour le service des pièces de batteries ; mais vu qu'ils ne pouvaient faire face aux vaisseaux anglais, ordre avait été donné au capitaine Canon de mettre sa flotte à l'abri au-dessus du Richelieu. Ce marin intrépide ne voulut point, une fois la place rendue, exposer ses navires à hiverner dans le fleuve St-Laurent où la débâcle les aurait infailliblement fait périr. Il résolut donc de forcer le passage de Québec pour retourner en France. Le 22 novembre, sa flotte paraissait à la hauteur du Cap-Rouge. Elle ne se
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composait que d'une douzaine de voiles, deux frégates et deux autres navires en ayant été détachés pour hiverner à Sorel. Le capitaine Canon appareilla hardiment pendant la nuit obscure du 24 et franchit le passage malgré les boulets et les bombes lancés de la haute et de la basse ville. Trois frégates et un navire s'échouèrent dans le trajet, sur la côte du sud, en face d'Etchemin. Les équipages les abandonnèrent après y avoir mis le feu.
" Un de ces vaisseaux, V Elisabeth, n'ayant pas brûlé, les Anglais envoyèrent une goélette armée pour s'en emparer ; mais le commandant français lança sur elle deux de ses embarcations montées de ses plus braves marins, conduits par son second, M. de la Géraudière. Ils l'abordèrent sous le feu de ses canons et de sa mousqueterie, la saisirent et allèrent triomphalement rejoindre la flotte. (1)
" Après que Canon eut disparu, le capitaine Miller, du Racehorse destiné à rester à Québec avec le Porcupine, vint avec une quarantaine d'hommes prendre possession de Y Elisabeth. Le commandant de ce dernier, avant de l'abandonner, avait mis une trainée de poudre depuis la sainte-barbe jusqu'à la cabine d'arrière avec une mèche allumée. Miller, ne voyant pas cette mèche presque éteinte, eut l'imprudence de faire du feu, des étincelles tombèrent sur la poudre et le vaisseau sauta. Presque tout le parti fut tué instantanément et le reste fut grièvement blessé. Un habitant du voisinage, attiré par l'espoir de recueillir quelques provisions parmi les épaves, les trouva entourées de morts et de blessés affreusement mutilés. Il porta chez lui les survivants avec
(1) Casgrain, Montcalm et Lé vis, II — 317.
l'aide de ses voisins, leur prodigua les premiers soins et vint donner l'alarme à Québec, où ils furent transportés ; presque tous moururent en peu de temps
"Cet habitant reçut, en récompense de sa belle conduite, vingt piastres et une quantité de viandes salées.
" Quelque temps auparavant, vers la fin de septembre, un autre frégate française, le Maréchal de Sennetaire, commandée par M. de Grande Rivière, s'était aussi perdue près de la rivière Chaudière. " (i)
Les richesses possibles contenues dans ces vaisseaux naufragés ou déposées, après le naufrage, dans certaines cachettes faciles à reconnaître plus tard, hantèrent pendant longtemps l'imagination d'un certain nombre. Aussi les chercheurs de trésors se mirent à l'œuvre avec un zèle infatigable.
La Gazette de Québec publia, le 30 avril 182 1, sous le titre de " Trouvaille cPun canon à V embouchure de la rivière Etchemin" l'entrefilet suivant :
" La chute des eaux du St-Laurent qui a été remarquée au-dessus des lieux où la marée monte, l'a été pareillement dans les environs de Québec. Le corps d'un vaisseau de guerre qui a péri du temps des Français, visà-vis l'embouchure de la rivière Etchemin, s'est trouvé découvert à basse marée, et on dit qiûil a été trouvé plusieurs pièces de canon de cuivre et autres articles. Nous serions bien aises de savoir les particularités d'une personne q?ii les aurait vîtes elle-même. "
Il n'en fallut pas davantage pour enflammer de nouveau l'esprit des gens et pendant plusieurs années, on fit des recherches, en employant, paraît-il, les moyens conseillés dans les livres célèbres à l'usage des chercheurs
(1) Hist. S. L. II— 318-321.
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de trésors. Vers 1860, nous entendions le cnré de St- Romnald ridiculiser dn haut de la chaire, les moyens pris pour trouver les précieux trésors : certaine branche d s arbre ; le cierge qui avait brûlé à la tête d^nn mort, pendant son service ; la chandelle faite avec de la graisse éPun mort, etc., et il disait à ses paroissiens que l'état de disette dans lequel se trouvait le pays, lors de la conquête, et les circonstances dans lesquelles les vaisseaux de Canon avaient laissé le pays ne permettaient pas de croire qu'ils pouvaient receler de grandes richesses.
Mais revenons à la Pointe Lévy, à la fin de novembre
Les détachements anglais qui avaient été laissés à
St-Joseph, s'en allèrent à Québec, pour y passer l'hiver avec les autres soldats.
" Le 30 novembre, le capitaine Leslie, à la tête d'un détachement de 195 hommes, traversait à la Pointe Lévy, avec ordre de désarmer tous les habitants sur la rive droite du fleuve St-Laurent, en aval de Québec. Il fut retenu quelque temps à l'église de St-Joseph, afin de surveiller des partis de maraudeurs qui se montraient dans le voisinage. Après avoir fait prêter le serinent d'allégeance et obtenu la soumission des habitants de la côte sud, Leslie revint à la Pointe Lévy, vers le 15 décembre. Le gouverneur Murray, ayant eu vent que le capitaine St-Martin se tenait dans ces parages avec 500 hommes d'élite, Leslie dût se barricader dans l'église et le presbytère. Il ne rentra à Québec que le 22 décembre. L'hiver du Canada était alors définitivement établi, avec ses avalanches de neige, ses ouragans, ses nuages de poudrerie, ses vents glacés fouettant les joues, les déchirant comme des morsures." (1)
(1) Hist. S. L. Il— 321.
Le capitaine St-Martin ne devait descendre à la Pointe Lévy que vers la fin de janvier 1760, an moment où le pont de glace se formait. Il avait reçu des ordres du chevalier de Lévis qui s'était retiré à Jacques-Cartier, fort mécontent de la capitulation de Québec, et se préparant à prendre la revanche le plus tôt possible.
St-Martin s'appliqua à fatiguer les anglais de ses escarmouches et de ses sorties soudaines et souvent rudes pour l'ennemi. Il se fortifia dans l'église et le presbytère qui avaient été désertés par les anglais.
Le 13 février, le major Dalling traversa sur la glace avec deux cents soldats, deux canons, et des canoniers que devait accompagner un plus fort détachement. La première décharge du canon mit la confusion dans les rangs français ; cependant les soldats de St-Martin firent une résistance opiniâtre jusqu'à ce que se voyant sur le point d'être cernés par des forces supérieures, ils se replièrent sur les coteaux voisins où ils continuèrent à se défendre. St-Martin battit en retraite vers l'Etchemin, laissant l'église et les environs en possession des anglais qui s'y barricadèrent. Quatre cents soldats anglais furent chargés de défendre ce poste.
Le 19 février, l'officier commandant envoya deux sergents et vingt hommes battre la campagne jusqu'à Etchemin. Ces derniers furent attaqués par les Français et les sauvages, près du pont Amyot, et perdirent deux hommes qui fureut tués et sept autres qui furent faits prisonniers.
St-Martin voulut prendre sa revanche, le 24 février ; mais l'arrivée du gouverneur Murray avec 3000 hommes le força à retraiter. St-Martin traversa l'Etchemin, puis la rivière Chaudière et alla se cantonner dans la paroisse de St-Antoine de Tilly.
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" Le gouverneur Murray, ennuyé des attaques continuelles que St-Martin faisait subir à ses avant-postes, résolut de frapper un grand coup.
" Le 26 février au matin, le major Elliot, du 43ème. régiment, traversait le fleuve avec un détachement de 390 soldats et matelots, et il faisait mettre le feu aux maisons des paysans désarmés, depuis la rivière Etchemin jusqu'à la Chaudière. Ainsi furent détruits en une journée, au milieu du plus rigoureux hiver, tous les établissements qui se trouvaient alors sur le territoire des paroisses de St-Romuald et de St-Jean Chrysostôme. " (1)
C'était la seconde fois que les maisons d'Etchemin passaient au feu, depuis l'arrivée des anglais à la Pointe- Lévy ; on se rappelle en effet que sept mois auparavant, le général Wolfe avait donné ordre, le 24 juillet 1759, d'incendier toutes les maisons en haut et en bas de Québec ; les maisons d'Etchemin avaient subi le même sort que les autres. Celles qui étaient en pierres avaient, été refaites assez vite après la capitulation de Québec ; cette fois, au milieu du froid de l'hiver, toute la population d'Etchemin fut forcée d'en revenir à la cabane des premiers colons de l'endroit. Les temps sont durs pendant les guerres !
" Les détachements de M. de St-Martin, dit Malartic, dans son journal (p. 309), n'ont pas été d'une grande utilité. Ils sont cause que Murray a fait brûler vingt-cinq maisons à la Pointe Lévy."
" On a voulu, dit Knox, punir ces habitants de leur rébellion, car non-seulement leurs jeunes gens ont pris les armes et joint l'armée française, mais ils ont fait tous leurs efforts pour entraîner les paroisses voisines à suivre
(1) Hist. S. L. IE-335.
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leur exemple et à manquer à leurs engagements. Bien plus, ils ont négligé, au mépris des ordres répétés du gouverneur, d'avertir de l'arrivée de St-Martin." (i)
Mais, après la prise de Québec, qu'était devenu le vaillant curé Youville Dnfrost ?
Le curé qui avait été fait prisonnier de guerre, le 24 juillet 1759, à St-Henri, avait-il été pendu ou fusillé sur l'un des vaisseaux anglais ?
" Ce n'est pas sans émotion que celui qui veut étudier les événements de cette époque, ouvre les registres paroissiaux de 1759-60. Il semble que chacun de ces feuillets soit marqué de sang et porte la trace des pleurs qui furent versés pendant Vannée terrible. Ces lignes irrégulières, pressées les unes sur les autres, écrites d'une main nerveuse, ces pages maculées, froissées, demie rongées, ne sont-elles pas des témoins vivants ?
" Partout le deuil et la désolation-. La cloche qui annonçait les joyeuses fiançailles ou le baptême des nouveaux nés est muette. Elle ne sonne plus, même pour les morts. Ceux qui tombent sont enfouis à la hâte, au bord des routes, dans les profondeurs des bois, sans prêtre, sans prières, sans chants funèbres.
" Les cérémonies du culte, forcément interrompues pendant l'occupation militaire de la Pointe Lévy, se continuèrent à l'automne, après la prise de Québec.
" On retrouve alors le curé Youville Dufrost, sorti de captivité et donnant la sépulture chrétienne en terre sainte, à ceux qui étaient disparus pendant le siège. Le premier janvier de l'année 1760, il était encore à la Pointe Lévy. Il y bénissait même un mariage, la veille des Rois, dans l'église en ruine." (2)
(1) Hist. S. L., 11—335-
(2) Hist. S. L., II— 340-342.
Prévoyant que son église, à l'arrivée de St-Martin, serait encore occupée par les anglais, et comme il était déjà soupçonné d'intelligence avec l'ennemi, il ne voulut pas s'exposer à renouveler l'expérience d'un séjour sur les pontons anglais dont il venait de goûter.
Vers le milieu de janvier et peut-être avant, le curé Yoti ville Dufrost s'empara de ses papiers les plus précieux et fila vers la région de Montréal où flottait encore le drapeau blanc.
Au mois de juin 1760, il dirigeait la petite cure de Ste-Rose, sur l'île Jésus, en arrière de Montréal.
Après le départ précipité du curé de St-Joseph, un prêtre récollet, le père Didaee Cliché, vint tenir sa place jusqu'au commencement de février. Ce fut le père Cliché qui présida, le 21 janvier, à la sépulture dans l'église, d'un respectable citoyen d'Etchemin, le lient-colonel de la milice de la côte sud, Louis-Joseph Lambert, décédé à l'âge de 65 ans. Son épouse, Geneviève Rouer de Villeray, qui mourut trois mois après son mari, ne fut pas inhumée à St-Joseph, mais à St-Nicolas, le 16 avril. Nous croyons qu'après l'incendie des maisons d'Etchemin, le 26 février, elle était allée demeurer dans cette dernière paroisse.
Cependant l'hiver s'en allait ; qu'allait-il arriver au printemps? Les anglais espéraient d'en finir complètement à la belle saison. Les canadiens, " aussi français de cœur que s'ils avaient vécu au milieu de la France " dit Sisonondi, ces canadiens qui avaient tout perdu : habits, meubles, instruments d'agriculture, chevaux et bestiaux et qui étaient obligés de vivre dans des cabanes, à la façon indienne, eux aussi espéraient et ils passèrent l'hiver à préparer des fascines et des échelles, à réparer les bateaux, à amasser des provisions et des munitions.
" Aux premiers jours du printemps, Lévis se mit en marche avec son armée. On vit alors accourir sous ses drapeaux, des vieillards de quatre-vingts ans et des enfants qui avaient peine à porter un fusil.
" Aussitôt que le général Murray connut les approches de l'ennemi, il donna l'ordre d'expulser de la ville tous les français, sans en excepter les femmes et les enfants. Ce fut un triste spectacle que de voir ces pauvres gens errant à travers la campagne, sans abri, sans nourriture, à moitié vêtus. Mais ainsi le veut le sort de la guerre !
"Le 28 avril, avait lieu la glorieuse bataille de Ste- Foy, le dernier adieu de la victoire aux armes françaises sur la terre d'Amérique. Près de 3000 hommes tombèrent sur le champ de bataille. Le sol fut rougi du sang que la terre gelée ne pouvait boire.
" Murray opéra sa retraite sur Québec, bien décidé à prolonger la résistance jusqu'à l'arrivée de la flotte de secours.
u On attendit !
" Enfin le 9 mai, vers onze heures du matin, une voile apparût derrière la Pointe Lévy. Etait-elle française ou anglaise ? " (1)
Quand les anglais virent que c'était un navire anglais, suivi de plusieurs autres, l'allégresse fut vive et bruyante parmi eux. La ville, le camp de Lévis qui faisait le siège de Québec depuis le soir de la bataille de Ste-Foy, le fort et les campagnes voisines retentirent au loin de leurs cris et du roulement de leurs canons.
Toute espérance devait maintenant s'évanouir dans les cœurs français, et le Canada devait passer à la couronne d'Angleterre !
(1) Hist. S.L. 11-337.
Lévis se replia sur Montréal où le général anglais Amherst arriva bientôt avec 20,000 hommes. La ville ne pût soutenir un siège et capitula (8 septembre 1760). Comme on refusait au brave Lévis, les honneurs de la guerre, celui-ci se retira à Pile Ste-Hélène et brûla ses étendards plutôt que de les livrer.
70,000 français devaient rester sur les bords du St- Laurent et faire l'essai du régime anglais.