CHAPITRE NEUVIEME
Henry Caldwell, dixième seigneur de Lauzon, (1S01).— Commerce de bois. — Moulins d'Etchemin. — Manoir seigneurial.— Chemin de front de Taniata.— Travaux à St-Nicolas.— Les MM. Hnmiltou à New-Liverpool. — John Caldwell, successeur de son père et onzième seigneur de Lauzon.-- Etat d'Etchemin et de New- Liverpool en 1S15. — Immigration venant des vieux pays. — Catholiques et protestants.— La défalcation du receveur général Caldwell connue en 1S23.— Frocès de Caldwell, devant la Chambre d'assemblée. — Le lieutenant-colonel Lambert, — Pont sur l'Etchemin en 1S1S. — Pont snr la Chaudière en 1830.
Le gouverneur Murray avait répondu victorieusement aux attaques de ses ennemis du Canada ; mais il ne devait plus revoir sa seigneurie de Lauzon. Il mourut en 1794, à l'âge avancé de 90 ans, dans une maison qu'il avait nommée " Beatiport, " dans le comté de Sussex, en Angleterre.
Le 28 février 1801, Henry Caldwell acheta la seigneurie de Lauzon et toutes les propriétés que l'ancien gouverneur avait possédées en Canada, pour la somme de 10,180 louis sterling. Des amis complaisants lui vinrent en aide pour solder le montant ci-dessus.
Le dixième gouverneur de Lauzon. Henry Caldwell, non content de ces propriétés qui étaient considérables, en acheta d'autres. Une de ses grandes jouissances fut toujours d'acheter, de vendre et d'échanger.
L'ancien officier de l'armée de Wolfe, devenu seigneur de Lauzon, possédait déjà, sur sa propriété de
Lauzon, les moulins à farine de St-Nicolas, de la Pointe Lévy et de St-Henri. Il en construisit un autre dans la paroisse de St-Henri, sur la rivière Boyer qu'il fit écluser. Par là, il fut à même de faire de bons profits dans les exportations de blé en Angleterre qui s'étaient élevées, en 1802, à 1,010,033 boisseaux. Le prix moyen d'un boisseau était de 7 shellings 6 pences ($1.50).
Mais c'est dans le commerce de bois que Caklwell employa toute son activité. Le blocus continental ordonné par Napoléon contre l'Angleterre, devait forcer celle-ci a tourner les yeux vers les forets du Canada. " C'est alors que ce commerce prit, dans le pays, des proportions inconnues auparavant. Ce fut l'origine de l'établissement des puissantes maisons des Price et des Hamilton. Pendant cinquante ans, Québec, un des plus beaux ports du monde, devait vivre de ce commerce. Ses grèves, encore désertes, se couvrirent de la dépouille des forêts et l'on ne comptait plus les navires qui, chaque année, venaient y prendre leur chargement. " (1)
,, La seigneurie de Lauzon située en face de la capitale, bordée par un rivage admirablement adapté pour les fins du commerce de bois d'exportation et creusé comme il est par des anses spacieuses et de facile accès, partagea avec Québec, la bonne fortune qu'apportaient les hasards de la guerre. " (2)
Le territoire d'Etchemin, " entre les deux rivières " devait avoir sa bonne part et, avec le temps, devait connaître une activité que la seule culture de la terre n'aurait jamais pu lui donner.
Mais continuons à citer l'histoire de la seigneurie de Lauzon ; nous ne pouvons pas dire mieux.
(1) Hist. vS. L., III-363.
(2) Hist. S. L. III— 364.
" Caldwell n'était pas homme à laisser dormir les immenses ressources qu'il possédait dans les forêts de sa seigneurie. Aussi, dès 1804, on le voit donner des ordres pour abattre des grandes quantités de chênes sur les bords de la rivière Etchemin. Aux côtés de ses moulins à farine, il va installer des scieries perfectionnées et s'emparer de tous les terrains, de toutes les grèves, de tous abords de rivières qui pourront faciliter le grand commerce qu'il veut entreprendre.
"On sait, que sous le régime féodal, le seigneur avait le droit de reprendre du censitaire, moyennant compensation, tous les terrains qu'il lui avait concédés ; c'est ce qu'on appelait le retrait féodal.
" Caldwell usa abondamment de ce privilège.
u C'est à l'embouchure de l'Etchemin qu'il avait résolu de fixer le centre de ses opérations et il commença de suite, sans compter, à retraire des habitants toutes les pièces de terres qui lui semblèrent utiles. Il serait oiseux de relater ici, les actes d'échanges ou de transactions qu'il imposa alors aux propriétaires. Qu'il nous suffise de dire qu'en 1806, il était déjà en possession de tous les îlots qui gisent à l'entrée de l'Etchemin et de la plus grande partie des terrains qui bordent cette rivière, près du fleuve St-Laurent." (1)
C'est alors, par une transaction du 8 octobre 1806, que les héritiers de Joachim Deniers durent faire le sacrifice de tout le bas de leur terre avoisinant le côté ouest de l'Etchemin et comprenant les îlots, et durent aller fixer leur demeure au bout d'en haut de la concession des 40 arpents. C'était l'ancienne terre de M. de la Gorgendière. L,es autres propriétaires, Etienne Deniers et Julien Deniers, ne perdirent que leurs grèves et leurs
(1) Hist. S. L. III— 364
îlots jusqu'au bord sud du rigole t coulant à quelques pieds du chemin du roi.
Caldwell fit aussitôt relier les îlots par des quais, creusa des bassins, éleva des chaussées et y bâtit une des plus belles scieries que l'on pût voir clans le pays.
Le rigolet fut fermé par une écluse à doubles portes, munies de vannes chacune, en arrière de la maison de Julien Deniers, et forma le bassin qui s'appelle le petit étang. Un pont construit sur l'écluse permettait aux piétons et aux voitures de communiquer entre les moulins et le village. L'autre bassin, appelé le grand étang, était au nord et fournissait l'eau au grand et au petit moulin. Ces deux étants étaient alimentés par la rivière Etchemin qui avait été barrée par une chaussée assez large pour permettre aux voitures de passer et qui, par là, déversait son eau dans les étangs.
Quand il fallait recevoir les bois qui arrivaient par le fleuve St-Laurent, on ouvrait, à la marée montante, les écluses du petit étang. Lorsque le bois était entré, on fermait les écluses et l'on faisait arriver dans cet étang l'eau de la rivière Etchemin. Une fois le petit étang rempli d'eau, on n'avait qu'à ouvrir une porte pour faire pénétrer les bois dans le grand étang.
Les moulins d' Etchemin n'ont pas cessé, depuis 1804, de fonctionner, même après avoir changé de propriétaire, et ils ont toujours eu une légitime renommée jusqu'aujourd'hui, malgré les vicissitudes à travers lesquelles le commerce de bois a passé.
Il ne restait plus maintenant au seigneur Henry Caldwell, qu'à posséder un manoir clans sa seigneurie, pour y recevoir la foi et l'hommage de ses censitaires.
"L'endroit qu'il choisit pour y bâtir son manoir, fut un coteau alors couvert de pins gigantesques, d'où la vue
embrasse toute la rade de Québec, à mi-chemin entre la rivière Etchemin et la petite rivière à la Scie. " La maison, sans être somptueuse dans ses formes architecturales, fut cependant aménagée de façon à donner tout le confort digne de la large hospitalité avec laquelle Caldwell savait recevoir. La forêt épaisse au milieu de laquelle elle s'élevait, fut taillée de façon à donner de belles échappées de vue sur le fleuve. On groupa les massifs d'arbres, de larges avenues furent tracées et des mains habiles dessinèrent de beaux jardins anglais." (i)
Aux environs du manoir, la terre était cultivée avec succès, et suivant les nouvelles méthodes. La ferme de Caldwell devint célèbre par ses plantureuses récoltes.
Pendant ce temps, on travaillait encore à ouvrir de nouveaux chemins. Le 25 juillet 1804, fut fixé le chemin de front du village de Taniata, de manière à en faire comme la prolongation de la route des 40 arpents qui partait du fleuve.
Le 19 février 1804, Henry Caldwell avait perdu son épouse, Anne Caldwell, à sa résidence de Belmont, sur le chemin de Ste-Foy. Ils n'avait qu'un fils unique, John Caldwell, dont l'éducation fut très soignée. D'esprit très éveillé, et servi par une belle intelligence, le fils John fit de grands progrès.
Il fut reçu avocat en 1798, et il se fit donner une commission d'officier dans la milice volontaire.
Le père se faisant vieux, le fils prit sa place. Habile ingénieur, il améliora beaucoup les machineries des moulins à farine de la seigneurie, et comme les ouvriers spécialistes manquaient, il en fit venir d'Europe et des Etats-Unis. C'est lui qui mena à bonne fin les travaux gigantesques, entrepris à St-Nicolas, pour détourner les
(i) Hist. S. h., III— 36G.
eaux de la rivière Beaurivage et les conduire aux moulins à farine de cette paroisse ; avec le pic et la pelle seulement, les ingénieurs d'aujourd'hui n'auraient pas fait mieux !
Il fut député du comté de Dorchester qui comprenait alors la Beauce et la seigneurie de Lauzon, depuis 1800 jusqu'à 18 12, où il fut alors fait conseiller législatif.
C'est en 1809, que la maison Hamilton, célèbre dans le commerce et l'exportation des bois, ouvrait son établissement près de la Chaudière, à l'endroit qui prit dès lors le nom de New-Liverpool. Le 31 août 1809, Henry Caldwell consentit un bail à George Hamilton, d'une grève de neuf arpents de front, où celui-ci commença à bâtir une fortune qui devait être évaluée plus tard à plusieurs millions. (1) Ce chantier fut continué par MM. Price, Jameison, Roberts et Benson, dans la belle anse de New- Liverpool. Vers 1826, les MM. Hamilton tinrent leur o-rand chantier de madriers, qu'ils faisaient descendre de l'Ottawa, sur la grève en face de l'ancienne propriété du premier colon Eustache Lambert, depuis la Pointe Benson en descendant. Une statistique intéressante serait celle qui nous donnerait le chiffre des quantités de bois qui sont sorties des chantiers Hamilton et Benson ainsi que des moulins Caldwell ou Atkinson. Ce chiffre devrait être énorme !
Ajoutons aussi en passant que. en 1809, Caldwell reprit, pour l'utiliser dans les chantiers de bois, le terrain que les descendants du sieur Déjadon, possédaient au même endroit appelé New-Liverpool,
Voyant sa santé diminuer de plus en plus, Henry Caldwell fit nommer provisoirement son fils John; à la charo-e de receveur général qu'il occupait depuis 1794.
(1) Le 8 mars 1811, le grand-voyer ouvrit et redressa le chemin qui longe le fleuve dans New-Liverpool jusqu'à l'établissement de MM. Hamilton.
Il vit arriver stoïquement la mort qui vint le chercher, le 28 mai 1810, dans sa résidence de Belmont, alors qu'il était âgé de 75 ans. Il laissait un testament olographe, non daté, par lequel il instituait son fils John Caldwell, son légataire universel.
John Caldwell devenait le onzième seigneur de Lauzon et en même temps,il était continué dans la charge de receveur général qu'occupait son défunt père.
L'histoire du nouveau seigneur de Lauzon s'ouvre pour ainsi dire avec la guerre de 18 12 qui éclata entre l'Angleterre et les Etats-Unis. Nous n'en dirons rien, parceque Etchemin n'a pas été le théâtre d'aucun fait qui mérite d'être signalé.
En 18 15, John Caldwell rendit foi et hommage pour sa seigneurie, mais sans l'accompagner d'un aven et dénombrement, comme c'était la coutume sous le régime français. Cependant une carte, publiée à Londres en 1815, nous fait connaître l'état de la seigneurie de Lauzon à cette époque ; on y voit que la paroisse de St-Romuald d'aujourd'hui était connue sous le nom de moulins ou chantiers d'Etchemin et de New-Liverpool.
Sur le territoire de St-Jean Chrysostôme, les villages de Taniata, de l'Hétrière, de St-Augustin, de St-Romain, du Bras, de Penin, de Bélair, de Boisclair, de Plaisance sont établis. La paroisse de St-Lambert n'était alors qu'une forêt, avec quelques éclaircies, sur les bords de la Chaudière.
La même année, le géographe Bouchette, dans sa Topographie du Canada, mentionne les moulins d'Ethemin et les chantiers de New-Liverpool.
" De la pointe des Pères jusqu'à la rivière Chaudière, dit-il, le rivage était complètement occupé par des chantiers. Le principal est le crique de New-Liverpool,
appelé vers 1814, New-Glascozt\ et appartenant à MM. Hamilton & Cie. Dans cette baie sablonneuse, protégée an nord-est par une pointe de rochers où il y a tin vaste quai, les vaisseaux mouillent pour prendre cargaison. Xa situation du rivage et la profondeur de l'eau rendent cet endroit très commode pour la construction des vaisseaux. De nombreuses maisons sont construites dans cette anse pour le logement des travailleurs. A l'entrée de la Chaudière, il y a un autre quai avec des magasins pour le chargement des farines. " (1)
On voit, par ce témoignage de Bouchette, que les maisons deviennent nombreuses à New-Liverpool, pour contenir les familles des travailleurs. Mais d'où venaient ces familles ? Sans doute quelques-unes étaient du pays même, mais aussi, il y avait des familles protestantes venant d'Angleterre et d'Ecosse, et surtout des familles catholiques émigrées d'Irlande. En 181 5 et pendant les années suivantes, l'immigration des familles étrangères fut considérable. Caldwell et Hamilton firent leur possible pour retenir plusieurs des nouveaux arrivés qui avaient peu de goût pour la culture mais qui pouvaient être d'excellents manœuvres à l'exploitation des moulins et des chantiers.
Une nouvelle classe d'hommes allait se former à côté de celle des propriétaires du sol. D'après les registres de St- Joseph, depuis 181 7, on voit quels étaient ceux qui étaient les premiers arrivés dans la paroisse ; on y lit les noms de John Maguire, Eruca Magowen, Bartholomew Kelly, William Foley, Denis Powell, et son père, Daniel Powell, Charles O'Dougherty, John Baker, aubergiste, Philip Whitty, forgeron, John Wood, Thomas Hukay, Arthur Allen, John Doherty, John Scallen,
(1) Hist. S. L., IV— 29-3o
Cornélius McAvoy, Patrick Gallagher, Robert Wilson, Henry McReady, Thomas Dunly, William Gatney, William Toping et Thomas Quinly.
Plusieurs des familles portant les noms ci-dessus habitaient Etchemin et New-Liverpool, comme nous aurons occasion de le voir.
La paroisse de St-Nicolas en reçut aussi un grand nombre.
Les protestants commençaient aussi à compter. La ville d'Aubigny, projetée par Caldwell sur les hauteurs de Lévy, en face de Québec, avait son pasteur anglais, le Révérend Burrage qui desservait en 1825, tous les endroits de la seigneurie où il était appelé ; il allait jusqu'à St-Nicolas, à St-Antoine et dans la Beauce même. A part de ceux qui résidaient à Lévy, on voit, à Etchemin, Alexander Hall, Andrew et John Ritchie ; à New- Liverpool, William Bright, Thomas Jolly et Timothé Amiraux ; ce dernier y tient un magasin.
"En 181 7, John Caldwell vendit sa résidence de Belmont sur le chemin Ste-Foy et vint habiter, pendant l'été, son manoir seigneurial près de l'Etchemin. C'est là que pendant vingt années, il devait mener ce train de vie qui fait encore l'étonnement et l'admiration des braves censitaires de Lauzon. C'est là qu'il était dans son rôle préféré de grand propriétaire et de gentilhomme campagnard. (1) "
11 était veuf depuis 1806, après avoir vécu six ans avec son épouse, Jane Davidson, qui lui avait laissé deux enfants : Henry John et Ami Caldwell.
" Cependant les immenses travaux entrepris par Caldwell, le grand commerce de bois qu'il menait, les nombreux moulins qu'il élevait de toutes parts, les nou-
(1) Hist. S. L. IV— 90.
velles acquisitions qu'il ne cessait de faire, entraînaient une mise de capitaux extraordinaire. " (i)
Où prenait-il l'argent, ce nerf de la guerre et de bien d'autres choses ? La chambre d'assemblée soupçonnait depuis longtemps Caldwell de puiser dans la caisse publique dont il avait la garde, comme receveur général. Il lui semblait mystérieux que ce fonctionnaire pût mener tant d'opérations à la fois, et se suffire à luimême.
Elle voulait, depuis 1815, s'enquérir de ses comptes et connaître la vraie situation des finances du pays, mais Caldwell avait des amis sur les hauteurs du pouvoir et, comme sa nomination relevait du gouvernement impérial, il prétendait ne pas être obligé de rendre compte à la chambre provinciale.
Enfin en 1823, *a catastrophe prévue depuis si longtemps, éclata et pendant près de vingt années, la défalcation du receveur-général Caldwell pour un montant de 100.000 louis sterlings allait défrayer la chronique scandaleuse du pays.
Caldwell lutta en vain contre la catastrophe ; il envoya son beau-frère, John Davidson, en Angleterre, mais celui-ci n'eut pas de succès. Le gouverneur fut obligé d'annoncer à l'assemblée, le déficit du receveur, et Caldwell fut suspendu.
Il n'entre pas dans notre plan de suivre toutes les péripéties du grand procès qui lui fut intenté par la chambre d'assemblée et qui devait se prolonger après les troubles de 1837.
Laissons-le en 1830, au moment où il vient d'hériter, d'un parent d'Angleterre, du titre de baronet et appelons-le à l'avenir Sir John CaldzvelL
(1) Hist, S. Iv-, IV.— 277.
(Qu'il nous soit permis de saluer, en passant, l'une des créatures de Sir John Caldwell et l'un de ses fidèles agents pendant nombre d'années, dans la personne d'un respectable citoyen d'Etchemin, nommé Pierre Lambert. Celui-ci appartenait à la famille des Lambert de St- Antoine de Tilly, était marié à Marie-Cécile Noël, et avait reçu son brevet d'arpenteur à la date du 17 octobre 1797. (1) Il a cumulé à Etchemin les charges d'agent de la seigneurie, d'arpenteur, de secrétaire des écoles, de maître-chantre dans les églises de St-Jean- Chrysostôme et de St-Romuald, et enfin celle de lieutenant-colonel de milice. Il nous fait plaisir de lire aujourd'hui ses écrits qui sont bien faits et tracés avec une plume d'oie, conduite par une main exercée. Au jour de sa sépulture, à St-Romuald, le 23 janvier 1863, alors qu'il était âgé de 83 ans, la paroisse voulut lui témoigner sa reconnaissance. Tous les fusils de la paroisse furent décrochés et mis entre les mains des jeunes gens qui reçurent d'un professeur d'une école indépendante d'Etchemin, devenu sergent instructeur, quelques leçons pour s'aligner et mettre un pied devant l'autre avec un ensemble uniforme, afin de faire de dignes funérailles militaires au regretté lieutenantcolonel. Le sergent-instructeur de ces soldats d'un jour n'était autre que le Dr Michael Ahern, aujourd'hui l'un des plus habiles chirurgiens de la cité de Québec.
Depuis 18 18, les familles d'Etchemin étaient heureuses d'avoir un pont sur la rivière Etchemin à l'endroit où est aujourd'hui la chaussée Fitch ; cela les exemptait de traverser la rivière à gué comme ils l'avaient fait depuis les premiers établissements dans l'endroit, ou sur
(1) Hist. S. L., IV— 400 (note).
la chaussée Caldwell, comme ils pouvaient le faire depuis 1805, souvent à leur grand péril.
Ce pont fut construit aux frais du pays par les commissaires nommés par la chambre d'assemblée qui firent rapport comme suit, le 26 janvier 181 8.
" Un pont sur la rivière Etchemin, près du fleuve, a été fait. Ce pont était nécessaire pour faciliter la communication au sud, et le long du fleuve. Il n'aurait pu être demandé par des individus pour être fait avec un droit de péage, parce qu'il n'aurait pas promis un gain assez sûr et assez considérable pour indemniser des frais d'une bâtisse ; mais comme cette rivière, où il a péri plusieurs personnes, obstrue la voie publique, nous avons bâti ce pont à même les deniers de la commission." (1)
Malheureusement, ce pont fut emporté par la débâcle, au printemps de 1824, et comme les habitants ne pouvaient le reconstruire, il fallut revenir à l'ancien chemin tracé plus bas et de nouveau passer la rivière à gué ou sur la chaussée Caldwell. Plusienrs projets furent émis pour reconstruire ce pont ; entre autres, Pierre Lagueux, d'Etchemin, offrit de prendre l'entreprise à sa sa charge, à condition que chaque habitant de Lévy et des paroisses d'en haut jusqu'à Ste-Croix, lui payât d'abord deux chelins et demi et s'engageât ensuite à.lui payer pour l'entretien une contribution annuelle de un chelin.
A une assemblée tenue au moulin banal de la Pointe Lévy, le 23 juin 1825, ^a proposition de Lagueux fut repoussée par 210 voix contre 55. (2)
On ne pût s'entendre. Cependant la reconstruction
(1) Voir rapport, 58 Geo. III, app. A, No. 9.
(2) Hist. S. Iv., V.— 455-
du pont s'imposait. Le gouvernement, dans l'intérêt public, prit encore l'initiative et le fit reconstruire en 1831, dans la même année que celui de la Chaudière fut construit. Ce nouveau pont fut placé un peu plus bas que l'ancien ; c'est le pont actuel. Il est aujourd'hui à la charge de la commission à barrières de la rive sud, de même que le chemin royal.
Un autre pont sur la Chaudière avait été décidé en 18 18 et la législature avait donné à Walter Davidson le privilège de construire ce pont. Pour une raison ou pour une autre, Davidson n'avait pas mis son projet à exécution. La population de la rive sud se trouvait privée de toute facilité de communication. A la crue des eaux, au printemps, le passage était pour ainsi dire impossible. En automne, la glace ne s'affermissait qu'au mois de janvier. En été, un passeur volontaire qu'aucune loi ne régissait, était la seule ressource. Il fallait la plupart du temps se résigner à naviguer en canot sur le fleuve, une distance de deux à trois lieues pour se rendre à Québec. Le 22 décembre 1828, les habitants présentèrent au gouvernement une pétition lui demandant de prendre à sa charge la construction d'un pont au bassin de la Chaudière. On fit des enquêtes pour savoir où il serait plus avantageux de le placer, au grand ou au petit bassin. Les témoignages contradictoires qui furent donnés, firent renvoyer la décision à un autre année.
Enfin, le 26 mars 1830, la construction fut sanctionnée par le gouverneur. (1) Les entrepreneurs François Normand, de Trois-Rivières, et Edouard Normand, de Québec, furent chargés de le construire au
(1) io-ii, Geo. IV, chap. 41.
grand bassin. Les entrepreneurs affirmèrent avoir déboursé ^3404-11-9, ponr construire ce pont.
En 1832, la première débâcle qui suivit la construction du pont le détruisit complètement ; on put cependant sauver la plus grande partie des matériaux et les mêmes entrepreneurs refirent l'ouvrage moyennant une nouvelle subvention. Dans le " Canada Pittoresque" de N. P. Willis (1842), (2) on peut voir une jolie gravure représentant ce pont de la Chaudière.
Ce pont ne devait durer que vingt ans.
En 1852, leg ouvernement en ordonna la démolition, parce qu'il était complètement détérioré et qu'il offrait à la circulation les plus grands dangers. Cependant, on dit que l'entrepreneur, Louis Roberge de New-Li verpool, rencontra beaucoup de difficultés dans l'ouvrage de la démolition.
Les populations des comtés de Lévis et de Lotbinière devaient être encore privées d'un pont sur la Chaudière pendant plus d'un quart de siècle. On n'en entendait parler qu'au temps des élections ; alors les candidats, pour stimuler le zèle des libres et intelligents électeurs garantissaient, avec grands efforts de paroles, la reconstruction du pont. Et le pont restait toujours dans le néant.
Ce n'est qu'en 1888, que le gouvernement de l'hon. H. Mercier prit l'affaire en mains et construisit, au bassin de la Chaudière, le pont actuel, — le pont Garneau, — en fer avec des piliers solides en granit. L'inauguration solennelle du pont eut lieu en 1890, alors que L. J. Deniers était maire de St-Romuald d'Etchemin.
L'entretien de ce pont est aujourd'hui à la charge des municipalités de St-Romuald et de St-Nicolas.
(2) Vol. 2, p. 35, traduction française.
LE Pont Garneau
LE Grand Hôtee de St-Romuai,d