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demi siècle écoulé, et voir l'évolution morale, sociale et matérielle qui s'est opérée, à Etchemin, par l'établissement des chantiers et des moulins et au contact de l'immigration anglaise, écossaise et irlandaise. Quant à l'autre demi siècle commencé en 1800, nous serions dans l'obscurité complète, si nous n'avions pas pour nous éclairer, les actes des vieux tabellions de la seigneurie de Lauzon qui nous ont laissé, précieusement couchés sur des parchemins quelque peu difficiles à comprendre, des contrats de concession, de vente, de mariage etc., et de longs testaments qui nous font connaître les richesses de nos ancêtres, et si, de plus, nous n'avions pas les récits faits en maintes circontances par nos grand-pères et nos grand-mères qui avaient été les témoins ou les acteurs de ces faits qu'ils se plaisaient à nous raconter.
Notre grand-mère surtout-Geneviève Roberge épouse de Julien Deniers, — était une femme assez parlante. Dans les longues soirées d'hiver, elle nous a souvent parlé de son curé, M. Masse, qui au jour de son mariage, le 25 juillet 1803, alors qu'elle n'avait que seize ans, avait béni son anneau nuptial et cette petite croix d'argent massif, longue de quatre pouces, que l'on mettait toujours en ce temps-là, dans la corbeille de noce de la mariée. Elle nous a dit les difficultés du chemin et de la traverse de la rivière pour se rendre à l'église de St- Joseph, en certain temps de l'année, surtout au printemps, quand il fallait aller faire les Pâques. Elle nous a raconté bien des fois qu'il y avait cinq maisons en pierres à Etchemin, lors de son mariage ; les autres étaient bâties pièces sur pièces, c'est-à-dire, avec des troncs d'arbres d'épinette équarris, posés les uns sur les autres, avec un toit pointu à la façon normande, recouvert de bardeaux. " Notre maison, disait-elle, a été brûlée deux
fois par les anglais lors de la conquête, pendant que les habitants étaient réfugiés au ruisseau des grandes prairies."
Elle nous a donné encore maints détails sur les choses d'autrefois qu'elle rapportait souvent au temps de son mariage, en 1803 ; époque évidemment très importante dans sa vie. Ces détails intéressants et caractéristiques nous les glisserons dans le récit d'une visite faite sans cérémonie à Ktchemin par M. Masse, curé de St-Joseph, au commencement du mois d'août 1804, en compagnie d'un anglais.
Cet anglais logeait à Québec depuis quelque temps ; il connaissait assez bien le français qu'il avait appris à Londres dans les familles françaises qui s'y étaient réfugiées lors de la révolution française, et il aimait à prendre des connaissances sur les mœurs des Habitants du Canada. M. Masse l'avait rencontré quelque fois, et il l'avait invité à venir voir la seigneurie de Caldwell. Voilà comment il se fait que cet anglais que M. Masse appelait M. John tout court, était en promenade avec le curé de St-Joseph, en 1804, sur la côte de Lauzon.
Ils prirent le chemin qui avait été redressé par procès-verbal du grand-voyer Lanouillier de Boisclerc, en date du 5 septembre 1738, depuis chez les Lambert à Etchemin, jusqu'à Montapeine, dans le commencement de Beaumont, et ils se dirigèrent vers l' Etchemin. En route, on peut croire que M. Masse raconta à M. John les principaux épisodes de la guerre de la conquête, qui se sont passés sur la côte de Lauzon. Après avoir passé la petite rivière à la scie, M. Masse indiqua à son compagnon une petite route très étroite qui menait au moulin banal de Caldwell, bâti à l'embouchure de cette petite rivière, près du St-Laurent. C'est à ce moulin que les
censitaires de cette partie de la seigneurie, allaient faire moudre leur grain. Ils traversèrent la rivière Etchemin à gué, à peu près à deux arpents de son embouchure, et ils se trouvèrent bientôt au milieu du village d'Etchemin. Sur chaque propriété il y avait maison, grange, étable, bergerie et porcherie ; près de chaque maison, était construit un four destiné à cuire le pain. Les prairies étaient belles et les habitants travaillaient à rentrer les dernières charretées de foin. La récolte avait une apparence superbe ; le blé, l'orge, l'avoine étaient en abondance. M. Masse fit remarquer à M. John que les terres étaient cultivées par routine et non suivant les règles de l'art ; le haut des terres, moins fertile, se divisait en trois ou quatre parties qui étaient ensemencées alternativement de manière à ne pas fatiguer le sol. " Les canadiens aiment beaucoup les chevaux, dit M. Masse, leurs jeunes gens ne peuvent s'en passer dans les courses qu'ils aiment à faire en calèche. Ils devraient en