‹ La Paroisse de St-Romuald d'Etchemin avant et depuis son érectionChapitre 26 sur 73 · LA DESSERTE RELIGIEUSE D'ETCHEMIN DE 1760 A · texte numérisé non relu

LA DESSERTE RELIGIEUSE D'ETCHEMIN DE 1760 A

Les curés de St- Joseph de la Pointe Lévy : — 4ème. M. Youviile Dufrost (suite). — 5ème. M. Augustin Hubert. — 6ème. M. Jean-Jacques Berthiaume. — jème. M. Michel Masse. — On demande l'érection d'une nouvelle paroisse. — D'autres veulent avoir l'église au centre de la paroisse.

Nous avons vu le curé Youville-Dufrost, pendant l'année de la conquête, laisser sa paroisse de St-Joseph vers le milieu de janvier 1760, et dans le mois de juin de la même année, il desservait Ste-Rose, sur l'île Jésus. En son absence, les prêtres suivants se succédèrent à l'église de St-Joseph : le père Didace Cliché, du 20 janvier au 8 février; le curé de Beaumont, M. Dosque, du 1er mars au 22 octobre, qui s'intitule curé de la / ointe Lèvy et de Beaumont, enfin le père récollet Daniel, du 22 octobre 1760 au 15 novembre 1761.

A cette date du 15 novembre 1761, le curé Youville- Dufrost était revenu dans son presbytère. Il s'était ennuyé grandement à Ste-Rose et il avait accepté de revenir à St-Joseph, pourvu que M. le grand vicaire Briand se chargeât de faire sa paix avec M. le gouverneur Murray ; " il ne se sentait pas Pâme assez brave, disaitil, pour se présenter lui-même devant le gouverneur ! "

Hélas ! les malheurs de la guerre avaient pesé lourdement sur l'église, le presbytère et les maisons des censitaires de Lauzon. On se relevait à peine des désastres de cette guerre à la fin de 1761. Ee presbytère était

dans un état lamentable ; le splendide ameublement laissé par le curé Boucher était disparu, et les livres de la bibliothèque qui avaient occupé les loisirs des officiers de Monkton, manquaient pour la plupart.

Ah ! ce fut un triste premier de Tan que le curé Youville passa en 1762. " Je suis pauvre comme un rat d'église" écrivait-il à M. Briand, le 4 janvier 1762.

Cependant il se mit à l'œuvre avec courage pour faire disparaître les traces que la guerre avait laissées à l'église et au presbytère. Il fit faire de nouveaux bancs, ferma les ouvertures pratiquées dans les murs pour servir de meurtrières, acheta de nouveaux tabernacles, des chandeliers, construisit une balustrade, refit les croisées du rond-point et toutes les boiseries partout où cela était nécessaire.

Le bon curé ne devait pas jouir bien longtemps de tous ces travaux de restauration.

Le premier mai 1774, il rendait ses comptes de fabrique et après vingt ans de séjour à St-Joseph de Lévy, il allait prendre possession de la cure de Boucherville, où il mourut en 1790, à l'âge de 60 ans et 8 mois.

M. Augustin Hubert, qui lui succéda, fut le cinquième curé de St-Joseph. Il n'y resta qu'un an et demi (1 774-1 775). Appelé à la cure de Notre-Dame de Québec, il devait venir se noyer, en 1792, avec dix autres personnes, en face de la Pointe-Lévy, à l'endroit que les marins appellent : entre les deux églises. Son corps, trouvé le 21 mai, près de l'Ile d'Orléans, fut inhumé dans la cathédrale de Québec.

M. Jean-Jacques Berthiaume fut le sixième curé de St-Joseph (1 775-1 794). Ce fut sous son administration que la paroisse de St-Henri fut détachée de celle de St- Joseph. L'église y fut construite en 1782, et le premier

curé résidant fut M. Joseph-Marie Vézina, qui y était installé depuis le ier octobre 1781. Le premier acte inscrit sur les registres est celui de Jean Deniers, fils de Jean Deniers IV et de Véronique Roberge d'Etchemin. Il porte la date du 5 mai 1775, et il est signé par M. Hubert, curé de St-Joseph.

L'année même où avait lieu la séparation définitive entre St-Joseph et St-Henri, commença à s'agiter une question qui devait causer bien des ennuis au curé Berthiaume.

L'église de St-Joseph, que M. Boucher avait fait complètement restaurer en 1721, que M. Youville Dufrost avait essayé de sauver des ruines du siège, commençait à subir du temps Pirrêùarable outrage. Les murailles étaient toutes décrépites et crevassées, les planchers, la voûte, le clocher menaçaient de s'écrouler.

L'on ne pouvait plus décemment tenir les offices religieux dans cet édifice vieux déjà de plus d'un siècle et qui avait subi les horreurs de la guerre. (1)

Il fallait donc travailler à la restauration de l'église. C'est là, la grande question qui passionna les esprits pendant près de dix ans et qui reprit, cinq ans après, pendant l'administration du successeur de M. Berthiaume.

Vu que les gens d'Etchemin et de Taniata, ont pris une assez large part à cette affaire, nous allons en résumer les principales phases, d'après l'histoire de la seigneurie de Lauzon. (2)

Sur cette question de restaurer l'église, la paroisse se divisa en trois partis. Le parti du bas qui voulait la restauration ; le parti du centre qui demandait de placer

(1) Hist. S. L. III.— 165.

(2) Hist. S. L., III— 166-175

l'église vers le milieu de la paroisse ; enfin le parti du haut, comprenant Etchemin et Taniata, qui voulait une nouvelle paroisse, entre les deux rivières.

M. Berthiaume qui comprenait mieux que personne la nécessité d'une restauration, assembla donc les paroissiens, le 14 octobre, 1781, et d'un commun accord, on régla que " l'église serait allongée de quinze à seize pieds au moyen de deux tours qui seraient élevées de chaque côté du portail, sur le modèle de celles que l'on voyait alors à l'église du Château-Richer. L'église devait être crépite en entier, le rond-point remblissé, les planchers renouvelés." Six syndics furent élus pour surveiller les travaux et recueillir des offrandes, plusieurs s'ofïrant de contribuer généreusement à la dépense. Les archives nous ont conservé les noms de ces braves gens :

i° Joseph-Jean Guay, pour le bas de la paroisse et le petit village, à commencer depuis l'église.

2° Charles Bégin, depuis l'église au sud-est jusqu'à la croix du chemin chez Magnan (la côte Labadie).

30 Jean Dussault, depuis cette croix jusqu'à la rivière des Très-chemins (Etchemin).

40 Etienne Deniers, entre les rivières et le village de Taniata.

50 Augustin Halle, pour le village de Coutancesou Sorasteau.

6° Pierre Nolin père, pour les villages d'Arlaca et de Pintenclre.

Cependant un groupe nombreux de colons établis en allant vers l'Etchemin faisait opposition. Les raisons qu'ils alléguaient ne manquaient pas de justesse.

"L'église, disaient-ils, avait été placée, à l'origine, à l'extrémité de la seigneurie, parce qu'alors c'était le centre de la population, mais depuis cent ans, tout a

bien changé. Le temple ne répond pins aux besoins de notre époque. Ne vaudrait-il pas mieux le démolir et en construire un nouveau à proximité des établissements qui ont été formés depuis?"

Mgr Briand, à qui ils adressèrent leur supplique, la trouva bien fondée. Il décida même de retarder les réparations projetées et de fixer un endroit plus central pour la majorité des paroissiens. L'âge et les infirmités vinrent, et il ne put donner suite à sa résolution.

Les choses en restèrent là jusqu'en 1784.

M. Berthiaume commença à faire quelques travaux ; mais il dut les interrompre presque aussitôt. Les opposants s'étaient adressés, le 18 juin 1784, au coadjuteur, Mgr d'Esgly, pour protester et demander de mettre à exécution la décision prise trois ans auparavant par Mgr Briand, de changer le site de l'église.

Mgr d'Esgly, comme son illustre prédécesseur, aurait voulu lui aussi changer le site de l'église ancienne, afin, parait-il, de pouvoir réunir à Beaumont une partie de St-Joseph, mais il prévoyait que les oppositions seraient trop violentes pour lui permettre de prendre parti immédiatement.

Une année s'écoula encore en cabales et en discussions de toutes sortes.

Pendant ce temps, le clocher menaçait de s'écrouler mais comme on ne pouvait le réparer, il fallut descendre la cloche.

En juin 1786, les opposants firent visiter l'église par quatre experts, deux maçons et deux charpentiers ; leur rapport fut très défavorable à l'église.

Le camp opposé ne fut pas en peine, de son côté, de trouver des experts qui prouvèrent que l'édifice bien réparé pouvait durer encore cinquante ans.

M. Berthiaume, étant d'un caractère doux et ami de la paix et de la concorde, était beaucoup ennuyé de toutes ces disputes. Il demandait à grands cris une lettre qui pût mettre fin aux débats et rétablir la paix et l'union.

Le 25 juin 1786, une centaine de paroissiens de bonne volonté se réunirent et décidèrent de travailler incessamment à couvrir l'église, au moins le rond-point. Ignace Samsom, Charles Bégin et Pierre Nolin père, furent nommés syndics et chacun commença à se bourciller de trois livres, suivant l'expression de M. Berthiaume.

Les réparations n'avancèrent que très peu et le zèle des partisans de l'église, par pauvreté ou autrement, semblait se ralentir. On se trouvait clans l'impossibilité de faire une répartition et aussi de prendre de l'argent au coffre de la fabrique, sans l'autorisation de l'évêque.

Le 28 août 1786, le notaire Pinguet se présenta au presbytère de St-Joseph, sur les deux heures de l'aprèsmidi. Il y venait au nom des protestants, ainsi qu'on appelait les habitants en allant vers l'Btchemin, sommer le curé de mettre fin aux réparations commencées.

Au mois de mars 1787, les opposants, en féaux sujets, résolurent de porter leurs plaintes au pied du trône et ils adressèrent au gouverneur Dorchester une supplique qui a été conservée, et dans laquelle ils exposaient leurs griefs et demandaient qu'une nouvelle église fut bâtie sur un terrain convenable, au-dessus de la pointe, à une petite distance de la ville de Québec, et ils suppliaient de faire arpenter et mesurer la nouvelle paroisse.

Lord Dorchester, après avoir référé la requête au grand vicaire Panet, ne parut pas vouloir se mêler de cette querelle et l'appel des protestants demeura sans réponse.

La restauration de l'église continua à traîner en langueur, et le curé Berthiaume n'y pouvant plus tenir, voulut changer de cure ; mais sa demande ne fut pas accordée.

Au printemps de 1790, Monseigneur l'évêque Hubert, en visite pastorale, pût consoler le curé Berthiaume dans ses peines et ses misères.

u Deux mois après, le 22 juillet 1790, dit l'histoire de la seigneurie de Lauzon, qui termine ainsi le récit de ces troubles, au milieu d'un violent orage, la foudre éclatait sur le vieux temple. Entré par le mur du côté ouest, le tonnerre monta au clocher dont il emporta les côtés du sud et de Test. Après avoir endommagé une partie de la charpente, il descendit, perça le plafond et sortit par une fenêtre du côté du sud, dont il fracassa le châssis. Dans sa marche capricieuse, il avait aussi séparé en deux, un verrou de fer et cassé la majeure partie des vitres. (1)

" Ainsi se termina par le feu du ciel une querelle qui avait duré près de dix années.

" Les dommages furent réparés sans que personne ne trouva à redire." (2)

M. Berthiaume passa encore quatre ans à S t- Joseph, à faire le bien, à pratiquer la charité et à faire fleurir la piété dans la paroisse. La paix ne fut troublée que par une chicane entre le bedeau et un chantre, en 1793.

Le bedeau, au temps de Pâques, faisait une tournée dans la paroisse pour collecter ses étrennes ou ses œufs de Pâques et se dédommager du travail qu'il donnait gratuitement à l'église. Un chantre refusa de lui donner la moindre chose, sous prétexte que, lui chantre, servait

(1) Gazette de Québec, 22 juillet 1790.

(2) Hist. S. L., III. -175.

le bedeau gratuitement dans l'église comme les autres paroissiens, et que le bedeau pouvait en faire autant.

Le bedeau se vengea du chantre en n'allant point lui présenter la corbeille de pain bénit, le dimanche suivant.

Ce fut un scandale et le chantre, furieux, ne se fit plus entendre le reste de la messe.

Le curé parvint à calmer le bedeau et à le décider à agir comme auparavant. Mais dans l'intervalle, le chantre et son père ayant apostrophé un jour le bedeau à la porte de l'église, d'une manière un peu cavalière, celui-ci, le jour de la Pentecôte, priva de nouveau le chantre de son pain bénit.

Le chantre, doublement humilié, alla porter plainte à l'Evêque.

Le curé Berthiaume, régla l'affaire par un compromis qui fut accepté par le bedeau. Il fut résolu que ce dernier aurait droit tous les ans de faire sa tournée de Pâques et que pour obvier à la mauvaise volonté des uns ou à la pauvreté des autres, la fabrique lui donnerait cinquante livres de vingt sols, " moyennant qu'il s'engageât de sa part à distribuer le pain bénit indifféremment et sans distinction aucune à tous ceux qui se trouveraient dans l'église, suivant leur place et leur rang, et qu'il balayerait l'église tous les quinze jours." (i)

M. Berthiaume fut vivement regretté à St-Joseph de Lévy, lorsqu'il laissa cette paroisse, le ier octobre 1794, pour occuper successivement les cures de Chambly (1794- 1796) et du Château Richer (1 796-1807). Il mourut, le 26 février 1807, et fut inhumé dans l'église du Château Richer.

Le septième curé de la paroisse de St-Joseph,

(1) Hist. S. h. III-214-215.

M. Michel Masse, cousin de M. Berthiaume, y faisait son entrée, le 2 octobre 1794, à Page de 30 ans.

Les vieux de Lévis et d'Etchemin nous ont parlé souvent de M. Masse qui fut curé de St-Joseph pendant $7 ans ; ils se souvenaient de son caractère affable et ils nous disaient, quand nous étions jeunes, comment il avait le verbe haut et sonore, et comment il aimait à faire sa visite chez l'habitant et à causer sans façon avec les gens.

" Comme l'œil des anciens s'allumait, lorsqu'ils parlaient de la grande taille du curé Masse. Il était bâti comme un géant, disaient-ils, et il avait toujours à la main une grosse canne noueuse qu'il brandissait comme une massue. La canne du curé Masse est aussi fameuse dans la légende que celle de Salaberry et plus d'une famille prétend posséder la seule véritable. Car il y a plusieurs cannes du en ré Masse comme il y a plusieurs clés de la Bastille. Il y a aussi plusieurs tabatières du curé Masse. (1)"

Il faut dire aussi que, pendant la longue durée du ministère de M. Masse, devaient se passer des événements assez remarquables pour frapper l'imagination.

A part des grandes entreprises des Caldwell dont nous avons déjà parlé, nous allons assister à la reprise des luttes commencées pendant l'administration du curé Berthiaume, au sujet des réparations à faire à l'église et au presbytère.

Nons avons déjà dit que dans la paroisse il y avait trois partis : le parti du bas, le parti du centre et le parti du haut, et nous avons vu comment le parti du centre, aidé beaucoup du parti du haut, avait livré bataille pendant dix ans, pour faire changer le site de l'église.

(1) Hist. vS. Iv. III— 320.

Cette fois le parti du haut va s'essayer lui aussi, à la lutte, et prendre le devant.

Six mois après l'arrivée de M. Masse dans la paroisse, le parti du haut se mit à l'œuvre ; mais on ne voit qu'il fut beaucoup appuyé par le parti du centre.

" Le 24 mai 1795, une soixantaine d'habitants des villages de Taniata, de Beaulieu, de la rivière à Pénin et St-Henri demandaient par requête à l'évêque Hubert de bâtir un presbytère dans la région où ils étaient établis. Us invoquaient la longueur du chemin qu'ils avaient à parcourir pour se rendre à l'église de St-Joseph. " Les femmes sont souvent des années, disaient-ils, sans aller à l'église ; les enfants ne connaissent le culte extérieur qu'à l'âge viril " Ils parlaient aussi de la difficulté qu'ils éprouvaient à traverser la rivière Etchemin qui déborde au printemps et à l'automne. A la dernière Noël, ils n'avaient pu la franchir. Ils terminaient leur supplique en disant que cette partie de la paroisse, où il restait encore beaucoup de terres à défricher, s'établirait bien plus vite si l'on voulait y placer un église. (1)

Le seigneur Caldwell appuyait leur demande et la recommandait fortement.

La démarche des habitants de Taniata, de Beaulieu et de Penin resta cependant sans résultat. Ils ne pouvaient compter guère plus que 200 communiants dans le temps, tandis que le reste de la paroisse en comptait

près de 1000.

" L'année 1797 fut désastreuse. Une invasion de sauterelles détruisit presque toute la récolte depuis la rivière Etchemin jusqu'à la croix que le curé Masse avait plantée le 11 juillet 1796, à deux milles en bas de l'église St-Joseph. Plusieurs attribuèrent ce fléau à de

(1) Hist. S. L. III—324-

vilains sortilèges. En cette fin de siècle, on se laissait encore dominer par tontes espèces de superstitions. On croyait aux sorts, aux lonp-garons, à la chasse-galerie. On disait que cela portait malheur qne de refuser l'aumône à un mendiant quel qu'il fut. On citait même des cas, où des ménagères acariâtres pour n'avoir pas voulu faire la charité à des pauvres errants avaient vu le lait de leurs vaches se couvrir d'animalcules hideux. Les sauvages Micmacs qui, chaque été, venaient encore planter leurs tentes sur les grèves de la Pointe de Lévy, contribuaient par leurs jongleries à entretenir ces enfantines légendes, (i) "

En 1798, le curé Masse fit faire un plancher neuf dans l'église, sans difficulté ; mais comme on s'aperçut qu'il désirait ardemment la restauration de l'église, le parti du centre présenta tout-à-coup un front serré pour faire opposition. Le parti du haut, aimant mieux avoir une église à l'ouest de l'Etchemin, se tint sur la réserve, an moins pendant quelque temps.

La partie du centre présenta des requêtes au coadjuteur, Mgr Plessis, l'une datée du 16 décembre 1800, et l'autre du 26 janvier 1801. " L'église est trop petite, disait-on. Elle convenait aux premiers établissements qui se sont faits sur le bord du fleuve, mais depuis cinquante ans, des terres précieuses ont été défrichées et ont formé des rangs, des concessions et des villages dans les profojtdeurs. On devrait construire sur la terre de Joseph Lemieux, terre heureusement située au plus prés du milieu de la paroisse, presque vis à-vis Québec, près du bord du fleiLve, à proximité des routes et des côtes '."

Cette fois encore, de sa résidence de Belmont,

(1) Hist. S. Iv., m.— 325.

Henry Caldwell appuyait la requête pour le bien général de la paroisse qui s ^ étend vers le saut de la Chaudière.

Le parti du bas, riposta de son mieux, par une requête en date du 28 janvier 1801 et signée par 207 habitants. La requête disait en substance : " Cela nécessiterait des frais énormes que de construire une nouvelle église. Les réparations faites en 1788 et en 1798 seraient en pure perte. Qu'allait-on faire de la jolie chapelle de Ste-Anne qui est parfaitement finie et qui a coûté une somme considérable, si l'église est placée à soixante arpents plus loin ? Il faudra aussi que le curé perde les avantages de la terre donnée à la fabrique par M. Boucher, et dont il tire les revenus. L'église actuelle n'est pas dans le centre de la paroisse, c'est vrai ; mais elle est au milieu des paroissiens, cette région étant beaucoup plus habitée que l'autre."

Voyant qu'il ne pouvait obtenir l'assentiment de tous ses paroissiens à la restauration de l'église, le curé Masse changea de tactique et résolut de faire remplacer le presbytère qui datait de 1686 et qui avait subi toutes les horreurs du siège. Il invita les paroissiens à faire l'inspection du vieil édifice qui tombait littéralement en ruine. Et le 7 février 1802, à une assemblée où se trouvaient 92 paroissiens, il fut décidé, d'une voix unanime, qu'il était absolument nécessaire de démolir le presbytère et d'en bâtir un neuf. On convint que l'édifice serait bâti en pierres et qu'il aurait soixante dix pieds de long par trente pieds de profondeur. Trente pieds étaient réservés pour le logement du curé et quarante pieds devaient être utilisés pour des salles publiques.

Le 16 février 1802, deux cent huit paroissiens signaient une requête à Mgr Deneau, afin d'obtenir la permission de faire ces travaux. Un certificat au pied de la

requête constate que la paroisse comprenait alors 308 paroissiens. On avait donc une majorité de plus des deux tiers.

Le curé Masse est dans la jubilation. Il écrit, vers le 16 février, que les troubles qui agitent sa paroisse depuis si longtemps, sont sur le point de se terminer. " Il n'y a plus, continuait-il, que deux ou trois habitants du haut de la paroisse qui cherchent à détourner les autres, mais leur conduite est sans conséquence. En demandant un nouveau presbytère, je me suis rencontré avec le désir de plus des trois quarts des habitants. Les deux tiers ont signé la requête, les autres ne l'ont pas fait, étant absents ou indifférents. Aucun des habitants entre les rivières {Etchemin et Chaudière) n'a signé. Ils ne sont pas encore déterminés sur le parti qu'ils doivent prendre. Il y a là environ cinquante habitants. Le petit nombre des mécontents se trouve dans l'espace de trois quarts de lieue depuis la rivière Etchemin en descendant."

L'évêque Deneau, résidant alors à Longueuil, recevait la requête, le 22 février, et députait Mgr Plessis, son coadjuteur, pour en vérifier les allégués.

Dans l'intervalle, une expertise fut faite par deux entrepreneurs distingués de la ville de Québec, P. Bmond et Charles Jourdain, à la demande de 140 habitants de St-Joseph et le presbytère était déclaré " incapable de pouvoir soutenir aucune réparation."

Le 23 mars" 1802, Mgr Plessis (1), accompagné de son

(1) Les évêques de Québec sous la domination anglaise furent jusqu'aujourd'hui : De 1760 à 1766, pas d'évêque ; Mgr Briand (1766- 1784Ï ; Mgr d'Ksglis (1784-1788) ; Mgr Hubert (1788-1797) ; Mgr Deneau 1797-1806) ; Mgr Plessis (1806-1825) ; Mgr Panet (1825-1833) ; Mgr Signay (1S33-1850) ; Mgr Turgeon (1850-176?) ; Mgr Baillargeon (1867-1870) ; Le Card. Taschereau (1S70-1898) ; Mgr Bégin (1898 ).

secrétaire, M. Lajus, se rendait à la Pointe de Lévy, ordonnait la démolition du presbytère, à raison de sa vétusté et de sa mauvaise construction, et fixait le site qu'il occupait comme étant le plus convenable, pour en construire un nouveau. Le 27 mars, Mgr Deneau approuvait l'action de son coadjuteur.

La cause était gagnée devant l'autorité ecclésiastique ; restait à la débattre maintenant devant l'autorité civile.

" Au mois d'avril, on s'adressait aux commissaires nommés pour l'érection civile des paroisses et la réparation des églises et presbytères, afin d'obtenir l'autorisation d'élire trois syndics et de procéder à une répartition régulière sur toute la paroisse. Cette requête était signée par 228 habitants.

" Ceux qui s'opposaient à la construction du nouveau presbytère et qui n'avaient pu réussir auprès de l'évêque, continuèrent à faire valoir leur cause devant les commissaires, où ils se firent représenter par l'avocat Bédard. Afin de grossir le nombre de leurs adhérents, ils s'avisèrent de faire signer leur réquisition par une quantité considérable d'enfants depuis l'âge de sept et huit ans. Si un habitant possédait quatre arpents de terre, on prenait les signatures de quatre de ses enfants sous le prétexte que les biens du père, appartenant à ses enfants comme à ses héritiers, ceux-ci devaient exercer les mêmes droits que lui. Ce fut le notaire Louis Miray qui avait trouvé cet ingénieux moyen. (1)

" Une pareille hérésie légale méritait bien les foudres d'un procès.

•'Le 13 avril, les commissaires, Jenkin, Williams,

([) Lettre du curé Masse, 19 avril 1802.

P. A. de Bonne et William Grant, malgré l'opposition de l'avocat Bédard, autorisèrent le curé Masse à convoquer une assemblée de ses paroissiens pour élire des syndics.

" Le notaire Mira}- fut chargé de dresser procèsverbal et de recueillir les votes. Cependant comme ce savant tabellion avait été quelque peu mêlé à la cause des opposants, on jugea à propos de lui adjoindre le notaire Berthelot (24 avril).

" Le 9 mai, eut lieu l'assemblée. On insista sur les votes d'une soixantaine d'enfants. Le résultat de l'élection fut le suivant :

" Pour les syndics, 209 voteurs ; contre les syndics (en comprenant les enfants), 176 voteurs. Ce qui donnait une majorité de 33 au parti du curé. En mettant de côté les votes donnés par les enfants, la majorité réelle était de 92 voix. Les syndics élus étaient Ignace Couture père, Jean-Baptiste Corneaux père et Henri Guay.

" Le notaire Berthelot s'était en vain objecté aux votes des mineurs ; le notaire Miray avait persisté dans son opinion. Du 10 mai au 5 juin, les avocats des deux partis se débattirent devant les commissaires. On obtint que l'élection serait recommencée. Le 5 juin, la cour donnait ordre, vu la mésintelligence qui existait entre les notaires Miray et Berthelot, qu'une nouvelle assemblée aurait lieu et que le notaire Félix Têtu serait adjoint à ses deux confrères. Une décision donnée par la majorité des trois présidents devait faire loi."

C'est alors que le curé Masse, si heureux le 16 février, prend la plume pour faire connaître les sentiments qui débordent de son âme.

" Cette question, écrit-il, vient échouer contre les

plus sublimes connaissances des plus intelligents practiciens et ils promettent que la plus longue et la plus sérieuse discussion qu'on en pourra faire dans la suite et avec bien du temps, servira dé loi fondamentale pour pareilles occasions. C'est-à-dire qu'il faut que tous les MM. juges, avocats, notaires, etc, s" instruisent à nos dépens et que nous les payions bien cher pour prendre des connaissances qu'ils n'ont pas et qiûih devraient pourtant avoir. Quoiqu'il eu soit, jeudi prochain, il faudra encore pencher la tête sous le joug d'une seconde élection surchargée d'un second pour et contre et écrasée par les contradictions de trois notaires. Les opposants doivent ce jour-là faire maison nette et amener avec eux femmes, filles et enfants de toute espèce, de tout âge, de toute qualité et dénomination, et prétendent faire recevoir leur vote contre l'élection. Les avocats qui voient l'embarras des notaires, ont bien su/et de rire. J'attends toujours quelque heureux coup de la Providence, car sans cela, je suis bleu comme la montagne de Chambly."

Il serait intéressant pour nous de connaître l'attitude du parti du haut, (Etchemin et Taniata), dans cette lutte. Le parti du bas dût essayer de lui faire comprendre que si l'église et le presbytère restaient en bas, la région du haut courait la chance d'avoir une église bien plus vite. Mais les cabaleurs du parti dit centre, comme les bons cabaleurs le font, durent faire au parti du haut de grandes promesses et assurer d'une reconnaissance étemelle et sans bornes, ceux qui voudraient être de leur parti. Plusieurs du parti du haut durent se laisser entraîner.

"Le 10 juin, eut lieu la nouvelle assemblée. Ainsi que l'avait prévu le curé Masse, du côté des opposants chaque chef de famille, père et mère, votèrent contre l'é-

lection des syndics au nom de tous leurs enfants, depuis l'âge d'un jour (deux même avaient été baptisés le jour de l'élection). Du côté des partisans du curé, quelques veufs ou veuves votèrent pour leurs mineurs propriétaires, comme étant leurs tuteurs élus en justice, mais ils refusèrent de voter pour des enfants non-propriétaires dont le père et la mère vivaient.

" Le vote donna le résultat siiivant : Majeurs et mineurs [contre l'élection des syndics. . . . 358 Majeurs et mineurs pour l'élection des syndics 270

Majorité contre l'élection 88

" En décalquant de ces chiffres les voix des mineurs on arrivait au résultat qui suit :

Mineurs contre l'élection des syndics 230

Mineurs pour l'élection des syndics 56

" Ce qui laissait 214 votes de majeurs en faveur de l'élection et 128 votes de majeurs contre l'élection, soit une majorité de 86 pour le parti du curé.

"Le 25 juin, les commissaires Jenkin, William, P. A. Bonne, William Grant et LeCompte Dupré, sans avoir égard aux votes donnés par les mineurs de part et d'autre qu'ils jugèrent inadmissibles, ordonnèrent la bâtisse du nouveau presbytère, déclarent les syndics élus et condamnèrent les opposants aux frais.

" On demanda en vain d'en appeler à la cour du banc du roi, le juge Williams s'y refusa carrément (5 JiùHet).

" Il fut alors procédé à la répartition de ce que chacun aurait à payer suivant l'évaluation de sa propriété, pour la construction de la nouvelle bâtisse. Chaque arpent fut cotisé à raison de 1 1 sols et 7 deniers, ce qui formait pour une terre ordinaire de 3 arpents sur 40, une cotisatien de 69 livres 10 sols.

{' Les opposants employèrent tons les moyens imaginables pour troubler les syndics dans l'exécution de leur charge et empêcher l'homologation du procès-verbal. Le 7 septembre, jour fixé par les commissaires pour entendre les parties au mérite, écrit le curé Masse, les avocats des opposants filèrent un nombre infini des raisons d'opposition, débitèrent de longues harangues pour faire rejeter le procès-verbal, lesquels raisons et arguments furent habilement réfutés par l'avocat Olivier Perrault. Les avocats des opposants étaient MM. Bédard et Panet.

" Après une heure de délibéré, les commissaires rendirent leur sentence. Le procès-verbal était dûment homologué et les opposants condamnés aux frais.

" Ainsi se termina cette longue querelle, dont le curé Masse nous a conservé la mémoire, en inscrivant jour par jour sur les registres, les divers incidents qui la signalèrent." (i)

Le 18 novembre 1803, le nouveau presbytère était terminé, et les syndics, rendant compte, remettaient au coffre de la fabrique, la balance de 843 livres et 13 sols.

Avec cette balance, un peu d'argent de la fabrique et les dons d'un certain nombre de paroissiens, on construisit une sacristie en bois de 20 pieds par 22 ; avantage dont la paroisse avait été privée jusque là.

Tout semblait aller pour le mieux dans la paroisse. Mais le curé Masse n'était point encore à la fin de ses tribulations. Il était à peine entré dans son presbytère neuf, que l'on se mit en tête d'installer à côté de ses logements, dans la salle des habitants, une école, avec un maître et sa famille.

Mais cette nouvelle querelle ne nous regarde pas.

(1) Hist. S. L., m-332-341.

Laissons le curé Masse travailler au bien de son église et de ses paroissiens, parmi lesquels il y avait plus de 1200 communiants disséminés sur une grande étendue. Plusieurs travaux importants, tels que la construction d'un clocher, d'un second jubé, d'une nouvelle voûte dans l'église, d'un agrandissement de cimetière, furent faits de 1816 à 1826. (1)

Présentons-lui nos plus vives sympathies lorsque, dans la nuit du 29 septembre 1826, sept à huit hommes armés et masqués, faisant irruption dans son presbytère, vers une heure et demie du matin, le saisirent et le forcèrent à livrer l'argent qu'il possédait, ou dont il était le dépositaire, à peu près $7,200 de notre monnaie.

Cinq des voleurs furent arrêtés plus tard ; leurs noms étaient William Ross, le nègre Robert Bllice, Benjamin Johnson, Jean-Baptiste Monarque et Michel Monarque.

Le 31 mars 1827, après un procès retentissant, le tribunal prononçait sentence de mort contre les cinq accusés.

William Ross, Robert Ellice, et Benjamin Johnson furent pendus en face de la prison de Québec, le 21 avril. Parmi les deux Monarques, le plus jeune, Michel, fut gracié, mais l'autre fut pendu en face de l'église de St- Joseph de la Pointe Lévy. Nous renvoyons le lecteur qui voudra connaître tous les détails de ce vol chez le curé Masse, à l'histoire de la seigneurie de Lauzon (2).

De 1829 â 1831, M. Masse reçut les services d'un vicaire, M. P. Villeneuve, qui fut plus tard curé de St- Charles de Bellechasse, où il mourut le 31 août 1856.

Le curé Masse se montra sympathique aux gens de

(1) Hist. S. L. IV— i?o

Taniata quand, en 1828, ils prirent les moyens de former une nouvelle paroisse, dans leur région. Les habitants de cette nouvelle paroisse, placée sous le vocable de St- Jean-Chrysostôme, venaient à peine de faire leurs adieux à la vieille église de St-Joseph qui avait desservi la région d'Etchemin pendant un siècle et demi (1679- 1829), lorsque, dans la nuit du 14 février 1830, le feu détruisit complètement l'église de St-Joseph, avec tout son mobilier.

Le presbytère, qui avait été l'occasion de tant de chicanes, servit de chapelle et l'église fut rebâtie. C'est l'église actuelle que nous voyons dans cette paroisse.

M. Masse réussit à mener à bonne fin la reconstruction de l'église, non sans rencontrer encore quelques difficultés ; mais sa santé était épuisée par les travaux, les soucis, la desserte de cette grande paroisse. Il avait alors 70 ans. L'évêque l'appela à aller se reposer en 1831, dans la cure de Notre-Dame de Ste-Foy, qui était sa paroisse natale. Mais son cœur resta à St-Joseph de Lévy. Au bout de cinq années, dans l'automne de 1836, M. Masse reprenait le chemin de la pointe de Lévy pour y finir ses jours, avec sa fidèle ménagère Marie Nolet, qui le servit pendant 28 ans avec une fidélité exemplaire.

M. Masse mourut le 20 octobre 1845, à l'âge de 82 ans, et fut inhumé dans l'église de St-Joseph qu'il avait reconstruite.

Nous croyons bien terminer l'histoire de M. Masse, le septième curé de St-Joseph, en donnant les noms de ses successeurs dans la paroisse de St-Joseph. Les paroissiens de St-Jean-Chrysostôme et de St-Romuald, qui ne les ont connus que de loin, aimeront sans doute à retenir ces noms. Les voici :

Sème

curé,

çème

ioème

iième

i2ème

Philippe Angers (1831-1839), Charles Poiré (1839-1843), Jos.-David Déziel (1843-1852), Jos.-Honoré Routhier (1852-1873), Ed.-Sévérin Fafard (1873 ).

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